AFR-013 — Photomontage généré de Teodoro Nguema Obiang Mangue et d’une ingénieure fictive près d’équipements de télécommunications en Guinée équatoriale.

La Rédaction | 2 novembre 2026 | Guinée équatoriale

Le projet TELGESA repose sur une question encore ouverte : quelle valeur attribuer à GECOMSA et quelles obligations reprendre avec ses actifs ? L’investissement proposé de 50 millions de dollars ne répond pas, à lui seul, à cette question. L’évaluation doit éclairer la participation de l’État, le traitement des dettes et les engagements envers les salariés et les abonnés.

Les documents manquants retardent la valorisation de GECOMSA Le 16 octobre 2026, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue a demandé d’accélérer la transmission à KPMG des informations nécessaires pour évaluer GECOMSA. La communication gouvernementale mentionne les installations, les équipements et 84 tours de télécommunications. Elle relie cette évaluation à la détermination de la participation publique dans TELGESA, projet conduit avec EGSA Loita. La signature était alors souhaitée avant la fin d’octobre. [1] Ce calendrier ne constitue pas une preuve de conclusion de l’accord. Surtout, l’inventaire annoncé ne fournit encore ni une valeur nette de l’entreprise ni un prix de transaction. Pour apprécier l’opération, il faut connaître ce qui sera apporté à la nouvelle structure, ce qui restera à la charge de l’ancienne et la manière dont chaque partenaire financera les investissements futurs.

Les difficultés actuelles prolongent une restructuration ancienne Lors de son inauguration, rapportée le 24 janvier 2012, GECOMSA était présentée comme une entreprise mixte détenue à 51 % par l’État équato-guinéen et à 49 % par la partie chinoise. Elle devait renforcer la téléphonie et l’accès à Internet. [2] L’existence de cette infrastructure publique doit être prise en compte dans la négociation actuelle, sans assimiler les dépenses historiques à sa valeur aujourd’hui. Le communiqué du 6 novembre 2024 rend compte de premiers résultats d’audit : inventaires physiques insuffisants, créance de 4,410 milliards de francs CFA sur l’État et dettes de 9,876 milliards envers les fournisseurs. Il annonce une restructuration et des démarches pour les salaires impayés. [3] Ces montants sont ceux rapportés à cette date ; ils ne constituent pas un bilan actualisé de 2026. Le rapport complet et un rapprochement des comptes restent nécessaires pour suivre leur évolution. Le 23 octobre 2025, le vice-président a contesté la constitution d’une société entre GECOMSA et EGSA Loita sans approbation gouvernementale et demandé un appel d’offres international. [4] La qualification d’irrégularité est celle rapportée par l’exécutif ; aucune décision judiciaire correspondante n’a été obtenue. Cette étape montre que la négociation porte aussi sur le pouvoir d’engager le patrimoine public et la procédure de sélection du partenaire.

Cinquante millions de dollars désignent une proposition d’investissement La présentation officielle du 30 janvier 2026 fait état d’une proposition de 50 millions de dollars et d’une participation publique initialement envisagée à 49 %. Elle annonce 260 antennes, une couverture de 90 % à l’échelle nationale et mille emplois. [5] Ces éléments décrivent une offre et des objectifs. Ils ne prouvent ni le versement des fonds, ni une participation définitive, ni le déploiement de nouveaux sites. Les 50 millions ne peuvent donc être présentés comme le prix de vente de GECOMSA.

La nature du financement est déterminante. Une somme versée au capital, un prêt à la société, une dépense d’équipement et un paiement à un actionnaire n’ont pas les mêmes effets. Il faudra identifier les bénéficiaires des versements, leur calendrier et leurs conditions. De même, les 260 antennes projetées et les 84 tours mentionnées dans l’inventaire ne permettent pas de calculer un total de sites futurs : les unités, les réutilisations et les remplacements ne sont pas précisés. Le 22 juillet 2026, une nouvelle instruction a expressément demandé l’examen des actifs, des passifs, des dettes et des obligations avant la signature définitive de l’opération, qualifiée de fusion dans la communication de la Vice-présidence. [6] Ce vocabulaire ne remplace pas les actes juridiques. Il faut encore établir s’il s’agit d’un apport d’actifs, d’un transfert de participations ou d’une autre forme de restructuration.

