POLINT-002 — Illustration de synthèse : trois adultes fictifs examinent de jeunes plants sur un littoral symbolique d’Anjouan. Cette scène ne reconstitue pas l’atelier du 15 octobre et ne présente pas un site restauré à l’identique.
Article actualisé le 1 novembre 2026. La date de première publication est conservée.
À Domoni et à Ouani, des associations, une municipalité et des universitaires comoriens ont engagé des actions de gestion et de restauration du littoral. La restitution du 15 octobre 2026 met en lumière leurs réalisations, mais aussi la question qui décidera de leur durée : qui financera, contrôlera et entretiendra les dispositifs après le projet ?
Deux expériences locales au-delà de la réunion de restitution
La Commission de l’océan Indien a réuni à Anjouan, le 15 octobre 2026, les acteurs de deux initiatives soutenues par RECOS, son programme consacré à la résilience côtière. La restitution concernait la gestion du littoral à Domoni et la restauration écologique à Ouani. L’événement est confirmé par un communiqué daté du 19 octobre. [1]
Le sujet dépasse la présentation d’un bilan. La protection d’un rivage implique des usages parfois concurrents, un travail d’entretien et des décisions qui touchent les habitants. Une association peut surveiller un site sans disposer du pouvoir de sanctionner ; une commune peut participer à un accord sans posséder un budget durable pour le faire vivre. C’est dans cette articulation entre compétence, responsabilité et moyens que se joue la portée politique de la cogestion.
À Ouani, une coopération engagée avant le bilan de 2026
La documentation de l’association Gestion durable du parc mangrove de Mrombwé retrace un partenariat avec le Centre universitaire de Patsy signé le 15 septembre 2024, puis un lancement public le 18 janvier 2025. Elle situe les interventions entre Outsoha et Bintirassi et décrit une pépinière, des formations au suivi écologique et la mobilisation de volontaires. Ce récit local montre que les opérations ne commencent pas avec la cérémonie de restitution. [2]
Une publication de la COI de mai 2025 documente l’installation de six repères sur environ 1 200 mètres de côte et l’utilisation d’un instrument de relevé des profils de plage. Les membres de l’association ont participé à la formation. Ce point est substantiel : sans repères comparables dans le temps, une photographie d’un rivage végétalisé ne suffit pas à établir l’évolution de l’érosion. [9]
Le programme régional fournit l’autre échelle de la chronologie. La fiche du Fonds français pour l’environnement mondial présente RECOS comme une subvention globale de 10 millions d’euros, dont 1,5 million provenant du FFEM, au bénéfice de la Commission de l’océan Indien. Cette enveloppe concerne plusieurs territoires : elle ne constitue pas le budget des deux projets d’Anjouan. La COI a annoncé une prolongation du programme jusqu’à juin 2027, approuvée par son comité de pilotage en décembre 2025 ; cette décision ne prolonge pas automatiquement chacun des contrats locaux. [3, 8]
Ces calendriers mettent en évidence une difficulté classique des projets territoriaux. Le financement possède un début et une échéance ; la gestion du littoral, elle, demande une continuité. L’enjeu de la restitution consiste donc aussi à déterminer quelles fonctions seront reprises par les institutions et les organisations locales, avec quels engagements vérifiables.
Des comités, des plantations et des surfaces à bien distinguer
À Domoni, la COI cite l’ONG 2Mains, l’association Protection du littoral d’Anjouan et la mairie. Le bilan fait état d’un comité de surveillance et d’un accord de cogestion signé en février 2026 pour Chikirini, Papani et Jomani. À Ouani, le Centre universitaire de Patsy et GDPMM auraient planté 30 000 plants indigènes sur 2,75 hectares et réalisé des défenses côtières douces sur 1,41 hectare. Ces données sont celles publiées par le porteur régional. [4]
Ces indicateurs décrivent des réalisations annoncées. Ils ne mesurent pas automatiquement la survie des plants, l’évolution du rivage ou les pertes évitées pour les ménages. Les surfaces ne peuvent pas davantage être additionnées sans savoir si elles se chevauchent. Une lecture prudente conserve donc chaque unité et chaque périmètre.
