La Fabrique d’un Casus Belli
L’intervention militaire menée par les États-Unis au Venezuela le 3 janvier 2026, connue sous le nom de code opérationnel « Absolute Resolve » et s’inscrivant dans la campagne plus large « Southern Spear », ne saurait être analysée comme un événement singulier ou une réaction spontanée à une crise sécuritaire immédiate. Elle constitue l’aboutissement d’une séquence géopolitique complexe, méticuleusement orchestrée sur plus d’une décennie, que les analystes critiques qualifient désormais de « Piège de l’Esequibo ». Cette opération, qui a conduit au kidnapping du président Nicolás Maduro et à la neutralisation du haut commandement bolivarien, trouve sa genèse non pas dans la lutte contre le narcotrafic — le prétexte officiel avancé par l’administration Trump — mais dans la réactivation stratégique d’un différend territorial bicentenaire entre le Venezuela et le Guyana.
Notre analyse postule que la revendication légitime du Venezuela sur la Guayana Esequiba, fondée sur les frontières historiques de la Capitainerie Générale de 1777, a été instrumentalisée par une convergence d’intérêts corporatistes (ExxonMobil) et stratégiques (SOUTHCOM) pour placer Caracas devant un dilemme de sécurité insoluble. En poussant le Venezuela à réagir à la militarisation de sa frontière orientale et à l’exploitation unilatérale de ressources pétrolières dans des eaux contestées, l’Occident a transformé une dispute de souveraineté en un levier de guerre hybride, justifiant ainsi le déploiement naval le plus massif dans les Caraïbes depuis la crise des missiles de 1962.
L’analyse de cette trajectoire, depuis les premières découvertes pétrolières majeures dans le bloc Stabroek en 2015 jusqu’aux frappes chirurgicales sur Fuerte Tiuna en janvier 2026, révèle une mécanique implacable où le droit international, la diplomatie et la puissance militaire ont été alignés pour redessiner la carte énergétique et politique de l’Amérique du Sud. Il est impératif de déconstruire les étapes de ce processus pour comprendre comment la défense de la souveraineté territoriale est devenue le piège qui a scellé le sort de la République bolivarienne.
La Légitimité de la Revendication de 1777
Pour saisir la nature du « piège », il est essentiel de reconnaître que la revendication vénézuélienne sur l’Esequibo n’est ni une invention récente du chavisme ni une ambition expansionniste moderne, mais l’expression d’une continuité étatique ancrée dans le droit colonial espagnol. La négation de cette historicité par les puissances occidentales a constitué le premier acte de la guerre narrative.
La Capitainerie Générale de 1777 et le Principe de l’Uti Possidetis Juris
Le socle juridique de la position vénézuélienne repose sur le principe de l’uti possidetis juris, doctrine selon laquelle les États issus de la décolonisation héritent des frontières administratives de leurs anciennes métropoles. Dans ce contexte, l’acte fondateur est le Décret Royal du 8 septembre 1777, promulgué par le roi Charles III d’Espagne.
Ce décret royal a établi la Capitainerie Générale du Venezuela, unifiant sous une autorité militaire et politique unique — basée à Caracas — plusieurs provinces auparavant dispersées sous la juridiction de la Vice-royauté de la Nouvelle-Grenade ou de l’Audiencia de Saint-Domingue. Les provinces intégrées comprenaient le Venezuela (Caracas), Cumaná, Maracaibo, Margarita, Trinidad et, de manière cruciale, la province de Guayana.
Les archives cartographiques et administratives de l’Empire espagnol de cette période attestent sans équivoque que la frontière orientale de la province de Guayana était délimitée par le fleuve Essequibo. Bien que les Hollandais aient établi des comptoirs commerciaux (Essequibo, Demerara et Berbice) le long de la côte, l’intérieur des terres et la juridiction souveraine jusqu’à la rive gauche du fleuve relevaient de l’autorité espagnole. Lors de sa déclaration d’indépendance en 1811, puis lors de la formation de la Grande Colombie en 1819, le Venezuela a constitutionnellement défini son territoire comme correspondant à celui de la Capitainerie Générale de 1777, incluant de jure la région de l’Esequibo.
