Le Conseil des ministres du 13 octobre 2026 a prescrit un audit technique rapide de la gouvernance des systèmes d’assainissement. L’annonce ouvre un examen des responsabilités et des ouvrages ; elle ne livre pas encore les conclusions du diagnostic ni la preuve d’une réduction durable des inondations.
Après les pluies, une demande de comptes sur les systèmes
Le 13 octobre, le président Bassirou Diomaye Faye a demandé un audit de la gouvernance des systèmes d’assainissement. Le communiqué officiel ne désigne pas de responsable individuel et ne publie pas de constat d’auditeur. [1]
L’audit attendu pourrait éclairer ces relations. Sa simple prescription ne permet toutefois d’établir ni une faute, ni un détournement, ni l’échec uniforme de tous les investissements. Elle crée une exigence de diagnostic dont la portée dépendra des pièces examinées, de la méthode et de la publicité des résultats.
La vulnérabilité urbaine s’est construite sur plusieurs décennies
Une recherche publiée en 2008 par Cheikh Mbow, Aminata Diop, Amadou Tahirou Diaw et Cheikh Ibrahima Niang, affiliés à l’université Cheikh Anta Diop, examinait déjà les interactions entre pluies, relief et occupation des sols à Yeumbeul. Elle reliait l’exposition aux inondations aux contraintes d’accès au logement et aux marchés fonciers informels, au-delà de la seule variabilité climatique. Ce travail historique ne constitue pas une expertise des épisodes de 2026. [2]
La réponse publique possède elle aussi une histoire. Le Fonds nordique de développement présente PROGEP II comme la continuation d’un premier programme mis en œuvre entre 2012 et 2021, avec des interventions de drainage et de planification. Cette continuité interdit de traiter l’annonce d’octobre comme le commencement de toute politique de prévention. [3]
En juillet 2026, un Conseil interministériel avait déjà demandé des travaux préventifs, le curage des réseaux, la continuité électrique des stations et une meilleure articulation avec l’urbanisme. Ces décisions offrent des points de comparaison pour l’audit : il faudra rapprocher ce qui avait été prescrit de ce qui a effectivement été réalisé. [4]
Des échéances distinctes et des interventions déjà annoncées
La décision du 13 octobre comporte plusieurs volets : actualiser les schémas directeurs, relire la stratégie de prévention des inondations et examiner la création d’un fonds national de l’assainissement. L’échéance de fin novembre vise expressément la finalisation et la validation de la stratégie de protection civile et de gestion des risques de catastrophes. Elle ne doit pas être étendue automatiquement à tous les autres chantiers. [1]
Le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement rend compte, le 18 octobre, d’une visite effectuée la veille à Dakar. Il annonce notamment une capacité de pompage passée de 6 000 à 9 000 mètres cubes par heure dans la zone de captage et des interventions complémentaires sur le canal du Front de Terre et les eaux provenant de Grand-Yoff. Ces indications viennent de l’autorité responsable du suivi. [5]
Cette communication documente une action de terrain ; elle ne remplace ni un essai de performance indépendant ni le rapport d’audit demandé. Une capacité de pompage annoncée ne suffit pas à calculer la protection de chaque habitation : les apports d’eau, l’état des canaux, les obstacles et les possibilités d’évacuation entrent aussi dans l’analyse.
Qui construit, qui reçoit et qui entretient les ouvrages
La répartition des rôles apparaît dans les décisions du 3 juillet. La Primature y demande une réflexion interministérielle sur les conditions de transfert à l’ONAS d’ouvrages réalisés par d’autres structures, leur mise à niveau et leur exploitation. Le texte cite notamment l’ADM, l’APIX et plusieurs opérateurs de programmes ou d’infrastructures. Il annonce une démarche de clarification, sans établir que tous ces transferts ont eu lieu. [4]
C’est un point déterminant pour l’investigation. Le financeur, le maître d’ouvrage, l’entreprise de travaux et l’exploitant peuvent intervenir à des étapes différentes. Pour attribuer un dysfonctionnement, il faut reconstituer la chaîne : conception, marché, contrôle, réception, remise des plans, mise en service, entretien et traitement des alertes. L’absence d’une pièce à une étape ne prouve pas automatiquement une faute à une autre.
La connaissance hydraulique est également disponible dans la recherche sénégalaise. En 2024, Laurent Pascal Diémé et ses coauteurs, issus notamment de l’université Gaston Berger, de l’IRD et de la direction sénégalaise chargée des inondations, ont présenté un modèle tenant compte des bâtiments, canaux et bassins pour repérer les débordements. Cette approche permet d’examiner le fonctionnement d’un réseau plutôt que d’additionner ses équipements. [6]
Appliquée à un audit, cette logique conduit à comparer les plans aux ouvrages réellement présents, puis à confronter les capacités aux pluies observées. Elle suppose des données accessibles aux équipes sénégalaises, des outils utilisables après la mission et des moyens d’entretien. La production d’un rapport ne devrait pas épuiser la capacité d’expertise qu’il mobilise.
Les habitants possèdent aussi une connaissance du risque
Les recherches d’Oumar Cissé et de Moustapha Sèye sur Yeumbeul Nord, publiées dans Environment and Urbanization et présentées par le LARTES-IFAN, documentent les réponses de ménages aux inondations de 2005, 2009 et 2012. Les personnes interrogées avaient développé des adaptations de leur habitat et de leur quartier ; elles privilégiaient souvent ces améliorations au relogement. Cette observation localisée ne permet pas de présumer le choix de toutes les familles aujourd’hui. [7]
Elle montre néanmoins pourquoi la concertation doit porter sur les solutions concrètes. Le déplacement d’un ménage peut modifier l’accès au travail, à l’école, aux soins et aux solidarités. La réduction d’une exposition hydraulique doit être rapprochée de ces coûts et des garanties offertes. Les personnes concernées doivent pouvoir comprendre les options et discuter les conséquences qui les touchent.
