Le Crépuscule de l’Ordre Westphalien

Au petit matin du 3 janvier 2026, alors que les premières lueurs de l’aube peinaient à percer les fumées s’élevant au-dessus de Caracas, le monde assistait, stupéfait, non seulement à la tentative d’anéantissement d’un régime, mais potentiellement à celle de l’architecture juridique internationale établie en 1945. L’opération « Absolute Resolve », menée par les États-Unis d’Amérique pour kidnapper le président vénézuélien Nicolás Maduro et bombarder les infrastructures militaires d’un État souverain, pose avec une acuité brutale la question de la pertinence, voire de l’existence même, des Nations Unies en tant que garant de la paix mondiale.

La question centrale qui nous occupe — « Où est l’ONU quand un membre permanent du Conseil de Sécurité bombarde une capitale souveraine ? » — ne relève pas de la simple rhétorique. Elle interroge les mécanismes profonds de la paralysie institutionnelle, l’évolution des doctrines de guerre asymétrique et la réinterprétation radicale du droit international par une puissance hégémonique. Les événements de janvier 2026, précédés par des frappes controversées au Nigeria à la fin de décembre 2025, marquent une rupture. Ils signalent le passage d’un ordre international fondé, du moins en théorie, sur l’interdiction du recours à la force (Article 2(4) de la Charte de l’ONU), à un ordre transactionnel et coercitif où la souveraineté devient conditionnelle aux intérêts de sécurité nationale des grandes puissances.

Cet article d’investigation se propose d’examiner en détail cette crise systémique. Il ne s’agit pas seulement de documenter les frappes sur Caracas ou Sokoto, mais de disséquer le silence assourdissant du Conseil de Sécurité, l’impuissance structurelle du Secrétariat général, et les arguments juridiques novateurs — et périlleux — avancés par Washington pour justifier l’injustifiable au regard du droit classique. En analysant les précédents historiques, de l’invasion du Panama en 1989 à l’intervention en Irak en 2003, et en les confrontant à la doctrine du « Corollaire Trump » de la doctrine Monroe, nous tenterons de comprendre si l’ONU est simplement absente, ou si elle a été méthodiquement contournée et neutralisée.

Prélude à la Crise : Les Frappes au Nigeria et la Fabrique du Consentement

Pour saisir la mécanique de l’interventionnisme américain en 2026, il est impératif de remonter aux derniers jours de 2025. L’opération menée au Nigeria le jour de Noël a servi de laboratoire politique et juridique, testant les limites de la réaction internationale et établissant un modèle de justification basé sur la protection des minorités religieuses et la lutte contre le terrorisme transnational.

L’Opération du 25 Décembre : Contexte et Exécution

Le 25 décembre 2025, des missiles de croisière Tomahawk, lancés depuis le destroyer USS Paul Ignatius positionné dans le Golfe de Guinée, ont frappé des cibles dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria. Ces frappes, appuyées par des drones MQ-9 Reaper opérant probablement depuis des bases au Ghana, visaient officiellement des campements du groupe « Lakurawa », une faction militante affiliée à l’État Islamique au Sahel (IS-Sahel).

L’administration Trump a immédiatement cadré cette intervention non pas comme une simple opération de contre-terrorisme, mais comme une mission morale. Le Président américain a qualifié les frappes de « cadeau de Noël » destiné à ceux qu’il accuse de persécuter les Chrétiens au Nigeria, évoquant un « génocide » en cours. Cette rhétorique marque une rupture avec les justifications traditionnelles basées sur la menace imminente envers le territoire américain. Ici, la justification est axiologique et religieuse, s’adressant directement à une base électorale domestique tout en projetant une puissance militaire à des milliers de kilomètres.

Une analyse technique et stratégique des frappes révèle les paramètres suivants : l’événement s’est produit le 25 décembre 2025, la nuit de Noël. Les cibles étaient les camps de militants Lakurawa et IS-Sahel situés dans la Forêt de Bauni, dans l’État de Sokoto. Les vecteurs d’attaque étaient des missiles Tomahawk tirés depuis l’USS Paul Ignatius et des drones MQ-9 Reaper. Les États-Unis ont justifié l’opération par la nécessité de protéger les Chrétiens et de lutter contre l’EI. Le commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) a fait état de “multiples terroristes tués”, tandis que les autorités nigérianes à Abuja n’ont pas confirmé de pertes civiles. Localement, l’impact a provoqué la panique dans les villages de Jabo et Offa, où des civils ont récupéré des débris de missiles. La réaction officielle du gouvernement nigérian a été de présenter les événements comme une “opération conjointe”.