Cette continuité historique est fondamentale : pour Caracas, l’Esequibo n’est pas un territoire à « annexer », mais une partie intégrante du corps national qui a été amputée par l’impérialisme britannique au XIXe siècle. Ignorer ce paramètre revient à méconnaître la psychologie politique vénézuélienne qui perçoit la perte de ce territoire comme une blessure coloniale non cicatrisée.
La Ligne Schomburgk et la « Fraude Scientifique » de 1835
Le mécanisme de spoliation, précurseur du « piège » actuel, s’est mis en place après le transfert des colonies hollandaises à la Grande-Bretagne via le Traité anglo-hollandais de 1814. Ce traité, s’il actait la cession des établissements, ne définissait pas de frontière occidentale précise.
C’est dans ce flou juridique que Londres a mandaté, en 1835, l’explorateur prussien Robert Hermann Schomburgk pour délimiter les frontières de la Guyane britannique. Schomburgk a tracé une ligne arbitraire — la fameuse « Ligne Schomburgk » — qui étendait les prétentions britanniques de plus de 80 000 kilomètres carrés à l’ouest du fleuve Essequibo, englobant de vastes zones riches en or (notamment le bassin du Yuruari) et s’approchant dangereusement des bouches de l’Orénoque.
Le Venezuela a historiquement qualifié cette démarcation de « fraude scientifique » et d’acte d’agression impériale, motivé par la soif de ressources minières. Cette expansion territoriale unilatérale a conduit à la rupture des relations diplomatiques entre le Venezuela et la Grande-Bretagne en 1887, créant un précédent de tension où la puissance hégémonique (alors britannique, aujourd’hui américaine) utilise la cartographie et l’exploration économique pour justifier l’appropriation territoriale.
L’Arbitrage de Paris de 1899 : La Nullité Originelle
La résolution apparente du conflit en 1899 constitue le nœud gordien de la crise actuelle. Sous la pression des États-Unis, qui invoquaient alors la Doctrine Monroe pour contrer l’expansionnisme européen, un tribunal arbitral fut réuni à Paris. Cependant, dans une ironie tragique, le Venezuela n’y fut pas directement représenté, sa défense étant assurée par des juristes américains.
La Sentence Arbitrale du 3 octobre 1899 attribua environ 90 % du territoire disputé à la Grande-Bretagne, validant dans les grandes lignes le tracé Schomburgk. Ce verdict fut accepté pendant un demi-siècle, jusqu’à la révélation posthume, en 1949, d’un mémorandum rédigé par Severo Mallet-Prevost, l’un des avocats américains de la défense. Ce document détaillait une collusion secrète entre le président du tribunal, le juriste russe Friedrich Martens, et les juges britanniques, visant à imposer un compromis politique au mépris des titres juridiques espagnols.
C’est sur la base de cette preuve de corruption procédurale que le Venezuela a déclaré la sentence de 1899 « nulle et non avenue » en 1962. Cette position a conduit à la signature de l’Accord de Genève en 1966, juste avant l’indépendance du Guyana. Cet accord, signé par la Grande-Bretagne, le Venezuela et la Guyane britannique, reconnaissait l’existence d’une controverse et engageait les parties à chercher une solution « pratique et satisfaisante ». Le piège moderne s’est refermé lorsque le Guyana, soutenu par l’Occident, a décidé d’abandonner l’esprit de négociation de l’Accord de Genève pour judiciariser le conflit devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), une instance dont le Venezuela conteste la compétence pour ce dossier spécifique.
