Pékin ouvre davantage son système tout en renforçant sa surveillance
Le 17 juin 2026, le gouverneur de la Banque populaire de Chine, Pan Gongsheng, a annoncé six mesures financières au Forum de Lujiazui, à Shanghai. L’ensemble poursuit deux objectifs : approfondir le rôle international du renminbi et renforcer la capacité de la banque centrale à encadrer la liquidité et les risques systémiques.
Ces mesures ne constituent ni une convertibilité intégrale du renminbi, ni une suppression des contrôles de capitaux. Elles élargissent progressivement les instruments disponibles, en maintenant une supervision étroite des marchés et des institutions participantes.
Pour l’Afrique, certaines dispositions peuvent faciliter la gestion des actifs en renminbis ou la couverture du risque de change. Aucun texte ne garantit cependant un accès automatique aux banques centrales, fonds souverains, entreprises ou banques africaines.
Shanghai devient le laboratoire de l’internationalisation monétaire
La Chine cherche depuis plusieurs années à renforcer Shanghai comme centre international de financement, de gestion d’actifs, de négociation monétaire et de règlement transfrontalier.
Cette stratégie repose sur une architecture contrôlée : ouverture de canaux spécifiques, sélection d’établissements autorisés, amélioration des infrastructures de données et surveillance consolidée. Le renminbi est encouragé comme monnaie de commerce, d’investissement et de réserve, mais dans un cadre où la Banque populaire de Chine conserve une capacité importante d’intervention.
La State Administration of Foreign Exchange indiquait en juin 2026 que le renminbi représentait environ 60 % des encaissements et paiements transfrontaliers du compte de capital chinois. Cette donnée mesure le rôle du renminbi dans les opérations transfrontalières de la Chine ; elle ne signifie pas que la monnaie représente 60 % des réserves mondiales ou du commerce international. Administration chinoise des changes
Les six instruments sont identifiables
Première mesure : amélioration du mécanisme de régulation des taux à court terme. La Banque populaire de Chine ramène de 70 à 50 points de base la largeur du corridor formé autour du taux des prises en pension à sept jours, avec des bornes symétriques de 25 points de base.
Deuxième mesure : création d’une facilité de pension en renminbis pour les autorités monétaires étrangères et internationales. Des banques centrales, autorités monétaires, organisations internationales et fonds souverains éligibles pourront obtenir temporairement des renminbis en remettant en garantie des obligations souveraines chinoises ou d’autres titres de haute qualité.
Troisième mesure : lancement d’un projet pilote de change en renminbis extraterritoriaux dans la zone de libre-échange de Shanghai. Six banques chinoises sont autorisées à réaliser les opérations concernées par l’intermédiaire du China Foreign Exchange Trade System.
Quatrième mesure : étude d’un instrument de soutien macroprudentiel à la liquidité des institutions financières non bancaires en situation exceptionnelle. Le dispositif envisagé ne serait pas un refinancement ordinaire ; il serait conditionné par un risque systémique, des exigences prudentielles et des garanties de qualité.
Cinquième mesure : préparation d’un plan d’action consacré à la finance extraterritoriale à Shanghai, couvrant notamment les obligations, le financement du commerce et les centres internationaux de trésorerie.
Sixième mesure : lancement d’un registre centralisé de données du marché interbancaire, destiné à recueillir les informations de transaction, de conservation et de règlement afin de renforcer la surveillance consolidée. Gouvernement municipal de Shanghai, source Banque populaire de Chine
Une architecture d’ouverture disciplinée
Les six mesures combinent internationalisation, liquidité, information et contrôle. La facilité destinée aux autorités monétaires étrangères offre un filet temporaire en renminbis. Le marché pilote extraterritorial doit renforcer la connexion entre les marchés intérieurs et extérieurs. Le plan consacré à la finance offshore élargit les possibilités de financement et de gestion de trésorerie.
Parallèlement, le registre interbancaire améliore la visibilité du régulateur sur les transactions. Le futur instrument pour les institutions non bancaires vise à empêcher qu’une crise de liquidité ne se propage, tout en limitant l’aléa moral.
