Le climat brésilien entre enfin dans le champ de l’égalité raciale
Le Brésil a créé un Comité national de lutte contre le racisme environnemental et climatique pour relier deux politiques trop souvent administrées séparément : la protection contre les risques écologiques et l’égalité raciale. L’instance est coordonnée par le ministère de l’Égalité raciale, avec les ministères de l’Environnement et du Changement climatique, du Développement agraire et de l’Agriculture familiale, et des Peuples autochtones. Elle associe l’administration fédérale et la société civile.
Le comité a été institué par l’ordonnance interministérielle nº 12 du 9 septembre 2025, dans la séquence politique de la COP30. En 2026, un appel public a organisé la sélection de dix organisations titulaires de la société civile et de leurs suppléantes. Le résultat final a été publié le 3 juin. Il ne s’agit donc ni d’une simple annonce de conférence ni d’un projet encore sans base réglementaire.
L’expression « racisme environnemental » désigne la distribution inégale des nuisances et de la protection : inondations, chaleur, pollution, défaut d’assainissement, dépossession foncière, exposition industrielle ou accès insuffisant aux dispositifs d’adaptation. Elle ne soutient pas que chaque catastrophe est volontairement raciste. Elle oblige à examiner si l’histoire de l’esclavisation, de la ségrégation territoriale et du sous-investissement public produit des risques systématiquement plus lourds pour les populations noires, quilombolas, autochtones et traditionnelles.
Une architecture interministérielle et dix voix civiles
L’appel public exigeait des organisations candidates au moins deux années d’expérience et une action liée à l’atténuation, à l’adaptation, à la justice climatique ou aux droits territoriaux. Les dix organisations retenues couvrent un éventail large : traditions de matrice africaine, communauté quilombola, pêche artisanale, périphéries urbaines, communication, recherche et défense socioenvironnementale. Parmi elles figurent Nzo Jindanji Kuna Nkosi, l’Association quilombola de Gesteira, le Conseil pastoral des pêcheurs, PerifaConnection, FASE et Palmares Laboratório Ação.
La liste existe dans le communiqué final du ministère de l’Égalité raciale. Sa diversité ne prouve pas encore une répartition équilibrée du pouvoir. La capacité du comité dépendra de règles plus concrètes : fréquence des réunions, droit d’inscrire un sujet à l’ordre du jour, accès aux données, remboursement des déplacements, publication des procès-verbaux et réponse obligatoire des ministères aux recommandations.
Le comité doit articuler les politiques, proposer des lignes directrices et développer des actions d’éducation. Il a vocation à faire dialoguer les plans climatiques et les expériences territoriales. Cette mission transversale est pertinente, car une famille exposée à une crue ne vit pas les compétences administratives en silos : logement, eau, santé, transport, protection civile et foncier se combinent. Mais une mission d’articulation peut aussi devenir un refuge commode si aucune administration ne reçoit une obligation mesurable.
Les chiffres d’un pays majoritairement noir et métis
Le recensement de 2022 indique que les personnes se déclarant noires ou métisses représentent 55,5 % de la population brésilienne. L’IBGE a recensé 1 327 802 personnes quilombolas, soit 0,65 % de la population. Seulement 12,6 % d’entre elles vivaient dans des territoires officiellement délimités. Sous réserve des catégories de déclaration et de la date du recensement.
Ces données donnent l’échelle de la question. Elles ne suffisent pas à mesurer le racisme environnemental. Pour cela, il faut croiser race, revenu, localisation, accès à l’eau, assainissement, qualité de l’air, îlots de chaleur, glissements de terrain, temps de secours, propriété foncière et investissements publics. Un indicateur national moyen peut masquer un quartier où la fréquence des inondations triple, une communauté sans titre ou une population de pêcheurs dont le milieu de vie est dégradé.
La première tâche stratégique du comité devrait être une infrastructure publique de données désagrégées. Elle devrait respecter la vie privée et reconnaître les connaissances communautaires. Les habitants ne sont pas seulement des sources à sonder après la catastrophe ; ils disposent de cartes d’usage, de chronologies d’inondation et de pratiques d’adaptation que les bases administratives ignorent souvent. La qualité de la politique dépendra de la capacité à faire de ces savoirs une preuve recevable.
Un comité sans budget dédié ne change pas encore le terrain
Le rapport de gestion du ministère de l’Égalité raciale indique qu’aucune enveloppe budgétaire spécifique n’est liée à la création du comité. L’instrument est présenté comme un mécanisme d’articulation et de renforcement institutionnel, avec des actions prévues sur 2026 et 2027. L’absence de budget propre ne signifie pas absence totale de moyens : les ministères peuvent mobiliser leurs crédits et leurs équipes. Elle signifie que le financement doit être retracé ailleurs et ne peut être supposé.
Cette limite doit être placée au centre de l’évaluation. Un comité peut produire une doctrine, améliorer les normes et réorienter des programmes existants. Il ne construit pas à lui seul un réseau d’assainissement, ne sécurise pas un titre quilombola et ne déplace pas une usine polluante. Pour éviter l’écart entre représentation et transformation, chaque recommandation devrait identifier le programme budgétaire, l’administration responsable, le territoire cible, le délai et l’indicateur de résultat.