La Gestion du Consentement : Une Souveraineté sous Pression

L’aspect le plus critique de cet épisode réside dans la question du consentement de l’État hôte. En droit international, l’intervention militaire sur le territoire d’un État tiers est illégale sauf si elle est autorisée par le Conseil de Sécurité ou si elle bénéficie du consentement de l’État territorial.

Dans les heures suivant les explosions qui ont secoué les villages de Jabo et Offa, la confusion régnait. Les résidents locaux, terrorisés par le ciel rougeoyant et les secousses, ignoraient l’origine des attaques. Ce n’est qu’après l’annonce de Donald Trump sur sa plateforme Truth Social que le gouvernement nigérian a réagi. Le ministre des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, et le ministre de l’Information, Mohammed Idris, ont alors qualifié les frappes d’« opération conjointe » menée avec « l’approbation explicite » du Président Bola Tinubu.

Cependant, l’analyse des séquences diplomatiques suggère une réalité plus complexe. L’administration américaine avait précédemment menacé le Nigeria de couper toute aide et d’intervenir militairement si les violences contre les Chrétiens ne cessaient pas, désignant le pays comme « Pays particulièrement préoccupant » (CPC) en matière de liberté religieuse. Face à ces menaces existentielles pour ses relations économiques et sécuritaires, et confronté à un fait accompli militaire, le gouvernement Tinubu semble avoir opté pour une validation rétroactive de l’intervention. En acceptant la narration de la « coopération », Abuja a tenté de sauver les apparences de sa souveraineté tout en évitant une crise diplomatique majeure avec Washington.

Le Silence Régional : L’Impuissance de la CEDEAO et de l’UA

La réaction des organisations régionales a été notablement faible, illustrant l’érosion des mécanismes de sécurité collective africains. La Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), déjà fragilisée par les retraits du Mali, du Niger et du Burkina Faso, n’a pas condamné les frappes, se trouvant paralysée par la position officielle du Nigeria, son hégémon régional.

L’Union Africaine (UA), bien qu’ayant exprimé des inquiétudes antérieures sur l’unilatéralisme américain, s’est trouvée dans l’incapacité de qualifier l’acte d’agression dès lors que l’État concerné revendiquait une coopération. Ce précédent a eu des conséquences désastreuses : il a signalé à Washington que l’intervention militaire directe en Afrique, si elle est accompagnée d’une pression diplomatique suffisante sur le gouvernement hôte, ne rencontre aucune résistance institutionnelle majeure. Cette leçon a sans doute été retenue lors de la planification de l’escalade suivante, beaucoup plus audacieuse, en Amérique Latine.

L’Opération « Absolute Resolve » : Anatomie d’une Agression

Si l’opération au Nigeria s’est déroulée dans une zone grise juridique, l’attaque contre le Venezuela le 3 janvier 2026 constitue une violation flagrante et spectaculaire des normes internationales. Baptisée « Operation Absolute Resolve », cette campagne militaire n’avait pas pour but de soutenir un allié, mais de décapiter le leadership d’un État souverain membre des Nations Unies.

La Mécanique de l’Attaque : Une Démonstration de Force

L’ampleur des moyens déployés par les États-Unis témoigne d’une volonté de saturation et de domination immédiate. Selon le Général Dan Caine, chef d’état-major des armées américaines, l’opération a impliqué plus de 150 aéronefs décollant de bases dispersées à travers l’hémisphère occidental.

L’assaut a débuté vers 02h00 du matin (heure locale) par une attaque cybernétique et cinétique coordonnée contre le réseau électrique vénézuélien, plongeant Caracas dans l’obscurité pour couvrir l’approche des forces spéciales. Les cibles frappées par les missiles et les bombardiers B-1 incluaient :

  • Fort Tluna : Le complexe militaire névralgique de Caracas, abritant le ministère de la Défense et les quartiers généraux de l’armée.
  • La Base Aérienne La Carlota (Generalissimo Francisco de Miranda) : Située au cœur de la ville, sa neutralisation visait à clouer au sol l’aviation vénézuélienne.
  • L’Aéroport de Higuerote : Frappé pour empêcher toute exfiltration aérienne du leadership vénézuélien.
  • Systèmes de Défense Aérienne : Destruction systématique des batteries de missiles Buk-M2E et des radars pour assurer la suprématie aérienne totale.