Le Catalyseur Économique : La Tutelle d’ExxonMobil et la Militarisation (2015-2025)
Si le contentieux est ancien, sa transformation en crise existentielle est directement corrélée à la découverte de gisements d’hydrocarbures phénoménaux. À partir de 2015, la compagnie ExxonMobil a joué un rôle de quasi-souverain, dictant non seulement la politique énergétique du Guyana mais influençant également sa stratégie de défense et diplomatique, plaçant de facto le pays sous une « tutelle corporative ».
La Chronologie des Découvertes : Une Provocation Géologique
La chronologie des découvertes d’ExxonMobil dans le bloc Stabroek, qui s’étend largement dans les eaux territoriales revendiquées par le Venezuela (la projection maritime de la Guayana Esequiba), révèle une intensification constante de la pression économique :
- Mai 2015 (Liza-1) : Quelques mois seulement après qu’ExxonMobil a vu ses actifs vénézuéliens nationalisés et a été contraint de quitter le pays, la compagnie annonce la découverte du puits Liza-1. Ce gisement géant, contenant des réservoirs de grès bitumineux de haute qualité, marque le début de l’ère pétrolière du Guyana. Pour Caracas, ce timing n’est pas une coïncidence mais une riposte corporative.
- L’Escalade de la Production (2017-2025) : Les découvertes se succèdent à un rythme effréné : Payara (2017), Snoek (2017), Turbot (2017), Ranger (2018), et Hammerhead (2018). En novembre 2025, la production quotidienne du consortium dirigé par ExxonMobil atteignait le seuil critique de 900 000 barils par jour, propulsant le Guyana au rang de superpuissance énergétique per capita.
- Projections Stratégiques : Avec une capacité projetée de 1,7 million de barils par jour d’ici 2030, le Guyana est devenu une alternative stratégique au pétrole vénézuélien pour les États-Unis, rendant le contrôle de cette zone maritime vital pour la sécurité énergétique américaine.
Cette exploitation massive, réalisée sans l’accord du Venezuela dans une zone en litige, a été perçue par le gouvernement Maduro comme un vol de ressources souveraines et une violation flagrante de l’Accord de Genève, qui interdit les actes unilatéraux modifiant le statut du territoire disputé.
Le Financement de la Souveraineté : Le Bonus de Signature
L’un des éléments les plus probants de la « tutelle » exercée par ExxonMobil réside dans le financement direct de la défense juridique du Guyana. En 2016, le gouvernement guyanien a accepté un bonus de signature de 18 millions de dollars de la part d’ExxonMobil. Des révélations ultérieures ont confirmé qu’environ 15 millions de dollars de cette somme avaient été spécifiquement cantonnés pour payer les frais juridiques de l’équipe représentant le Guyana devant la CIJ contre le Venezuela.
Le ministre guyanien des Affaires étrangères, Carl Greenidge, a admis en 2018 que ces fonds étaient utilisés pour rémunérer les avocats internationaux chargés de valider la frontière de 1899. Cette imbrication financière est cruciale : elle démontre qu’ExxonMobil n’est pas un acteur neutre, mais le bailleur de fonds de la stratégie territoriale du Guyana. Aux yeux de Caracas, cela signifiait que le Guyana avait sous-traité sa souveraineté à une multinationale américaine hostile, transformant le litige frontalier en un conflit asymétrique contre un géant corporatif soutenu par le Département d’État.
La Militarisation de la Zone Contestée et le Rôle du SOUTHCOM
Parallèlement à l’offensive économique, une militarisation progressive de la zone a été observée, orchestrée par le Commandement Sud des États-Unis (SOUTHCOM), agissant de concert avec les intérêts d’ExxonMobil.
- Exercices Tradewinds : Les exercices militaires annuels Tradewinds, parrainés par le SOUTHCOM, ont vu leur ampleur et leur spécificité augmenter au Guyana. En 2021 et 2023, le Guyana a accueilli ces manœuvres, qui ne se limitaient plus à la réponse aux catastrophes, mais incluaient des scénarios de « sécurité maritime » et de « défense contre les menaces transnationales ». Ces exercices ont servi à pré-positionner du matériel et à assurer l’interopérabilité entre la Guyana Defence Force (GDF) et les forces américaines.