Les projets financés avec des partenaires extérieurs ajoutent un autre niveau de responsabilité. La documentation de l’ADM relative à PROGEP II prévoit un cadre environnemental et social pour l’extension des interventions et ouvre une possibilité de commentaires. Celle du Fonds nordique présente des objectifs de planification, de formation et d’implication des acteurs. Ces documents décrivent des engagements ; ils ne prouvent pas, seuls, la qualité de chaque consultation ou de chaque décision foncière. [3, 8]
La capacité de décision locale se mesure alors à la maîtrise des données, à la place des communes dans les arbitrages et aux réponses données aux habitants. L’origine du financement ne suffit ni à garantir ni à invalider cette capacité. Les contrats, les procédures de décision et les moyens effectivement transférés doivent être examinés.
Les pièces encore nécessaires pour attribuer les dysfonctionnements
Dans la documentation consultée au 5 novembre 2026, aucun rapport final ni ensemble complet de termes de référence de l’audit prescrit le 13 octobre n’a été obtenu. Il n’est donc pas possible d’en décrire avec certitude les sites inspectés, les prestataires, les méthodes ou les conclusions. Cette limite documentaire ne signifie pas que les travaux n’ont pas commencé.
Pour examiner une responsabilité, il faudrait disposer des études de dimensionnement, des marchés et avenants, des procès-verbaux de réception, des journaux de maintenance et des données de pluie et de niveau d’eau. Les comptes rendus des riverains permettraient de situer les interruptions du service ; ils devraient être confrontés aux relevés techniques. Un constat de dégâts ne suffit pas à départager un ouvrage inadapté, un défaut d’entretien et un événement dépassant les hypothèses de conception.
La partie financière exige également ses propres preuves. La réflexion annoncée sur un fonds ne précise pas encore, dans les pièces réunies, ses ressources, ses règles d’allocation ni ses contrôles. Il faudra distinguer les crédits inscrits, les engagements, les paiements et les coûts de fonctionnement après réception.
Enfin, les intitulés de stratégies employés dans les communications ne dispensent pas de retrouver leurs versions approuvées et leurs actes de validation. Une référence à la gestion intégrée des risques dans une visite de terrain ne permet pas, à elle seule, de certifier la clôture de tous les travaux institutionnels annoncés.
La prochaine saison devra être comparée à des pluies documentées
Si l’audit permet d’identifier des ruptures précises dans la chaîne de gestion, des corrections ciblées pourront être suivies : reprise d’un défaut, entretien financé, clarification d’une responsabilité ou modification d’un plan. L’amélioration devra alors être appréciée sur le service rendu, avec les durées de stagnation, les interruptions d’accès et les dommages observés.
Si le diagnostic reste général ou si les recommandations ne disposent d’aucun financement, une nouvelle architecture administrative pourrait coexister avec les mêmes vulnérabilités. Ce scénario constitue un risque d’exécution, pas une conclusion sur les intentions du gouvernement. La publication d’un calendrier, de responsables et de comptes rendus permettrait de le tester.
Toute comparaison devra tenir compte des épisodes pluvieux. Une saison moins dommageable peut correspondre à des pluies moins contraignantes ; une pluie exceptionnelle peut mettre en difficulté un réseau amélioré. Les méthodes de modélisation présentées par Diémé et ses coauteurs offrent précisément un moyen de rapprocher les sollicitations hydrologiques des capacités des infrastructures. [6]
L’annonce du 13 octobre établit une volonté de réexaminer la prévention et sa gouvernance. La preuve du changement viendra de la traçabilité des corrections et de leurs effets territoriaux. Pour les habitants, l’objectif concret reste de pouvoir vivre, circuler et travailler avec un risque mieux connu et mieux pris en charge.
Les décisions publiques confrontées aux travaux de recherche
Les décisions précisent les orientations, les études les mécanismes.
[1] Primature du Sénégal, « Conseil des ministres du 13 octobre 2026 », communication présidentielle sur les inondations.
[2] Cheikh Mbow, Aminata Diop, Amadou Tahirou Diaw et Cheikh Ibrahima Niang, « Urban sprawl development and flooding at Yeumbeul suburb (Dakar-Senegal) », African Journal of Environmental Science and Technology, vol. 2, n° 4, avril 2008, p. 75-88, résumé et notice de l’éditeur.
[3] Fonds nordique de développement, fiche « Senegal Stormwater Management and Climate Change Adaptation Project 2 (PROGEP2), NDF C137 », consultée le 5 novembre 2026.
[4] Primature du Sénégal, « Conseil interministériel sur la prévention et la gestion des inondations », 3 juillet 2026, notamment mesures 1, 3, 6 et 8.
[5] Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, « Assainissement et gestion des inondations, le ministère renforce le suivi des interventions à Dakar », 18 octobre 2026, visite du 17 octobre.
[6] Laurent Pascal Diémé, Christophe Bouvier, Ansoumana Bodian et Alpha Sidibé, « Flood monitoring system in the Dakar agglomeration (Senegal) », Proceedings of IAHS, vol. 385, 18 avril 2024, p. 175-180.
[7] Oumar Cissé et Moustapha Sèye, « Flooding in the suburbs of Dakar: impacts on the assets and adaptation strategies of households or communities », Environment and Urbanization, vol. 28, n° 1, 2016 ; résumé de l’éditeur et présentation « Les inondations à Dakar » du LARTES-IFAN.
[8] Agence de développement municipal, présentation du rapport final du Cadre de gestion environnementale et sociale actualisé pour le financement additionnel de PROGEP II, consultée le 5 novembre 2026.

