À Addis-Abeba, un programme entre dans sa phase visible
Le 8 janvier 2026, au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, Mahmoud Ali Youssouf et Wang Yi participent au lancement de l’Année sino-africaine des échanges humains. Le président de la Commission de l’UA et le ministre chinois des Affaires étrangères tiennent également leur neuvième dialogue stratégique. Le communiqué publié par l’organisation africaine confirme l’événement et son inscription dans les engagements du FOCAC. [1]
Pour les universités, les organisations professionnelles et les administrations africaines, la question commence après l’ouverture officielle : quels savoirs, équipements et moyens de décision resteront disponibles lorsque les délégations seront reparties ? Le programme crée des occasions de coopération, mais ses effets doivent se lire dans les établissements et les filières concernés. Le nombre de rencontres permet de suivre une activité ; il ne suffit pas à établir une autonomie accrue.
Le calendrier de 2026 découle des engagements de 2024
Le Plan d’action de Pékin a été adopté lors du sommet du FOCAC de septembre 2024 pour la période 2025-2027. Il prévoit dix actions de partenariat et un soutien financier de 360 milliards de yuans : 210 milliards de lignes de crédit, 80 milliards d’aides diverses et au moins 70 milliards d’investissements d’entreprises chinoises. Ces catégories ne forment ni un budget annuel de dons ni la preuve de versements déjà effectués. [2]
Pour les échanges humains, le texte prévoit notamment la formation de 60 000 Africains et la création ou modernisation de dix Ateliers Luban et vingt établissements scolaires. L’année 2026 en constitue un temps fort. Le lendemain de son lancement, la porte-parole Mao Ning annonce près de 600 activités prévues sur l’année. Le futur employé dans cette annonce interdit d’en faire un compteur de manifestations déjà réalisées. [2–3]
Le programme prioritaire publié par le ministère chinois des Affaires étrangères couvre les jeunes, la culture, les conditions de vie, les échanges intellectuels et la formation. Il comprend des visites d’étude, des rencontres universitaires, des actions médicales et la traduction d’œuvres littéraires africaines. Cette dernière dimension mérite attention : la circulation des connaissances peut aussi porter sur ce que les sociétés africaines produisent et souhaitent faire connaître. [4]
Des activités attestées au-delà des annonces générales
Une étape sectorielle est documentée le 16 janvier à Pékin avec une séance de présentation de projets de l’accélérateur sino-africain d’innovation énergétique. Dans son allocution, le représentant permanent de l’UA en Chine, Alhaji Sarjoh Bah, rattache cette rencontre au FOCAC. Il met l’accent sur des solutions adaptées aux besoins africains et sur la capacité locale de les exploiter, de les entretenir et de les reproduire. Le discours atteste une orientation et une rencontre ; il n’établit pas que les équipements présentés sont tous installés. [5]
Le 9 juin, à Nairobi, un deuxième forum de coopération agrotechnologique et industrielle sino-africaine réunit d’autres acteurs. La World Farmers’ Organisation rend compte de sa participation le 16 juin, en situant explicitement l’intervention au 9 juin. L’organisation insiste sur l’association des agriculteurs à la conception et à l’application des projets. Il s’agit d’une trace d’activité située dans la période étudiée, même si le compte rendu a été publié quelques jours après sa clôture. [6]
Ces rencontres documentent la coopération sectorielle ; les sources ne précisent pas si elles figurent parmi les quelque 600 activités annoncées pour l’Année des échanges. Les additionner ne permet pas de calculer le pourcentage de réalisation du plan. Une présentation de prototype, une formation suivie et un service devenu opérationnel sont des étapes différentes, qui appellent chacune leurs propres pièces justificatives.
La coopération se joue dans les conventions de travail
L’analyse de la mise en œuvre peut suivre une chaîne allant de l’engagement diplomatique au choix d’un établissement, puis au financement, à l’activité et à son suivi. Selon les projets, un ministère peut sélectionner les participants, une université organiser le séjour, un laboratoire conserver les données et une entreprise entretenir l’équipement. Cette répartition doit être vérifiée dans chaque convention. La souveraineté pratique dépend des clauses qui relient ces acteurs.
L’Association des universités africaines fournit un précédent instructif. Dans son compte rendu de juillet 2025, elle distingue 63 universités africaines de 23 pays appariées avec des partenaires chinois, et 13 établissements africains ayant signé des protocoles avec 12 universités chinoises. [7] Ces chiffres de mi-2025 ne décrivent pas l’état de 2026. Ils montrent surtout que l’identification d’un partenaire et la conclusion d’une convention ne sont pas des opérations identiques.