La valeur nette dépend autant du passif que des pylônes Un inventaire doit permettre de vérifier l’existence des biens, leur état, les droits qui les accompagnent et leur utilité dans le réseau prévu. Une tour réutilisable, un équipement obsolète et un site nécessitant une remise en état ne doivent pas être valorisés de la même façon. Les autorisations et les contrats associés doivent être examinés séparément : leur présence dans un dossier ne prouve pas qu’ils sont librement transférables. Le passif appelle un travail comparable. Il faut distinguer les factures reconnues, les montants contestés, les dettes fiscales et sociales ainsi que les garanties éventuelles. La créance sur l’État mérite un traitement explicite, puisque celui-ci est aussi actionnaire et négociateur. Une compensation, un paiement ou une reprise de dette modifierait le bilan de l’opération ; aucune de ces solutions ne doit être supposée sans pièce comptable et décision correspondante. L’audit technique présenté en avril 2026 par Cyberteq porte, selon le gouvernement, sur le réseau national. Il relève notamment des équipements anciens, des difficultés de débit et de dimensionnement ; des échanges avec les opérateurs sont demandés pour consolider les conclusions. [7] Ce diagnostic ne constitue pas l’évaluation financière de GECOMSA par KPMG. La qualité d’un service et la valeur d’une entreprise sont liées, mais elles exigent des preuves et des méthodes différentes.

Les salariés et les usagers ont aussi des intérêts à représenter EGSA Loita présente Justin Chinyanta comme son président, issu des métiers de la finance, et situe le groupe Loita dans les services financiers et technologiques africains. [8] Cette présentation renseigne le profil revendiqué du partenaire ; elle ne démontre pas la disponibilité des fonds promis ou sa capacité à exploiter le futur réseau. L’origine des investisseurs ne dispense pas d’examiner leurs garanties, leurs compétences techniques et les responsabilités qu’ils accepteront. Le 7 juillet 2026, AhoraEG a relayé une demande de salariés de GECOMSA réclamant le règlement d’arriérés remontant, selon leur collectif, à 2017. [9] Cette démarche documente une revendication, sans établir un montant audité ni le solde individuel de chaque salarié. Le traitement des droits existants doit être distingué des créations d’emplois annoncées. Une promesse de nouveaux postes ne répond pas à la question des rémunérations dues, des contrats repris et de la formation des équipes. Pour les abonnés, le changement d’actionnariat n’aura de portée que s’il améliore des services accessibles. ORTEL rappelle sa mission de surveillance du marché et de protection des consommateurs. [10] Il faudra pouvoir mesurer la qualité, examiner les réclamations et contrôler les engagements de couverture. L’État doit rendre lisibles ses différents rôles : actionnaire intéressé à la valeur de l’entreprise, autorité organisant le secteur et garant des droits des usagers.

L’accord final et l’expertise de valorisation restent déterminants Au 2 novembre 2026, aucun rapport final de valorisation, accord définitif signé ou tableau complet des apports n’a été obtenu pour cette enquête. Les communiqués documentent des négociations et des instructions, avec une forte dépendance à la même source gouvernementale. Ils ne permettent pas de conclure à une cession finalisée, à un prix équitable ou à une sous-évaluation du patrimoine. L’absence de ces pièces limite l’analyse ; elle ne démontre pas leur inexistence. Le résultat de l’appel d’offres demandé en 2025 n’a pas davantage été établi. Il serait nécessaire pour connaître les offres concurrentes et les critères de choix, ou expliquer pourquoi une autre procédure aurait été retenue. Le pacte d’actionnaires permettrait, lui, de vérifier les droits de vote, les décisions réservées, les nominations et les conditions d’une augmentation de capital. Un pourcentage de participation ne suffit pas à décrire le contrôle réel. Les engagements de déploiement doivent aussi préciser leur mesure. Une couverture de population, de territoire ou de localités ne représente pas le même objectif. Les dépenses de maintenance, l’alimentation électrique et les capacités de raccordement doivent accompagner les nouveaux équipements. En 2024, le diagnostic numérique préparé avec la Banque mondiale insistait déjà sur les prix de gros, l’électricité et les écarts entre territoires insulaires et continentaux. [11] Ce cadre reste utile pour poser les questions, sans remplacer un bilan actuel.