- Survols et Présence Navale : En décembre 2023, en réponse directe au référendum vénézuélien, le SOUTHCOM a mené des opérations aériennes conjointes au-dessus du Guyana, un signal politique fort adressé à Caracas. De plus, des navires de guerre américains, tels que l’USS Normandy, ont effectué des patrouilles conjointes avec la marine guyanienne dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) contestée, protégeant de facto les plateformes d’ExxonMobil (comme le FPSO Liza Destiny) contre toute interférence vénézuélienne.
- La Garantie de Sécurité Implicite : La visite du Secrétaire d’État américain Marco Rubio à Georgetown en mars 2025 a levé toute ambiguïté. En déclarant qu’une attaque contre le Guyana ou les installations d’ExxonMobil serait « un très mauvais jour pour le régime vénézuélien », Washington a étendu son parapluie sécuritaire sur le bloc Stabroek, transformant les actifs d’une compagnie privée en intérêts de sécurité nationale américaine. La Mécanique du Piège : De la Réponse Souveraine au Casus Belli (2023-2025)
Le « piège » s’est refermé lorsque les mesures défensives et souveraines prises par le Venezuela ont été systématiquement recadrées par la communauté internationale comme des actes d’agression imminente, justifiant une escalade militaire préventive.
Le Référendum Consultatif de 2023 : Un Acte de Souveraineté Criminalisé
Face à l’octroi de licences pétrolières dans des eaux non délimitées (septembre 2023) et au refus du Guyana de négocier bilatéralement, le gouvernement de Nicolás Maduro a opté pour une mobilisation politique interne. Le 3 décembre 2023, un référendum consultatif a été organisé, posant cinq questions cruciales au peuple vénézuélien :
- Rejet de la sentence arbitrale de 1899.
- Soutien à l’Accord de Genève de 1966 comme seul instrument valide.
- Non-reconnaissance de la juridiction de la CIJ.
- Opposition à l’exploitation unilatérale des ressources maritimes.
- Création de l’État de Guayana Esequiba et octroi de la citoyenneté à ses habitants.
Avec un taux d’approbation officiel de plus de 95 %, ce référendum a donné au gouvernement le mandat politique pour promulguer la « Loi Organique pour la Défense de la Guayana Esequiba » en 2024, publier de nouvelles cartes officielles intégrant le territoire, et nommer une autorité administrative provisoire.
Bien que le Venezuela n’ait pas procédé à une occupation militaire du territoire en 2024, se limitant à des actes administratifs et déclaratoires, cette réponse a été saisie par les États-Unis et le Guyana comme la preuve d’une volonté annexionniste. Ce narratif a permis de qualifier le Venezuela de « menace régionale », activant les mécanismes de défense collective et justifiant l’intensification de la présence du SOUTHCOM.
L’Opération « Southern Spear » : Le Prétexte du Narcoterrorisme
À la fin de l’année 2025, l’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump (réélu ou agissant dans une continuité agressive), a opéré un glissement sémantique décisif. Les tensions territoriales ont été fusionnées avec la rhétorique de la « guerre contre la drogue ».
L’opération Southern Spear (« Lance du Sud »), lancée officiellement pour lutter contre les cartels de la drogue, a servi de couverture au déploiement d’une armada sans précédent dans les Caraïbes.
- Désignation Terroriste : Le gouvernement américain a classé le Cartel des Soleils (Cartel de los Soles), prétendument dirigé par des hauts gradés vénézuéliens et le président Maduro lui-même, comme une Organisation Terroriste Étrangère (FTO). Cette qualification juridique a permis d’appliquer des règles d’engagement militaire (loi des conflits armés) plutôt que des procédures policières classiques.