L’AAU signalait aussi des difficultés linguistiques, administratives et financières. [7] Pour apprécier la suite, il faudrait savoir qui prend en charge les coûts récurrents, si les crédits universitaires sont reconnus et quels personnels peuvent prolonger le programme. Un atelier peut fonctionner durant une mission tout en restant fragile lorsque son budget de maintenance n’est pas assuré. Ce risque doit être examiné dans les conventions, sans être présenté comme la situation de tous les projets.
Les institutions africaines formulent leurs propres exigences
Les institutions africaines proposent leurs propres critères. Reprenant les conclusions d’une réunion stratégique de l’UA des 2 et 3 décembre 2025, Alhaji Sarjoh Bah rappelle que la coopération doit se juger sur les progrès démontrables d’industrialisation, de connectivité, de capital humain et de conditions de vie. [5] L’évaluation porte ainsi sur la capacité à utiliser les résultats.
Lors de la conférence de l’AAU, Folasade Ogunsola, de l’université de Lagos, a demandé une mobilité réciproque, une place pour les langues africaines dans les universités chinoises et des pôles d’innovation cogérés. [7] Ces propositions définissent des éléments vérifiables de réciprocité : qui enseigne, qui accueille, qui établit le programme et qui gouverne le laboratoire. Elles expriment une position universitaire africaine propre, sans représenter automatiquement toutes les universités du continent.
Les chercheurs Obert Hodzi et Padmore Amoah, dans African Human Mobility Review en 2023, examinent les liens entre coopération universitaire, production de savoir et influence stratégique. Leur analyse invite à ne pas confondre mobilité étudiante et renforcement institutionnel. Les trajectoires des étudiants et les conditions de production des connaissances restent déterminantes. Cette grille critique ne constitue pas une preuve de contrôle politique sur chaque boursier de 2026. [8]
Le communiqué de janvier associe d’ailleurs les échanges humains à la gouvernance mondiale, à l’Agenda 2063 et aux positions diplomatiques, dont le principe d’une seule Chine. Cette articulation est documentée. Elle permet d’étudier une relation politique globale ; elle ne démontre pas qu’un programme culturel particulier aurait acheté un soutien. Les bénéfices éducatifs et les objectifs d’influence peuvent coexister et doivent être appréciés séparément. [1]
Les bénéficiaires et les décaissements restent à documenter
Le corpus consulté ne fournit pas de tableau consolidé des quelque 600 activités annoncées, avec les dates de réalisation, les budgets et les publics effectivement atteints. Il ne permet donc pas de transformer cette enveloppe de programmation en bilan quantitatif. Un inventaire sérieux devrait distinguer les manifestations annulées, reportées, regroupées et terminées, puis préciser l’échelle de chacune.
La même réserve vaut pour les montants du plan. Une ligne de crédit peut être annoncée, contractualisée ou tirée ; un investissement peut être prévu, engagé ou effectivement réalisé. Sans rapprochement entre ces étapes, la somme globale ne dit pas quels États, entreprises et établissements ont reçu quels moyens. Elle ne renseigne pas non plus, à elle seule, sur le coût du financement ou le partage des risques.
Les effets humains exigent un suivi plus long. Combien de personnes formées utilisent les compétences acquises ? Quels établissements disposent désormais de leurs propres formateurs ? Qui peut modifier les programmes ou publier les résultats de recherche ? Ces informations manquantes limitent le bilan de capacité, sans annuler les activités déjà attestées. Elles concernent aussi la participation des femmes, des établissements moins dotés et des filières éloignées des grandes capitales.
L’échéance de 2027 donnera un test de continuité
Le plan prévoit une dixième conférence ministérielle en République du Congo en 2027. Cette échéance de suivi pourra confronter les engagements aux réalisations. [2] D’ici là, une trajectoire favorable serait celle de programmes copilotés, dotés de budgets durables et prolongés par des équipes africaines. Une autre laisserait des gains individuels réels, mais peu de moyens supplémentaires dans les institutions d’origine.
Le risque de dispersion serait différent : plusieurs événements autour d’un même thème, sans coordination des équipements, des cursus ou du financement. Il ne suffit pas d’annoncer ce risque pour conclure qu’il s’est produit. Les registres de projets et les évaluations des participants permettraient d’en établir l’ampleur.
Le lancement de l’Année des échanges est donc un fait acquis, et des activités de mise en œuvre sont identifiables. Le bilan décisif reste celui des capacités conservées. Les demandes de l’UA, des universités africaines et des organisations agricoles fournissent déjà des critères pour l’examiner : entretien local, réciprocité scientifique, participation des professionnels et continuité après la rencontre. [5–7]
Les programmes et les comptes rendus à rapprocher
[3] Ministère chinois des Affaires étrangères, conférence de presse de Mao Ning, 9 janvier 2026.

