La Rédaction | 2 novembre 2026 | République centrafricaine
La République centrafricaine prépare les études qui doivent donner une base financière et institutionnelle à son assurance maladie universelle. Les avis publiés en octobre 2026 éclairent les décisions encore à prendre : quels soins couvrir, comment payer les établissements et quelle contribution demander aux ménages ? La protection se mesurera aux dépenses évitées et aux soins effectivement accessibles. [1]
Protéger le ménage au moment où survient la maladie Une assurance maladie cherche à partager un risque que chaque famille ne peut prévoir seule. Son intérêt ne réside pas seulement dans une carte ou une inscription : il tient à la possibilité de recevoir des soins sans devoir réunir, au moment de la maladie, une somme incompatible avec les ressources disponibles. Le financement doit donc être pensé avec l’accès réel aux établissements, aux médicaments et aux professionnels. En Centrafrique, les documents officiels d’octobre attestent une phase de préparation. Le ministère de la Santé et de la Population sollicite des experts pour construire les scénarios actuariels et de financement. [1] Un appel à candidatures ne démontre ni que l’étude est achevée, ni qu’une cotisation a été arrêtée, ni qu’un droit nouveau est déjà ouvert à l’ensemble de la population. Présenter ces étapes séparément permet de suivre la réforme sans anticiper ses résultats. Le modèle devra protéger ceux qui ne peuvent contribuer et payer régulièrement les soignants. Une couverture généreuse sur le papier perdrait sa portée si les établissements attendaient leurs ressources ou demandaient aux familles d’acheter ailleurs ce qui manque sur place.
Les avis d’octobre dessinent le travail préparatoire Le portail ministériel date du 12 octobre 2026 sept avis liés à l’AMU, avec une clôture des candidatures fixée au 27 octobre. L’étude actuarielle annoncée mobilise quatre profils et doit produire des scénarios de financement et de mise en œuvre. Une autre étude porte sur la demande de soins, la volonté et la capacité contributive des ménages et des acteurs économiques. Ces deux missions sont prévues sur six mois au maximum. [1][2] Les autres études concernent l’offre de soins, la qualité des données, les coûts, le cadre juridique et l’intégration des dispositifs existants. [3][4][5] Une estimation financière serait fragile sans connaissance des capacités des établissements et des besoins non satisfaits. Inversement, un inventaire d’équipements ne dit pas comment payer durablement les services. L’avis n°007 prévoit un assistant technique national pour une durée indicative de dix-huit mois, en collaboration avec le ministère chargé du Travail et de la Protection sociale. Sous l’autorité du comité de pilotage, il doit contribuer au modèle institutionnel, au panier de soins et à la qualité des études. [6] Ces durées décrivent des missions de préparation ; elles ne constituent pas une date officielle de généralisation de l’assurance.
Mesurer les dépenses et préserver les gratuités ciblées Selon la série de l’OMS diffusée par la Banque mondiale, les paiements directs représentaient environ 45 % des dépenses courantes de santé en Centrafrique en 2023. [7] Il ne s’agit ni d’une mesure de 2026, ni de
la part du revenu consacrée aux soins par chaque famille. Cet indicateur ne recense pas non plus les consultations abandonnées faute de moyens. L’évaluation devra croiser les dépenses observées avec les besoins et le recours effectif aux soins. Des prises en charge ciblées précèdent la nouvelle AMU. En novembre 2024, la Banque mondiale déclarait que près de 475 000 femmes et enfants avaient reçu des services essentiels grâce à SENI-Plus entre octobre 2022 et mai 2024. Elle décrit une gratuité ciblant les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de cinq ans. L’UNICEF documente, en avril 2025, un autre projet de médicaments gratuits dans sept districts, engagé depuis 2022, avec deux entrepôts réhabilités et 35 motos distribuées. [8] Ces résultats déclarés par les partenaires ne constituent pas une couverture universelle ni un bilan de la future assurance. L’évaluation harmonisée des établissements et l’étude de leurs coûts, prévues par les avis n°003 et n°005, peuvent éclairer cette distinction. La seconde doit proposer des scénarios de tarification et de paiement des prestataires, sur la base d’une collecte dans le pays. [3] Il faudra connaître les prix, mais aussi ce qu’ils couvrent : consultation, examens, médicaments, suivi ou orientation vers un autre établissement. Un tarif sans contenu défini ne permet pas de chiffrer une promesse de couverture.
Organiser la solidarité au-delà de la seule cotisation L’étude actuarielle devra relier recettes, coût des prestations et nombre de bénéficiaires. [1] Tester une hausse du recours aux soins, des recettes inférieures aux prévisions ou des médicaments plus chers permettrait de rendre visibles les fragilités du modèle. Les marges de financement et les réponses à ces écarts devraient être explicites. Le financement des personnes à faible capacité contributive est un choix collectif. Il suppose de préciser qui bénéficie d’une prise en charge de sa cotisation, selon quels critères et avec quelle ressource publique durable. Faire de la seule collecte individuelle le point de départ de l’accès risquerait de laisser à l’écart les ménages que la réforme veut protéger. Cette question doit être tranchée avec des données sociales et budgétaires, sans inventer un montant de cotisation avant les études. L’avis n°006 prévoit d’examiner l’intégration du financement basé sur la performance et des mécanismes de gratuité dans l’AMU. [5] Le premier concerne la manière de rémunérer les prestataires ; les seconds concernent les dépenses demandées à certains usagers. Leur rapprochement nécessite de préserver les droits existants, de clarifier qui paie chaque service et d’éviter qu’une transition administrative interrompe une prise en charge. Intégrer des dispositifs ne consiste pas seulement à les placer sous un nom commun.