- Quarantaine Navale : En décembre 2025, prétextant que le pétrole vénézuélien finançait le terrorisme et le trafic de drogue, les États-Unis ont imposé une « quarantaine navale » (un blocus de facto) contre les pétroliers vénézuéliens. Donald Trump a justifié cette action en affirmant que le Venezuela avait « volé notre pétrole » (référence implicite aux actifs d’ExxonMobil expropriés).
- Frappes Terrestres : Les premières frappes cinétiques sur le sol vénézuélien ont eu lieu fin décembre 2025, ciblant des infrastructures portuaires présentées comme des hubs logistiques pour le trafic de drogue, mais affaiblissant en réalité les capacités de défense côtière du pays.
L’Invasion de Janvier 2026 : Opération « Absolute Resolve »
L’aboutissement logique de cette escalade fut l’opération de décapitation du régime, exécutée avec une précision foudroyante au début de l’année 2026.
La Chronologie de l’Assaut (3-4 Janvier 2026)
L’opération, baptisée Absolute Resolve, a débuté dans les premières heures du samedi 3 janvier 2026.
- 02h00 (Heure de Caracas) : Une campagne de bombardements aériens massifs et ciblés a frappé les infrastructures militaires critiques autour de Caracas, notamment le complexe de Fuerte Tiuna (cœur du pouvoir militaire) et la base aérienne de La Carlota. L’objectif était de neutraliser les défenses anti-aériennes (systèmes S-300 d’origine russe) et de paralyser la chaîne de commandement.
- L’Incursion des Forces Spéciales : Profitant du chaos et de la suppression des défenses, des unités d’élite américaines (Delta Force), appuyées par des moyens de guerre électronique de la CIA, ont mené un raid héliporté sur le palais présidentiel ou le bunker de commandement.
- Le Kidnapping : Le président Nicolás Maduro et la première dame Cilia Flores ont été capturés vivants, extraits par hélicoptère vers le porte-avions USS Iwo Jima (ou Gerald R. Ford selon les sources), puis transférés à New York pour y être jugés sous des chefs d’inculpation de « narcoterrorisme ».
- L’Annonce : À 04h30 EST, le président Donald Trump a annoncé sur le réseau social Truth Social le succès de l’opération, déclarant que les États-Unis allaient « diriger le pays » (run the country) via un groupe de transition jusqu’à ce qu’un gouvernement « sûr » puisse être établi.
Le Vide Politique et l’Intérim
La décapitation du sommet de l’État n’a pas entraîné une reddition immédiate des institutions bolivariennes.
- La Cour Suprême de Justice (TSJ) du Venezuela, fidèle à la constitution bolivarienne, a immédiatement ordonné à la vice-présidente exécutive, Delcy Rodríguez, d’assumer la présidence par intérim pour garantir la « défense nationale » et la continuité administrative face à l’agression étrangère.
- Cette situation a créé une dualité de pouvoir volatile : d’un côté, une administration d’occupation de facto dirigée depuis Washington (avec des figures comme Marco Rubio citées comme architectes de la transition), et de l’autre, un gouvernement de résistance institutionnelle à Caracas.
Les Répercussions Géopolitiques : Un Continent Fracturé et une Souveraineté Menacée
L’onde de choc de l’invasion a transcendé les frontières du Venezuela, redéfinissant les alignements géopolitiques dans toute l’Amérique latine et au-delà.
La Fracture Latino-Américaine
L’opération a brisé le consensus diplomatique régional, forçant chaque capitale à choisir son camp.
- Le Brésil et la « Ligne Inacceptable » : Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a condamné l’opération avec une fermeté rare, déclarant que les États-Unis avaient franchi une « ligne inacceptable ». Pour Brasilia, l’usage de la force militaire pour un changement de régime viole les principes fondamentaux de souveraineté et menace de transformer l’Amérique du Sud, jusqu’alors « zone de paix », en théâtre de conflit. Le Brésil a immédiatement renforcé sa présence militaire à la frontière nord (Pacaraima) pour contenir les flux migratoires et prévenir tout débordement.