L’Extraction de Nicolás Maduro : Le Retour de la Doctrine Ker-Frisbie

Le cœur de l’opération résidait dans l’infiltration d’unités d’élite, identifiées comme la Delta Force (1st Special Forces Operational Detachment-Delta), au sein même de la résidence présidentielle. Contrairement à l’invasion du Panama en 1989, qui avait nécessité des jours de combat pour kidnapper Manuel Noriega, la déportation de Maduro a été chirurgicale, durant moins de 30 minutes au sol.

Les forces américaines, utilisant des renseignements en temps réel fournis par la CIA (qui avait infiltré des équipes à Caracas dès août 2025) et des technologies de surveillance avancées, ont localisé Maduro et son épouse Cilia Flores avant qu’ils ne puissent atteindre leurs bunkers sécurisés. Ils ont été transférés par hélicoptère vers l’USS Iwo Jima, un navire d’assaut amphibie positionné dans les Caraïbes, avant d’être envoyés vers New York pour y être jugés.

Analyse Juridique : La Doctrine Ker-Frisbie
Ce kidnapping soulève la question de la légalité de l’arrestation d’un chef d’État étranger sur son propre sol. Les États-Unis s’appuient implicitement sur la doctrine Ker-Frisbie (issue des arrêts Ker v. Illinois et Frisbie v. Collins), qui stipule qu’un tribunal américain peut juger un défendeur indépendamment de la manière dont il a été amené devant la juridiction, même si cela implique un enlèvement à l’étranger.
Cependant, cette doctrine de droit interne américain est en contradiction frontale avec le droit international coutumier, qui garantit aux chefs d’État en exercice une immunité absolue de juridiction pénale étrangère (ratione personae), ainsi qu’avec l’interdiction de l’exercice de la puissance publique sur le territoire d’un autre État sans son consentement.

Bilan et Chaos

Bien que le Président Trump ait affirmé qu’aucune perte américaine n’était à déplorer, le bilan côté vénézuélien est lourd. Les rapports font état d’au moins 40 morts, incluant des civils et des militaires. Le vide politique créé est immédiat : la vice-présidente Delcy Rodríguez a revendiqué la présidence par intérim, dénonçant un « enlèvement illégal » et appelant à la résistance, tandis que Washington déclarait son intention de « gérer » (run) le pays durant une période de transition indéfinie, une affirmation qui évoque une occupation de facto.

L’Argumentaire Juridique Américain : Une Redéfinition Unilatérale de la Guerre

Pour justifier une telle violation de la souveraineté, l’administration américaine a déployé un argumentaire juridique complexe, mêlant droit interne, réinterprétation de la Charte de l’ONU et concepts de sécurité nationale élargis.

Le « Narco-Terrorisme » comme Agression Armée

L’argument central de Washington repose sur la qualification du gouvernement Maduro non pas comme un État souverain légitime, mais comme une entreprise criminelle de « narco-terrorisme ». En désignant officiellement le régime et ses structures (comme le Cartel de los Soles) comme des Organisations Terroristes Étrangères (FTO), les États-Unis tentent de contourner les protections offertes par la souveraineté étatique.

Le Président Trump et ses conseillers juridiques avancent que le trafic de drogue à grande échelle, facilité par l’État vénézuélien, constitue une attaque directe contre la population américaine, causant des milliers de morts par overdose. Dans cette logique, cette « agression » justifierait l’invocation de la légitime défense au titre de l’Article 51 de la Charte de l’ONU.

Critique de l’Argumentaire :
Les experts en droit international rejettent quasi unanimement cette extension de la notion d’« agression armée ». L’Article 51 a été conçu pour répondre à des attaques cinétiques (militaires), et non à des fléaux sociaux ou criminels comme le trafic de stupéfiants. Accepter que le trafic de drogue constitue une « agression armée » permettrait à n’importe quel État d’intervenir militairement contre des pays producteurs ou de transit, détruisant ainsi le principe de non-ingérence. De plus, la doctrine de la légitime défense exige les critères de nécessité et de proportionnalité, difficilement applicables à un changement de régime pour des motifs de police anti-drogue.

