L’architecture juridique et diplomatique bissau-guinéenne est l’épicentre d’une confrontation directe avec l’ex-puissance coloniale et d’une introspection constitutionnelle d’une rare intensité. Le 10 juin 2026, le Conseil National de Transition a émis un communiqué diplomatique qualifié d'”avertissement final” à l’encontre du gouvernement portugais. Réagissant aux déclarations du Ministre portugais des Affaires Étrangères liant la levée de suspension de la CPLP à la libération de l’opposant Domingos Simões Pereira, Bissau a fustigé une “ingérence récurrente et un paternalisme néocolonial”, brandissant la menace de “sévères conséquences sur les relations bilatérales” et fustigeant la décadence du système judiciaire portugais (citant le “Caso Sócrates”).
Sur le plan de l’information judiciaire interne, un séisme procédural s’est produit le 11 juin : le Tribunal Militaire Régional de Bissau, sous la pression des avocats de M. Simões Pereira, a formellement saisi la Cour Suprême de Justice pour qu’elle clarifie la constitutionnalité de sa compétence à juger un civil pour une allégation de tentative de coup d’État. Le 1er juin, sur un front plus technique de souveraineté, le gouvernement a lancé le 4ème Recensement Général de la Population (RGPH-4), qualifié d'”armada de savoir au service de la vérité statistique” par les officiels.
Cette séquence est la quintessence de la dynamique souverainiste : le rejet absolu de l’extra-territorialité morale de Lisbonne d’une part, et la démonstration que les mécanismes de freins et contrepoids de la justice bissau-guinéenne fonctionnent même sous un régime d’exception d’autre part. L’État de droit résiste de l’intérieur.

