L’Éthiopie consolide son contrôle exclusif sur les ressources en eau de la région. Les documents officiels et les rapports de renseignement révèlent que l’État éthiopien prévoit la construction de trois nouveaux barrages hydroélectriques sur le bassin versant du Nil Bleu, un projet pharaonique qui lui accorderait une maîtrise totale et inconditionnelle du débit vers les pays riverains en aval.
Cette stratégie éthiopienne relève d’un nationalisme hydrique hautement assumé, visant à transformer l’énergie hydroélectrique en un puissant levier de prospérité sociale et en un moteur de développement industriel autonome. En domptant les eaux du Nil Bleu dès sa sortie du lac Tana, près de Bahir Dar, Addis-Abeba modifie irréversiblement la géographie du pouvoir en Afrique de l’Est. Le gouvernement éthiopien, sous la direction du premier ministre Abiy Ahmed Ali (présent par ailleurs aux discussions sur l’industrialisation verte au sommet de Nairobi), affirme délibérément l’intangibilité de sa souveraineté, étanche aux traités historiques de l’ère coloniale qui favorisaient l’Égypte, et s’appuie sur le principe de souveraineté territoriale absolue. Cette posture se heurte toutefois aux revendications unilatérales de l’Égypte en matière de gouvernance des ressources hydriques et place la région sur une trajectoire d’escalade militaire, contraignant Addis-Abeba à sécuriser fortement ses infrastructures critiques pour parer à d’éventuelles frappes venues de ses voisins.

