Si la lutte contre le terrorisme se gagne par la force cinétique et le droit, la préservation de la République face aux forces centrifuges se joue sur le champ de bataille cognitif. Au lendemain des attaques du 25 avril, le gouvernement malien a identifié le contrôle de l’information non pas comme un outil de propagande accessoire, mais comme une exigence de sécurité nationale absolue. Les activités du ministre de la Communication, Alhamdou Ag Ilyène, relayées par l’ORTM et l’AMAP le 1er mai, l’illustrent de manière éclatante.
La Visite d’Inspection et la Mobilisation des Médias Publics
L’architecture d’information a largement couvert les visites du ministre de la Communication dans les locaux des grandes régies d’État, notamment la direction de l’AMAP et de l’ORTM. Ces déplacements officiels ont pour but premier d’apporter le “soutien des Autorités de la Transition” aux travailleurs de la presse gouvernementale, souvent en première ligne dans la guerre de l’information.
Toutefois, l’analyse du verbatim du ministre lors de ces visites dévoile la mise en œuvre d’une doctrine de communication de crise très stricte. Le ministre a exhorté les journalistes du service public à faire preuve d’une “proactivité” sans faille et d’être “très réactifs” pour agir dans le but d'”enrayer la cabale médiatique qui est menée contre notre pays”. L’emploi du terme “cabale médiatique” officialise la perception par l’État malien d’une guerre asymétrique menée par des puissances étrangères, des diasporas hostiles ou des réseaux subversifs via les réseaux sociaux et la presse internationale. L’ORTM et l’AMAP sont ainsi explicitement sommés de se comporter comme les fers de lance d’une contre-offensive cognitive, chargés d'”informer sainement” la population pour neutraliser les narratifs anxiogènes et déstabilisateurs.
La Prévention Active de la Fracture Communautaire
L’aspect le plus délicat et le plus crucial des instructions données par le ministre Alhamdou Ag Ilyène concerne la gestion sociologique de la crise. Le ministre a profité de son intervention diffusée sur l’ORTM pour lancer un appel pressant aux médias et à la population : il a demandé d’éviter formellement “la généralisation”, “la stigmatisation”, les “délits de faciès” et la suspicion basée sur les tenues vestimentaires (“défis vestimentaires”). Il a mis en garde contre ceux qui chercheraient à “se rendre justice” eux-mêmes.
Cette ligne directrice est d’une profondeur stratégique vitale. Les attaques terroristes perpétrées par le JNIM visent historiquement à exacerber les tensions intercommunautaires, espérant déclencher un cycle de représailles aveugles entre différentes ethnies maliennes. En instruisant les médias d’État de mener une campagne active de “sensibilisation” contre la stigmatisation, le gouvernement de la Transition démontre qu’il a parfaitement analysé le piège tendu par les terroristes. L’information officielle devient ainsi un bouclier sociétal. Les directeurs généraux de l’ORTM et de l’AMAP ont d’ailleurs publiquement rassuré le ministre sur leur capacité à gérer cette “communication de crise” en y impliquant “toutes les sensibilités de façon inclusive”. Ce monopole du récit national inclusif est perçu comme la seule garantie pour éviter le basculement du pays dans la guerre civile.

