Scène illustrative : deux analystes mauritaniens examinent des dossiers budgétaires et des maquettes de services publics dans un bureau évoquant Nouakchott.POLINT-012 — Préparer le budget au-delà des ressources extractives — Illustration éditoriale générée.

Le projet adopté en Conseil des ministres le 21 octobre 2026 limite le déficit primaire hors recettes extractives à 3,5 % du PIB nominal. Cette règle doit réduire l’exposition du budget aux ressources naturelles, sans faire disparaître les choix politiques sur l’impôt, l’investissement et les services publics.

Un excédent global peut masquer une dépendance persistante

Le gouvernement mauritanien présente pour 2027 un budget à deux lectures. D’un côté, les recettes et dons prévus dépassent les dépenses et prêts nets de 6,20 milliards d’ouguiyas nouvelles. De l’autre, le solde primaire hors recettes extractives demeure négatif. Ce rapprochement n’est pas une contradiction : il distingue l’ensemble du budget de l’indicateur choisi pour encadrer la dépense. [1][2]

Le projet adopté en Conseil des ministres le 21 octobre applique un plafond de déficit de 3,5 % du produit intérieur brut nominal. Autrement dit, le solde visé est de −3,5 % du PIB ou meilleur, et non un excédent obligatoire de 3,5 %. La précision du signe évite de transformer une règle de limitation du déficit en promesse d’équilibre hors ressources extractives. [1]

Au 5 novembre, le dossier consulté reste celui d’un projet de loi de finances. Ses prévisions ne sont ni des recettes encaissées ni des investissements réalisés. La question est de savoir comment la contrainte annoncée organise les arbitrages, puis comment le Parlement et les citoyens pourront en vérifier l’exécution.

Une cible antérieure devient un engagement juridique

Le cadrage budgétaire publié en juin 2025 mentionnait déjà une cible de 3,5 % du PIB pour le solde primaire hors extractif sur 2026–2028. Le projet 2027 n’invente donc pas cet indicateur. [3] Le changement de 2026 porte sur son inscription dans un dispositif juridique et sur l’usage explicite de la règle pour construire les plafonds de dépenses.

Le ministère des Finances rapporte que l’Assemblée nationale a adopté, le 15 mai 2026, la modification de la loi organique relative aux lois de finances. Il présente cette réforme comme un renforcement d’un cadre jusque-là principalement indicatif. [4] Le communiqué d’octobre rattache ensuite la règle à l’article 46 nouveau de la loi organique n°2026-019 du 1er juin et au décret n°2026-090 du 3 juin. Ces dates renvoient à des étapes différentes du même processus. [1]

Un débat d’orientation budgétaire s’est tenu le 15 juillet. Le compte rendu ministériel mentionne les demandes des députés concernant l’investissement, la production nationale, l’emploi et l’accompagnement du secteur informel. [5] Le contrôle budgétaire ne se réduit ainsi pas à la vérification d’un ratio : il porte aussi sur la manière dont les ressources sont distribuées entre besoins concurrents.

Ce que disent exactement les montants du projet

L’exposé des motifs retient 152,11 milliards de MRU de recettes et dons, pour 145,91 milliards de dépenses et prêts nets. Il prévoit 32,13 milliards de recettes extractives et 4,90 milliards d’intérêts. Le rapprochement arithmétique est éclairant : à l’excédent global de 6,20 milliards, on ajoute les intérêts exclus du calcul primaire, puis on retranche les recettes extractives. On obtient bien un solde de −21,03 milliards. [2]

Le même document prévoit un PIB nominal de 600,9 milliards de MRU. Le rapport entre 21,03 et 600,9 donne environ 3,5 %. La comparaison avec 2026 porte sur un déficit primaire hors extractif de 22,18 milliards, soit 4 % du PIB. L’amélioration annoncée atteint donc 1,15 milliard en valeur et 0,5 point de PIB ; ces deux variations ne sont pas interchangeables. [2]

Une discordance mérite d’être signalée : le résumé ministériel du 24 octobre écrit 21,3 milliards, tandis que l’exposé des motifs et le communiqué du Conseil retiennent 21,03. L’article utilise le montant du document budgétaire détaillé, cohérent avec les autres agrégats. Cette différence de transcription ne permet pas d’alléguer une modification de la règle ou une irrégularité des comptes. [1][2][6]

Retirer la rente du calcul ne supprime pas tous les risques

Un solde primaire exclut les intérêts de la dette. Le qualificatif « hors recettes extractives » retire ensuite une catégorie de revenus liés aux mines et aux hydrocarbures. Dans le protocole de suivi publié par le FMI en juin 2026, les dons restent inclus ; les recettes extractives comprennent des prélèvements et revenus définis, mais pas tous les impôts acquittés par les entreprises concernées. Il faut donc conserver le périmètre comptable, plutôt que parler d’un budget entièrement séparé du secteur minier et gazier. [7]

La logique de la règle est de ne pas aligner automatiquement les dépenses sur une rentrée exceptionnelle de revenus naturels. Si une hausse temporaire finance des engagements permanents, leur maintien devient difficile lorsque les recettes se retournent. La limitation du déficit hors extractif cherche à contenir cet écart. Elle ne constitue toutefois pas, à elle seule, une évaluation du rendement social de chaque dépense.

Le choix du PIB nominal comme dénominateur appelle aussi une lecture attentive. Une augmentation de ce PIB peut réduire un ratio sans baisse équivalente du déficit en monnaie courante. À l’inverse, une révision du PIB peut modifier le ratio sans changement immédiat des paiements. L’analyse doit donc suivre ensemble les montants, les hypothèses économiques et les résultats d’exécution, au lieu d’isoler le seul chiffre de 3,5 %.