Le communiqué organisant la suite du processus prévoyait que les groupes prioritaires de la société civile seraient définis le 12 août 2026. À la date de clôture de cet article, cette étape est encore future. Les représentantes civiles ont été sélectionnées, mais l’architecture substantive des groupes de travail n’est pas achevée. Il serait donc inexact de présenter le comité comme pleinement opérationnel ou déjà producteur de résultats climatiques.
Qui contrôle l’agenda, les données et les réponses
Le pouvoir réel d’une instance consultative se lit dans ses procédures. Si l’administration fixe seule l’ordre du jour, rédige seule les comptes rendus et choisit les données, la participation peut devenir une validation après coup. Si les organisations disposent d’un droit de saisine, de ressources pour consulter leurs bases et d’un mécanisme public de suivi, le comité peut modifier les priorités.
Les documents disponibles établissent la création, les objectifs et la sélection. Ils ne permettent pas encore de vérifier le taux de présence, le nombre de recommandations acceptées, les crédits réorientés ou les changements dans les plans climatiques. Ces indicateurs devront être publiés dès la première année. Une bonne mesure ne serait pas le nombre de réunions, mais la réduction d’un risque ou la correction d’une inégalité documentée.
Les conflits d’intérêts méritent aussi une règle claire. La présence d’organisations nationales expertes peut renforcer la capacité technique, mais elle ne doit pas marginaliser les collectifs de terrain. Les financements reçus par chaque membre, les partenariats avec des entreprises et les positions sur les projets controversés devraient être déclarés. La transparence protège les membres eux-mêmes contre les accusations générales et permet aux communautés de comprendre qui parle en leur nom.
Un laboratoire transatlantique pour l’Afrique noire
En Afrique, les chocs climatiques croisent déjà les inégalités territoriales, la marginalisation de groupes pastoraux, côtiers ou forestiers et l’héritage d’aménagements coloniaux. Le vocabulaire de « racisme environnemental » n’est pas employé partout de la même manière. Pourtant, la question sous-jacente est comparable : qui reçoit la protection, qui supporte les nuisances et qui participe à la décision ?
Le comité brésilien offre trois pistes. D’abord, placer l’égalité dans la gouvernance climatique plutôt que dans un programme périphérique. Ensuite, associer explicitement ministères fonciers, environnementaux et autochtones. Enfin, réserver des sièges à des organisations communautaires. Les institutions africaines pourraient adapter cette architecture à leurs contextes, en y incluant collectivités locales, autorités coutumières, organisations de femmes et personnes déplacées.
La prudence s’impose toutefois. Le Brésil n’exporte pas un modèle déjà validé ; il teste une instance encore jeune et sans budget dédié. Les pays africains ne doivent pas copier un organigramme, mais observer les mécanismes qui produisent ou non des effets. Une coopération Sud-Sud utile comparerait les indicateurs, les procédures de plainte, le financement direct des communautés et les politiques de réparation, plutôt que de multiplier les déclarations de sommet.
Passer de la représentation à la réparation
À court terme, le comité doit installer ses groupes de travail, publier son règlement et établir une ligne de base. À moyen terme, il devra influencer les plans nationaux d’adaptation, les dispositifs de prévention des catastrophes, les politiques foncières et l’allocation des investissements. À long terme, sa crédibilité dépendra de résultats territoriaux : eau plus sûre, moindre exposition, titres protégés, réponse plus rapide et capacité communautaire accrue.
Si les recommandations sont reliées aux budgets ministériels et si les procès-verbaux permettent un contrôle externe, le comité peut devenir un levier transversal. S’il reste sans indicateurs et sans obligation de réponse, il risque de produire une reconnaissance symbolique utile mais insuffisante. Aucun de ces scénarios n’est encore acquis.
Une politique de lutte contre le racisme environnemental ne peut se limiter à mieux répartir les secours après la catastrophe. Elle doit interroger les choix qui fabriquent l’exposition : zonage, permis, fiscalité, propriété, transport, assainissement et accès au crédit. Le comité crée un espace pour poser ces questions au niveau fédéral. La prochaine étape consiste à lui donner des prises sur l’administration réelle et à garantir que les communautés puissent mesurer elles-mêmes l’écart entre la parole et l’action.
Base documentaire institutionnelle
- Ministères brésiliens de l’Égalité raciale, de l’Environnement, du Développement agraire et des Peuples autochtones, ordonnance interministérielle nº 12, 9 septembre 2025.
- Ministère de l’Égalité raciale, appel public et communications relatives au comité, mars à juin 2026.
- Ministère de l’Égalité raciale, communiqué nº 9 portant résultat final de la sélection civile, 3 juin 2026.
- Ministère de l’Égalité raciale, rapport intégré de gestion, 31 mars 2026.
- Institut brésilien de géographie et de statistique, Recensement démographique 2022, résultats sur la couleur ou race et les populations quilombolas.
- Ministère de l’Égalité raciale, Plan Jeunesse noire vivante.