La négociation doit être jugée sur les engagements exécutables Une issue favorable associerait une évaluation explicite, des apports effectivement mobilisés et des obligations de service contrôlables. Une autre pourrait aboutir à un accord signé dont le financement ou le règlement des dettes resterait incomplet. Le risque à examiner est alors le transfert de charges à l’État sans contrepartie suffisamment définie. Il s’agit d’un scénario à prévenir par les clauses et les garanties, pas d’un fait établi dans ce dossier. L’évaluation publique devrait suivre séparément la valeur des biens apportés, les dettes reprises, l’argent investi, les droits des salariés et les résultats pour les abonnés. Des jalons vérifiables rendraient possibles les corrections prévues au contrat. La capacité nationale de négocier et de contrôler l’exécution comptera autant que la répartition initiale du capital.

Les documents pour suivre l’inventaire, les dettes et la négociation [1] Cabinet de presse de la Vice-présidence, Guinea Ecuatorial Press, « El Gobierno acelera el proceso de valoración de los activos de GECOMSA », 16 octobre 2026. Demande de pièces à transmettre à KPMG et calendrier souhaité. [2] Office d’information et de presse de Guinée équatoriale, « Se inaugura una nueva compañía telefónica en Guinea Ecuatorial », 24 janvier 2012. Présentation de la répartition initiale du capital. [3] Vice-présidence, « El Gobierno desea inyectar fondos para rescatar a la operadora GECOMSA de la quiebra », 6 novembre 2024. Résultats intermédiaires d’audit rapportés ; montants datés, sans comptes complets obtenus. [4] Vice-présidence, « Telecomunicaciones revaluará la creación de TELGESA », 23 octobre 2025. Position de l’exécutif et demande d’appel d’offres, sans décision judiciaire produite. [5] Vice-présidence, « La empresa EGSA Eloita presenta al Gobierno una propuesta de inversión de 50 millones de dólares USA », 30 janvier 2026. Date retenue sur la page officielle ; objectifs distingués des réalisations. [6] Cabinet de presse de la Vice-présidence, communiqué sur les entreprises publiques et TELGESA, réunion du 22 juillet 2026, relayé par le PDGE le 23 juillet. Même origine institutionnelle, sans recoupement indépendant. [7] Vice-présidence, « El Gobierno refuerza su estrategia de modernización y expansión de la red nacional de telecomunicaciones », 25 avril 2026. Présentation de l’audit national Cyberteq et de ses suites demandées. [8] EGSA Loita, « Our Team », et groupe Loita, « About Us », consultés le 2 novembre 2026. Présentations des entreprises elles-mêmes, utilisées pour leur positionnement déclaré.

[9] AhoraEG, article du 7 juillet 2026 sur la demande des travailleurs de GECOMSA concernant les salaires impayés depuis 2017. Témoignage collectif médiatisé, sans liquidation individuelle des créances. [10] ORTEL, présentation officielle de ses missions et du cadre issu de la loi générale des télécommunications de 2005, consultée le 2 novembre 2026. [11] Banque mondiale, présentation du diagnostic de l’économie numérique de Guinée équatoriale, 25 juin 2024. Recommandations structurelles et territoriales, distinctes d’une évaluation de TELGESA.

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