L’autonomie budgétaire se joue dans les arbitrages mauritaniens

Le ministère des Finances, les administrations dépensières, le Parlement et les collectivités n’abordent pas la contrainte au même endroit. Un plafond agrégé laisse ouverte la répartition entre entretien, recrutement, équipement et transferts. Pour les habitants, l’effet concret dépendra des services effectivement accessibles et de la répartition territoriale des investissements. Un ratio national ne renseigne pas, seul, sur ces écarts.

Les interventions parlementaires rapportées en juillet mettent précisément l’accent sur les emplois, les activités productives et les améliorations perceptibles des conditions de vie. [5] Cette perspective oblige à examiner la qualité de la dépense autant que son niveau. Une dépense d’investissement autorisée peut rester inexécutée ; une infrastructure construite peut manquer ensuite de personnel ou d’entretien. Ce sont des risques d’analyse, pas des défaillances établies pour les projets de 2027.

La coopération avec le FMI fait partie du contexte : son rapport de juin décrit l’institutionnalisation de la règle parmi les réformes suivies dans le programme. [7] Cela ne dispense pas d’examiner les décisions nationales et le débat parlementaire. Présenter la discipline budgétaire comme nécessairement imposée de l’extérieur, ou comme une garantie automatique de souveraineté, irait au-delà des pièces. L’autonomie se mesure aussi à la capacité de choisir, financer et maintenir les priorités mauritaniennes.

Les hypothèses et les protections doivent rester visibles

Le gouvernement identifie lui-même plusieurs facteurs de fragilité : fluctuations des prix de l’énergie et de l’or, aléas de production gazière, recul possible des dons et difficultés d’exécution de l’investissement. Il mentionne des réserves de liquidité et le fonds national des revenus des hydrocarbures parmi les protections du cadre budgétaire. Ces annonces décrivent des mécanismes ; elles ne chiffrent pas, à elles seules, la capacité à absorber chacun des chocs possibles. [1]

Le projet ne permet pas encore de savoir quelles lignes seront finalement votées, amendées, engagées puis payées. L’analyse n’a pas obtenu de démonstration indépendante exhaustive de la sensibilité de chaque enveloppe sociale aux écarts de recettes. L’article 46 prévoit une suspension temporaire encadrée en cas de catastrophe ou de crise, avec approbation parlementaire dans une loi de finances et contrôle de la Cour des comptes. L’existence de cette possibilité ne signifie pas qu’elle soit activée pour le projet 2027. [8]

La traçabilité devra aussi relier budget et trésorerie. Reporter un paiement, différer un chantier ou réduire un service n’a pas le même effet économique, même si ces décisions peuvent momentanément ralentir la dépense. Pour apprécier le respect réel d’une trajectoire, il faudra rapprocher paiements, engagements, éventuels arriérés et résultats physiques. Aucune conclusion sur ces résultats futurs ne peut être tirée du seul projet.

Le prochain test sera celui de l’exécution

Si les recettes non extractives progressent comme prévu et si les dépenses prioritaires sont exécutées dans les enveloppes retenues, la règle pourrait contribuer à stabiliser les choix publics. Si les recettes déçoivent ou si les besoins de soutien augmentent, les arbitrages deviendront plus serrés. La réponse dépendra alors des marges de trésorerie, des procédures légales et de la capacité à protéger les services les plus utiles.

Un suivi lisible devrait rapprocher, à intervalles réguliers, prévisions et réalisations pour les recettes ordinaires, les revenus extractifs, les dons, les intérêts et les dépenses. Il devrait aussi expliquer les révisions du PIB et distinguer crédits annoncés, engagements et paiements. Ces informations permettraient de comprendre pourquoi le solde change, plutôt que de constater seulement qu’une cible est respectée ou dépassée.

Le projet 2027 établit une application annoncée de la règle à la construction du budget. Il ne démontre pas encore son efficacité en situation réelle. Son intérêt pour la Mauritanie sera jugé à la capacité de réduire la vulnérabilité financière tout en produisant les services et investissements retenus dans le débat national.

Les documents qui permettent de refaire la lecture

Les montants sont exprimés en ouguiyas nouvelles, code MRU. Le projet et son exposé des motifs servent de référence pour les agrégats ; les communications résumées sont confrontées à ce document. Le rapport du FMI éclaire une définition de suivi, sans remplacer les textes nationaux.

[1] Primature de Mauritanie, communiqué du Conseil des ministres n°32/2026 du 21 octobre 2026, version française publiée avec la version arabe.

[2] Ministère des Finances, Projet de loi de finances pour l’année 2027, publié le 28 octobre 2026 ; exposé des motifs, pages imprimées 5–8, notamment tableau des agrégats page 7.

[3] Ministère de l’Économie et des Finances, Document de programmation budgétaire à moyen terme 2026–2028, juin 2025, section 2.1, page imprimée 42.

[4] Ministère des Finances, compte rendu de l’adoption parlementaire du projet modifiant la loi organique relative aux lois de finances, 15 mai 2026 ; loi organique n°2026-019 du 1er juin 2026.

[5] Ministère des Finances, compte rendu du débat de l’Assemblée nationale sur les orientations budgétaires pour 2027, 15 juillet 2026.

[6] Ministère des Finances, « Loi de finances 2027 : la Mauritanie prévoit une croissance de 5 % et un excédent budgétaire de 6,2 milliards d’ouguiyas nouvelles », 24 octobre 2026.

[7] Fonds monétaire international, rapport pays n°26/158, Mauritanie, juin 2026 ; réforme du cadre budgétaire et protocole technique, paragraphe 6, page imprimée 103.

[8] République islamique de Mauritanie, loi organique n°2026-019 du 1er juin 2026, article 46 nouveau, pages 3–4 du texte publié par le ministère des Finances.

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