Le Retour du Mémorandum Barr (1989)

Il est rapporté que l’administration s’est appuyée sur un mémorandum controversé de l’Office of Legal Counsel (OLC) datant de 1989, rédigé par William Barr à l’époque de l’invasion du Panama. Ce document affirme que le Président des États-Unis a l’autorité constitutionnelle (Article II) d’ordonner des actions violant le droit international coutumier ou la Charte de l’ONU si cela sert l’intérêt national. Cette vision place le droit interne américain au-dessus des obligations conventionnelles internationales, créant une hiérarchie où la volonté de l’exécutif américain prime sur l’ordre juridique mondial.

Le « Corollaire Trump » à la Doctrine Monroe

Au-delà des arguments techniques, la justification politique repose sur le « Corollaire Trump » à la doctrine Monroe, formalisé dans la Stratégie de Sécurité Nationale de 2025. Ce corollaire réaffirme la prééminence des États-Unis dans l’hémisphère occidental et s’arroge le droit d’intervenir pour empêcher toute influence étrangère hostile (Chine, Russie, Iran) ou pour neutraliser des menaces transnationales. En déclarant que « la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », Trump ressuscite une vision impériale du 19ème siècle, incompatible avec la Charte de l’ONU de 1945 qui consacre l’égalité souveraine des États.

Où est l’ONU ? Anatomie d’une Paralysie Institutionnelle

Face à cette violation manifeste de l’Article 2(4), la réaction de l’ONU apparaît tragiquement inefficace, révélant les failles structurelles de l’organisation. La réponse à la question « Où est l’ONU ? » se trouve dans les couloirs bloqués du bâtiment de verre à New York.

Le Conseil de Sécurité : L’Otage du Veto

Le Conseil de Sécurité (CSNU) s’est réuni en urgence le lundi 5 janvier 2026, à la demande de la Colombie, soutenue par la Russie et la Chine. Cependant, cette réunion était condamnée d’avance à l’impuissance décisionnelle.

  • Le Rôle de la Somalie : Par une ironie de l’histoire, la présidence tournante du Conseil pour janvier 2026 est assurée par la Somalie. Ce pays, lui-même théâtre fréquent de frappes américaines (comme celles contre l’EI-Somalie fin décembre 2025), s’est retrouvé dans la position délicate d’arbitrer une plainte contre son principal partenaire sécuritaire. L’ambassadeur somalien Abukar Dahir Osman a dû naviguer entre le respect des procédures onusiennes et la dépendance de son pays envers Washington.
  • Le Mécanisme du Veto : Toute résolution condamnant les États-Unis ou exigeant la libération de Maduro se heurterait inévitablement au veto américain. Le Royaume-Uni et la France, bien que mal à l’aise, n’ont pas soutenu une condamnation ferme, préférant des appels à la « retenue » et soulignant l’illégitimité de Maduro, ce qui a fracturé le consensus occidental. Le Conseil devient ainsi une tribune de déclarations contradictoires plutôt qu’un organe d’exécution de la paix.

Le Secrétariat Général : La Voix sans la Force

Le Secrétaire général António Guterres a émis une déclaration exprimant sa « profonde alarme » et qualifiant les actions américaines de « précédent dangereux ». Il a insisté sur le fait que les règles du droit international n’avaient pas été respectées. Cependant, privé de pouvoir coercitif, le Secrétaire général est réduit à un rôle de témoin moral. Sa capacité à médiatiser ou à intervenir est nulle dès lors qu’un P5 (membre permanent) est directement impliqué dans le conflit.

Les Limites de l’Assemblée Générale

Face au blocage du Conseil, la possibilité d’invoquer la résolution 377A « Union pour le maintien de la paix » existe théoriquement. Cependant, la polarisation extrême de la communauté internationale rend incertaine l’adoption de mesures concrètes (comme des sanctions) contre les États-Unis, d’autant que Washington contrôle les leviers financiers et militaires mondiaux.