- L’Alarme de la Colombie : Le président Gustavo Petro, bien que critique de Maduro, a dénoncé les bombardements, notamment sur des zones résidentielles, et exprimé sa crainte d’une crise humanitaire majeure à ses frontières.
- L’Alignement de la Droite Régionale : À l’inverse, des gouvernements alignés sur Washington, comme ceux de Javier Milei en Argentine et de Daniel Noboa en Équateur, ont salué le kidnapping de Maduro comme une « libération », validant implicitement la doctrine du changement de régime par la force.
Le « Silence Complice » et la Réaction de la Guyane Française
L’impact de l’invasion est particulièrement ressenti sur le Plateau des Guyanes, une zone géologique et culturelle partagée par le Venezuela, le Guyana, le Suriname et la Guyane française.
- La Déclaration de Jean-Victor Castor : Le député de la Guyane, Jean-Victor Castor (GDR/MDES), a pris une position courageuse et divergente de la diplomatie française officielle. Il a déclaré que « la Guyane ne saurait rester silencieuse » face à cet événement. Castor a souligné que la Guyane, voisine géographique et héritière des luttes anticolonialistes, est directement concernée par la déstabilisation du plateau des Guyanes. Il a appelé la France à « rompre avec toute forme de complicité » vis-à-vis de l’agression américaine.
- L’Enjeu Régional : Cette prise de position met en lumière la crainte que le précédent de l’Esequibo — utiliser un litige frontalier pour justifier une invasion — ne menace à terme la souveraineté de tous les territoires de la région riches en ressources. La militarisation imposée par le SOUTHCOM et ExxonMobil est perçue comme une menace directe à l’autonomie des peuples de l’Amazonie.
5.3 La Scène Internationale et la « Donroe Doctrine »
Au niveau global, l’invasion a cristallisé les tensions entre blocs.
- Conseil de Sécurité de l’ONU : Sous la présidence tournante de la Somalie en janvier 2026, le Conseil de Sécurité est devenu le théâtre d’affrontements verbaux violents. La Russie et la Chine ont condamné l’opération comme un acte de « piraterie internationale » et une violation flagrante de la Charte de l’ONU.
- La Nouvelle Doctrine Monroe : Les analystes notent que cette intervention marque l’avènement de ce que Donald Trump a appelé la « Donroe Doctrine » (une réinterprétation personnelle et agressive de la Doctrine Monroe), affirmant une domination américaine absolue et sans partage sur l’hémisphère occidental, où les ressources naturelles (pétrole du Venezuela et du Guyana) sont considérées comme des actifs stratégiques américains.
Le « Piège de l’Esequibo » n’est pas une simple métaphore, mais la description précise d’une manœuvre géopolitique où le droit légitime d’une nation à revendiquer son intégrité territoriale historique (basée sur les cartes de 1777) a été retourné contre elle.
En finançant la défense juridique du Guyana et en développant massivement des gisements pétroliers dans des eaux contestées, ExxonMobil a créé les conditions économiques de la crise. En militarisant la zone via le SOUTHCOM et en transformant le narratif du conflit frontalier en une question de « sécurité régionale » et de « narcoterrorisme », les États-Unis ont construit l’échafaudage politique et militaire nécessaire à l’intervention.
L’invasion de janvier 2026 ne visait pas seulement à kidnapper un homme, mais à sécuriser définitivement le contrôle des plus grandes réserves pétrolières du monde (celles du Venezuela et du Guyana réunies) sous l’égide américaine, au prix de la destruction du droit international et de la stabilité sud-américaine. Comme l’a souligné le député Jean-Victor Castor, le silence face à une telle mécanique n’est pas de la neutralité, mais une complicité dans la recolonisation de l’Amérique latine.