La page locale de GDPMM mentionne, dans un état antérieur du projet, près de 3 000 palétuviers et d’autres espèces côtières. La différence avec le bilan régional appelle un rapprochement des dates, des espèces et des comptages ; elle ne suffit pas à établir une erreur ou une contradiction. Le registre de plantation et les rapports successifs permettraient de distinguer les étapes du programme. [2, 4]
Cogérer suppose un partage de décision vérifiable
La cogestion ne devient effective que si les parties savent ce qu’elles peuvent décider. Pour apprécier l’accord de Domoni, il faudrait connaître les règles de représentation, le mode d’arbitrage, les responsabilités d’entretien et la relation avec les autorités compétentes. Un comité de surveillance peut produire de l’information, prévenir une dégradation et alerter l’administration. Sa création ne lui transfère pas, par elle-même, une compétence de police.
L’analyse doit également suivre la répartition du travail. Les habitants peuvent consacrer du temps à la surveillance, à l’arrosage ou à la collecte de données. Il faut alors distinguer participation volontaire, emploi rémunéré et prestation attendue sans financement pérenne. Sans cette distinction, un projet peut paraître peu coûteux parce qu’une partie de sa charge demeure portée par les familles.
La restauration exige enfin de relier le site à ses usages. Si une restriction affecte une activité économique, sa durabilité dépendra de la légitimité de la règle et des solutions disponibles. Cette proposition ne signifie pas qu’un conflit particulier aurait été observé dans les deux sites. Elle identifie le mécanisme à examiner pour savoir si l’accord produit une capacité collective de gestion ou seulement une mobilisation pendant la durée du financement.
La cogestion possède aussi des antécédents comoriens. Un accord de pêche conservé dans FAOLEX décrit une concertation avec plusieurs communautés d’Anjouan, amorcée avant 2019, et un partage progressif des responsabilités. Cet accord concerne un autre périmètre et un autre objet que l’initiative de Domoni. Il atteste une expérience institutionnelle préexistante, sans prouver une filiation juridique directe entre les deux dispositifs. [10]
Les connaissances comoriennes sont une capacité à conserver
La participation du Centre universitaire de Patsy et des associations locales place la production de connaissances au cœur du dispositif. La page de GDPMM décrit des formations à la collecte numérique et au suivi des profils de plage, ainsi que des échanges avec des chercheurs comoriens et malgaches. Ces activités sont documentées par l’organisation qui les met en œuvre ; elles ne constituent pas encore une évaluation indépendante de leurs effets. [2]
L’appui extérieur n’efface pas la production locale de connaissances. Le Centre universitaire de Patsy et les associations détiennent une partie de l’expérience du terrain. Le bureau BEE Comores indique avoir conçu un outil de suivi et formé des agents de GDPMM à son utilisation. Cette prestation documente un effort d’appropriation technique ; elle ne démontre pas que l’ensemble des données soit accessible au public ou exploité durablement. [11]
Il existe aussi, à Anjouan, d’autres expériences de gestion marine communautaire. Dahari décrit des appuis à la conservation du poisson, à sa transformation et à la diversification des revenus pour accompagner des réserves gérées avec les communautés. Ces actions sont distinctes de RECOS : les confondre attribuerait à un programme les résultats d’un autre. Elles offrent néanmoins un point de comparaison sur une question commune, celle du coût économique de la protection pour les usagers. [5]
Une recherche publiée en 2024, associant notamment Faissoil Ahmed Said de Dahari et des chercheurs travaillant à Madagascar, étudie les fermetures temporaires de la pêche au poulpe. Elle observe des bénéfices à court terme dans plusieurs zones tout en soulignant que ces gains ne garantissent pas la durabilité à long terme. Cette étude porte sur la pêche, pas sur les plantations de Ouani. Son intérêt comparatif est méthodologique : un résultat immédiat ne dispense pas d’un suivi dans la durée. [6]
Les comptes locaux et les séries écologiques restent attendus
Le communiqué régional, les fiches des bailleurs et la présentation de GDPMM ne remplissent pas la même fonction. Le premier rend compte de réalisations ; les secondes décrivent le financement et les objectifs ; la troisième documente l’activité d’un partenaire local. Leur convergence établit l’existence du projet, mais ces sources appartiennent toutes à son environnement de mise en œuvre.