Choisir une architecture nationale et apprendre des voisins L’audit juridique et institutionnel annoncé doit proposer une architecture adaptée et une feuille de route de réforme. [4] Il devra notamment rendre intelligible la répartition des fonctions : fixer les règles, collecter les ressources, acheter les prestations, contrôler les comptes et examiner les recours. La concentration ou la séparation de ces responsabilités relève d’un arbitrage national ; aucun organisme gestionnaire pleinement opérationnel ne peut être déduit du seul recrutement de consultants. L’apprentissage entre administrations africaines fait déjà partie du processus. Selon l’Agence ivoirienne de presse, une délégation centrafricaine conduite par Tatianna Marlène Bamba Sole a engagé le 27 octobre 2026 une mission auprès de la CNAM ivoirienne, prévue jusqu’au 31 octobre. L’objectif annoncé était d’identifier des enseignements utiles pour la mise en place de l’AMU en Centrafrique. [9] Cette coopération peut éclairer des choix sans imposer la reproduction d’une cotisation ou d’un calendrier étrangers.
Les établissements, les personnels et les représentants des usagers centrafricains devraient pouvoir signaler les obstacles d’inscription, les déplacements coûteux et les prestations difficiles à fournir. Leur place dans les consultations et les recours rapprocherait les décisions financières de leurs effets quotidiens.
Le panier, les ressources et le calendrier restent à établir Au 2 novembre 2026, les pièces réunies ne fournissent pas le résultat des études annoncées, un barème définitif de cotisation ou un panier national de soins déjà garanti dans le cadre de la nouvelle AMU. Les avis consultés ne suffisent pas non plus à établir l’attribution des missions après la clôture des candidatures. Ces limites indiquent ce qui reste à vérifier ; elles ne prouvent pas une absence de travail administratif. Une trajectoire budgétaire devra distinguer les dépenses de lancement des charges récurrentes. Financer l’immatriculation et le système d’information ne paie pas, à lui seul, les consultations des années suivantes. Il faudra aussi documenter les engagements des partenaires, leur durée et les relais nationaux envisagés. L’objectif de protection ne peut dépendre uniquement d’une enveloppe ponctuelle, même lorsque celle-ci facilite le démarrage. Les droits annoncés devront enfin être confrontés à la disponibilité territoriale des soins. Une personne couverte qui doit payer un long transport ou acheter à l’extérieur un médicament indisponible peut conserver une charge importante. L’évaluation devrait donc rendre visibles ces dépenses et les écarts entre territoires. Le nombre d’inscrits, utile pour suivre l’administration, ne pourra pas tenir lieu de mesure complète de la protection financière.
Des étapes vérifiables avant l’extension de la couverture Une première trajectoire consisterait à publier les résultats des études, à retenir un panier finançable et à expérimenter des modalités de prise en charge avec un suivi public. Les critères de réussite seraient alors explicites : dépenses restant aux ménages, services réellement fournis, délais de paiement des établissements et traitement des refus. Une extension progressive pourrait s’appuyer sur ces résultats, avec une protection organisée pour les personnes qui ne peuvent cotiser. Une deuxième trajectoire ferait avancer rapidement les inscriptions sans sécuriser l’offre et les recettes. Le risque serait de créer des droits difficiles à exercer. Une troisième verrait les études s’accumuler sans décision sur les transferts publics nécessaires à la solidarité. Ces scénarios sont des possibilités analytiques, pas des constats de défaillance : ils montrent les choix qu’un calendrier public et un financement traçable permettraient de surveiller. La réforme devra être jugée à l’échelle d’un parcours de soins complet. Préparer un financement protecteur signifie préciser qui contribue, qui est soutenu, ce qui est pris en charge et comment l’établissement est payé. Les consultations lancées ouvrent ce chantier. Leur valeur se mesurera à leur transformation en décisions compréhensibles, financées et contrôlables par les ménages centrafricains.
Les pièces qui documentent la préparation de l’AMU [1] Ministère centrafricain de la Santé et de la Population, portail des opportunités du 12 octobre 2026 et avis n°001, étude actuarielle de l’AMU. [2] Même ministère, avis n°002, étude de la demande de soins et de la capacité contributive, 12 octobre 2026. [3] Même ministère, avis n°003, évaluation des établissements et de la qualité des soins, et n°005, étude des coûts des prestations, 12 octobre 2026. [4] Même ministère, avis n°004, audit juridique et institutionnel de l’AMU, 12 octobre 2026. [5] Même ministère, avis n°006, étude de l’intégration du financement basé sur la performance et de la gratuité dans l’AMU, 12 octobre 2026. [6] Même ministère, avis n°007, assistance technique nationale à la mise en place de l’AMU, 12 octobre 2026.
[7] OMS, Global Health Expenditure Database, série diffusée par la Banque mondiale, indicateur SH.XPD.OOPC.CH.ZS, valeur centrafricaine de 2023, base mise à jour le 12 décembre 2025. [8] Banque mondiale, « Aspiring to a resilient health system in the Central African Republic », novembre 2024 ; UNICEF, « Nous sommes venus vous apporter la santé », 10 avril 2025. [9] Agence ivoirienne de presse, compte rendu du 28 octobre 2026 consacré à la mission centrafricaine auprès de la Caisse nationale d’assurance maladie de Côte d’Ivoire, commencée le 27 octobre.