Cette combinaison révèle la logique chinoise : ouvrir des fonctions monétaires supplémentaires sans renoncer à l’identification des participants, au contrôle des garanties et à la surveillance des flux.
Les banques centrales africaines pourraient gagner une option
La facilité de pension en renminbis pourrait permettre à une institution africaine éligible détenant des obligations chinoises d’obtenir temporairement des liquidités sans vendre ses actifs. Elle pourrait ainsi réduire le risque de ventes forcées en période de tension.
Le dispositif pourrait intéresser les banques centrales ayant des échanges commerciaux importants avec la Chine, ainsi que certains fonds souverains africains. Son utilité dépendra toutefois du volume d’actifs chinois qu’ils détiennent, de leur accès juridique à la facilité, de son coût, de sa maturité et de la qualité des garanties acceptées.
Le projet pilote de change extraterritorial peut également approfondir les instruments de couverture du renminbi. Pour une entreprise africaine important des machines chinoises ou exportant vers la Chine, une meilleure liquidité du marché peut réduire certains coûts de change. Cet effet n’est ni automatique ni uniforme : il dépend des banques correspondantes, de la réglementation locale, de la taille des transactions et de l’accès aux produits de couverture.
L’autonomie monétaire exige plus qu’une nouvelle devise
Pour l’Afrique, diversifier les monnaies de règlement peut réduire une dépendance excessive au dollar. Mais remplacer une dépendance par une autre ne constitue pas une souveraineté.
Une stratégie africaine devrait comparer les coûts, les risques de change, les conditions d’accès à la liquidité et la profondeur des marchés en dollars, euros, renminbis et monnaies africaines. Elle devrait également soutenir les systèmes régionaux de paiement, les marchés obligataires locaux et les mécanismes de couverture continentaux.
Les échanges en renminbis peuvent être pertinents lorsque les recettes et les dépenses sont elles-mêmes libellées dans cette monnaie. Ils deviennent risqués lorsque les emprunteurs encaissent dans une monnaie africaine volatile mais doivent rembourser en renminbis.
La souveraineté monétaire suppose donc la capacité de choisir la monnaie adaptée, de négocier les conditions, de contrôler les données et de développer ses propres infrastructures.
L’accès africain n’est pas documenté
Les annonces de Lujiazui ne publient pas :
- la liste des institutions étrangères éligibles à la facilité ;
- les banques centrales ou fonds souverains africains participants ;
- le montant disponible par institution ;
- la tarification, la maturité et la fréquence des opérations ;
- la liste exhaustive des garanties acceptées ;
- les règles de droit applicables aux litiges ;
- la participation d’établissements africains au projet pilote de Shanghai ;
- une évaluation de l’impact sur les coûts de financement africains ;
- un mécanisme reliant directement ces mesures à la Zone de libre-échange continentale africaine.
Il est vérifié que les instruments ont été annoncés. Leur utilisation effective par des institutions africaines reste incertaine. Toute affirmation selon laquelle ces mesures « dédollariseraient » immédiatement l’Afrique serait non vérifiable.
Les premiers tests porteront sur la liquidité et l’accès réel
La Banque populaire de Chine a commencé à utiliser des opérations de pension inversée au jour le jour à la fin de juin 2026, avec 300 milliards puis 600 milliards de renminbis injectés les 29 et 30 juin. Ce suivi montre que la réforme du corridor et des instruments domestiques est entrée dans une phase opérationnelle. Suivi officiel publié par Shanghai
Pour les dimensions internationales, l’évaluation devra porter sur le nombre de participants, les montants mobilisés, la liquidité du marché extraterritorial, les coûts de couverture et la transparence des règles.
L’Afrique doit suivre ces évolutions avec pragmatisme. Les nouveaux instruments peuvent élargir son espace financier, mais seulement si ses institutions développent l’expertise, les réserves, les infrastructures de paiement et le pouvoir de négociation nécessaires.
Les sources réglementaires de référence
- Banque populaire de Chine, six mesures annoncées le 17 juin 2026.
- Gouvernement municipal de Shanghai, présentation détaillée des instruments.
- Conseil des affaires d’État chinois.
- State Administration of Foreign Exchange, discours du 17 juin 2026.
- Suivi de la politique monétaire chinoise au premier semestre 2026.