Les pièces encore nécessaires sont l’accord intégral de cogestion, les budgets propres aux sites, les dépenses exécutées et les données de suivi écologique. Elles permettraient d’évaluer les obligations de chaque partenaire, les moyens laissés après le projet et les changements effectivement constatés. Il manque aussi une enquête indépendante sur l’expérience des différents groupes d’usagers. On ne peut déduire leur consentement unanime de leur présence à une réunion.
Les fiches publiques ne donnent pas toutes la même ventilation du financement régional : celle de l’AFD affiche 8 millions d’euros, tandis que d’autres présentations du programme emploient une autre ventilation. Faute de conventions rapprochées, cet article retient le total régional de 10 millions indiqué par le FFEM et n’attribue aucun montant précis à Anjouan. Cette réserve évite de transformer une enveloppe annoncée en dépense locale certifiée. [3, 7]
Après RECOS, le test de la continuité
Un premier scénario serait celui d’une consolidation : les comités poursuivent leur activité, les données restent accessibles aux acteurs locaux et les dépenses d’entretien trouvent un financement régulier. Dans ce cas, le projet aurait contribué à une capacité institutionnelle qui lui survit. Un deuxième scénario serait celui d’une continuité partielle, avec des plantations entretenues mais une gouvernance ou un suivi scientifique fragilisés. Un troisième serait l’arrêt d’activités dépendantes des seules subventions. Aucun de ces scénarios n’est présenté comme déjà réalisé.
Pour les distinguer, quelques mesures seraient décisives : fréquence des réunions, décisions suivies d’effet, part des plants encore vivants à des échéances comparables, évolution des profils de plage et dépenses d’entretien effectivement payées. Il faudrait aussi observer si les usagers peuvent contester une décision et faire corriger un problème.
La restitution du 15 octobre confirme l’existence d’un travail collectif à Anjouan. Son importance réside dans la possibilité de faire des collectivités, des associations et des chercheurs comoriens les responsables durables de la gestion du littoral. La réussite ne se réduira donc ni au nombre de plants installés ni au montant d’une subvention : elle dépendra de la continuité des droits, des compétences et des moyens.
Un bilan régional confronté aux traces locales et scientifiques
[1] Commission de l’océan Indien, communiqué « La COI renforce la protection du littoral à Anjouan », 19 octobre 2026 : atelier du 15 octobre. [2] GDPMM, présentation du projet RCOIP et chronologie 2024-2025 : partenariat, sites et activités.
[3] FFEM, fiche RECOS, consultée le 1er novembre 2026 : financement régional et échéance estimée. [4] COI, article de bilan d’octobre 2026 : réalisations à Domoni et Ouani ; chiffres attribués au porteur du programme.
[5] Dahari, « Les incitations économiques renforcent la gestion marine communautaire aux Comores », 20 novembre 2025. [6] McCabe et coauteurs, Frontiers in Marine Science, 10 mai 2024, étude sur les fermetures périodiques de la pêche au poulpe aux Comores et à Madagascar.
[7] AFD, fiche « Résilience des zones côtières dans l’Océan Indien », consultée le 1er novembre 2026. [8] COI, annonce du 8 décembre 2025 et point de situation de février 2026 : prolongation jusqu’à juin 2027. Les sources de projet établissent des réalisations déclarées ; elles ne sont pas assimilées à un audit indépendant des effets.
[9] COI, « Point de situation », mai 2025, rubrique consacrée aux profils de plage à Ouani.
[10] Union des Comores, accord de cogestion des pêches traditionnelle et artisanale avec les communautés de Hajoho, Jimilimé, Ouani, Mahalé, Harembo et Ongoni-Marahani, document conservé dans FAOLEX. Antécédent distinct de l’accord de Domoni.
[11] BEE Comores, présentation de la conception d’un système de suivi du reboisement et des impacts environnementaux et sociaux, consultée le 30 octobre 2026.