Réactions Mondiales : La Fracture Nord-Sud et l’Isolement de l’Occident

L’agression contre Caracas a cristallisé les divisions géopolitiques, isolant les États-Unis et leurs alliés les plus proches du reste du monde, en particulier du Sud Global.

Une typologie des réactions internationales à l’opération Absolute Resolve révèle une profonde fracture. Les États-Unis ont maintenu une justification totale de leurs actions, affirmant qu’ils allaient “gérer le pays” au nom de la lutte contre le “narco-terrorisme” et utilisant leur droit de veto à l’ONU. En Amérique Latine, la gauche a émis une condamnation unanime. Le Brésil, sous Lula, a parlé d’un “affront grave à la souveraineté”. La Colombie de Petro a demandé une réunion urgente de l’OEA et de l’ONU. Le Mexique a dénoncé une violation de l’Article 2(4) de la Charte. La Russie et la Chine ont émis une condamnation stratégique, dénonçant l’hégémonisme américain, soutenant la réunion du CSNU et appelant à la libération de Maduro.

L’Union Européenne a montré une grande ambivalence et un malaise. La Haute Représentante Kaja Kallas a appelé à la retenue mais a rappelé l’illégitimité de Maduro, sans condamner explicitement l’invasion. L’Union Africaine a exprimé une inquiétude grave dans un communiqué condamnant l’enlèvement et rappelant les principes de non-ingérence et de souveraineté. Le Royaume-Uni, quant à lui, a apporté un soutien tacite, affirmant qu’il n’avait “pas de larmes pour Maduro” et refusant de condamner l’illégalité de l’action.

L’analyse de ces réactions montre que les États-Unis ont perdu la bataille de la légitimité morale auprès du Sud Global. L’Union Africaine, par exemple, a vu dans l’enlèvement de Maduro un écho inquiétant aux coups d’État et interventions étrangères qui ont marqué l’histoire du continent. La Chine et la Russie exploitent cet événement pour présenter l’ordre basé sur des règles (rules-based order) comme une hypocrisie occidentale, où les règles ne s’appliquent qu’aux faibles.

Implications Stratégiques et Conclusion : Vers un Monde Post-Légal

L’opération « Absolute Resolve » et les frappes au Nigeria ne sont pas des incidents isolés ; elles constituent les marqueurs d’une nouvelle ère des relations internationales.

La Normalisation du Changement de Régime par Extraction

La réussite opérationnelle du kidnapping de Maduro risque de normaliser une nouvelle forme de changement de régime : non plus l’invasion massive (type Irak 2003) ni le coup d’État par procuration (type Guerre Froide), mais l’extraction chirurgicale par forces spéciales justifiée par des inculpations pénales domestiques. Si cette pratique se banalise, aucun chef d’État d’un pays “inamical” envers une grande puissance n’est à l’abri, ce qui déstabilisera profondément la diplomatie mondiale.

L’ONU : De Gardien à Spectateur

La réponse à la question initiale est sombre : l’ONU est structurellement incapable de gérer la violence d’un membre permanent. L’organisation a été conçue pour empêcher les guerres entre États moyens ou petits, sous la supervision des grandes puissances. Lorsque le gendarme devient l’agresseur, le système se fige. L’ONU de 2026 ressemble de plus en plus à la Société des Nations des années 1930 : une tribune de discours nobles ignorée par les puissances révisionnistes (ou ici, hégémoniques) qui agissent selon la loi du plus fort.

Le Précédent pour les Rivaux

Le danger ultime réside dans le précédent créé. Si les États-Unis peuvent invoquer des menaces criminelles ou historiques pour annexer de facto la souveraineté d’un voisin, quels arguments pourront-ils opposer à la Russie si elle décide de “dénazifier” un autre voisin par la force, ou à la Chine si elle décide d’agir militairement pour “restaurer l’ordre” dans sa sphère d’influence immédiate ? En brisant le tabou de l’Article 2(4) de manière aussi spectaculaire, Washington a peut-être obtenu une victoire tactique à Caracas, mais a infligé une défaite stratégique à l’ordre juridique qu’il avait lui-même construit il y a 80 ans.

En définitive, l’ONU était présente à New York le 5 janvier 2026, mais l’esprit de la Charte, lui, avait déserté la salle du Conseil bien avant que les premiers missiles ne frappent Caracas.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *