Dans un laboratoire pharmaceutique fictif au Ghana, une ingénieure ghanéenne et un ingénieur indonésien examinent un dispositif de remplissage stérile.

Les milliards annoncés à Bali attendent leur bilan industriel

À la clôture du deuxième Forum Indonésie–Afrique, le 3 septembre 2024 à Bali, le gouvernement indonésien annonce 32 coopérations commerciales représentant plus de 3,5 milliards de dollars. Le montant signale une ambition diplomatique et économique. Il ne constitue pas un relevé des sommes versées, des installations construites ou des produits livrés. Deux ans plus tard, l’examen des pièces publiques impose de suivre chaque opération séparément. [1]

Dans la pharmacie, une chaîne d’accords et des travaux préparatoires relient effectivement Bio Farma au fabricant ghanéen Atlantic Lifesciences. Dans l’énergie, l’accord examiné avec le groupe sud-africain Guma porte sur une étude. Dans les mines, les déclarations officielles consultées décrivent surtout une prospection de partenariats. L’exécution intégrale des contrats et une réorientation générale des exportations ne sont donc pas établies par le seul bilan du forum. [3, 5, 6]

Des rapprochements de 2023 aux jalons techniques de 2026

Le forum, organisé du 1er au 3 septembre 2024, rassemble des initiatives dont certaines sont antérieures. Bio Farma avait annoncé, le 6 décembre 2023, un protocole signé la veille à Accra avec Atlantic Lifesciences pour transférer une technologie de vaccin contre le tétanos et la diphtérie. Le partenariat ne naît donc pas entièrement de la rencontre de Bali. Celle-ci s’insère dans une négociation déjà engagée avec un industriel installé au Ghana. [1, 2]

Le communiqué de Bio Farma publié le 30 septembre 2026 précise la suite : accord-cadre en septembre 2024, accords de transfert technologique et de vente en août 2025, puis mise en œuvre technique. Le dispositif prévoit la fourniture indonésienne de produit en vrac prêt au remplissage et le développement, au Ghana, du remplissage, du contrôle qualité et du conditionnement. Il documente un partage industriel déterminé ; il n’annonce pas la maîtrise locale de toutes les étapes de fabrication. [3]

Un autre prolongement est visible dans la formation. La JICA annonce le 30 septembre 2026 une deuxième session de promotion du commerce et de l’investissement, ouverte le 28 septembre à Jakarta à quatorze responsables de six pays africains. Elle la rattache au mémorandum conclu avec le ministère indonésien des Affaires étrangères pendant le forum de 2024. Ce résultat institutionnel est concret, mais ne doit pas être comptabilisé comme la réalisation d’une centrale, d’une mine ou d’un contrat de fourniture. [8]

Le Ghana offre une trace de suivi plus précise que les annonces sectorielles

Une source ghanéenne complète le récit industriel. Dans un communiqué daté du 20 août 2026, le National Vaccine Institute indique qu’une subvention de 500 000 euros, accompagnée de 47 000 euros de contributions propres, a été attribuée au Noguchi Memorial Institute et à Atlantic Lifesciences. Elle doit financer des données de stabilité nécessaires à l’autorisation du vaccin tétanos-diphtérie et de l’antitoxine tétanique. Le programme relève de PharmaVax, mis en œuvre par la GIZ et financé par l’Allemagne et l’Union européenne : ce montant ne constitue pas un décaissement indonésien. [4]

Pour l’électricité, le document accessible est plus limité. Pertamina NRE et Guma ont signé, le 2 septembre 2024, un accord d’étude conjointe sur le potentiel de production électrique à partir du gaz en Afrique du Sud. L’annonce, relayée par le portail gouvernemental InfoPublik, mentionne un premier rapprochement en novembre 2023. Elle ne fournit ni décision finale d’investissement, ni clôture du financement, ni date de mise en service. Une étude peut préparer un projet ; elle n’atteste pas sa construction. [5]

Dans les mines, le ministère indonésien de l’Énergie décrit le 4 septembre 2024 une exploration de coopérations pour transformer les minerais, notamment le lithium, avec des partenaires africains potentiels tels que le Mozambique et le Zimbabwe. Cette formulation appelle une lecture exacte : le texte exprime une orientation et des démarches. Il ne permet pas de dresser un inventaire de nouveaux sites africains effectivement exploités ou d’usines de transformation entrées en production grâce au forum. [6]

La valeur créée dépend de ce que les contrats transfèrent réellement

L’analyse industrielle commence par une question simple : quelle fonction est effectivement exercée en Afrique ? Recevoir un produit prêt au remplissage, effectuer des contrôles et assurer le conditionnement peut développer des compétences et une activité locale. Cela laisse toutefois ouverte la dépendance à l’approvisionnement du produit de base. Une publication d’Africa CDC, de CHAI et de PATH, en octobre 2023, distinguait précisément les capacités de remplissage et de finition de la production d’antigènes, beaucoup plus limitée sur le continent. [9]

Appliquée au partenariat ghanéen, cette distinction invite à examiner les droits de fabrication, la formation des équipes, les conditions de renouvellement des licences et la possibilité de diversifier les fournisseurs. Il s’agit de critères d’évaluation, pas d’accusations sur des clauses qui ne sont pas publiques. Le gain de souveraineté dépendrait de la capacité du partenaire africain à maintenir et à faire évoluer l’activité, au-delà d’un achat ponctuel d’équipements ou d’un lancement officiel.

Le raisonnement vaut aussi pour l’énergie et les mines. Une centrale utile aux usagers suppose un combustible disponible, un financement soutenable, un réseau capable d’absorber sa production et un tarif compatible avec les besoins locaux. Un partenariat minier se juge notamment sur la transformation réalisée sur place, les recettes publiques, les emplois, l’eau et les effets sur les communautés. Ces questions définissent les pièces à demander avant de qualifier une opération de succès partagé.

Les priorités africaines ne se réduisent pas aux débouchés de Jakarta

Le cadre d’action d’Africa CDC publié en 2022 fixe un objectif : fabriquer localement 60 % des besoins vaccinaux du continent à l’horizon 2040. Il associe cette ambition à la commande publique, aux capacités réglementaires, aux transferts de technologie et aux compétences. Cette stratégie africaine fournit une grille d’évaluation du partenariat indonésien. Le critère pertinent est sa contribution à des priorités définies sur le continent, avec des bénéfices accessibles aux populations. [10]

Le Ghana agit également sur les débouchés. Le NVI rapporte un mémorandum signé le 21 août 2026 avec Africa CDC pour participer au mécanisme africain d’achats groupés. L’autorité ghanéenne de réglementation, la FDA, conserve ses compétences sur les autorisations et la libération des lots. Un cadre de demande plus prévisible pourrait soutenir les fabricants africains ; l’accord présenté ne constitue cependant pas une commande ferme de vaccins à Atlantic Lifesciences. [11]

Côté indonésien, le ministère du Commerce fait état, en février 2026, d’une hausse de 56,66 % des exportations non pétrolières et non gazières vers l’Afrique de l’Ouest en 2025. Il cite toujours la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Japon et Singapour parmi les principaux marchés. Une forte croissance régionale peut exprimer une diversification, notamment depuis une base réduite. Elle ne démontre ni que l’Afrique devient la destination dominante, ni que le forum explique à lui seul cette progression. [7]

Les contrats complets et les flux financiers restent hors du bilan public

Les sources réunies ne permettent pas de rapprocher les 32 coopérations annoncées d’un tableau complet indiquant, pour chacune, montant engagé, financement obtenu, versements réalisés, avancement et bénéficiaires. Cette limite n’établit pas leur échec. Elle interdit de convertir automatiquement la valeur des annonces en investissements exécutés. Un suivi comparable devrait également préciser les accords remplacés, les projets renégociés et les abandons éventuels.

La pharmacie présente des étapes observables, mais leur calendrier reste conditionnel. Bio Farma prévoit une validation du procédé d’octobre 2026 à janvier 2027, puis des démarches et inspections réglementaires entre janvier et mai 2027. L’approvisionnement commercial local est visé pour 2027 sous réserve des résultats techniques, des autorisations et des achats. Cette chronologie, détaillée fin septembre, ne permet pas d’affirmer que des doses commerciales sont déjà livrées. [3]

Pour mesurer une réorientation commerciale, il faudrait suivre la part de l’Afrique dans les exportations indonésiennes sur plusieurs années, par pays et par produit, en distinguant valeur et volume. Les variations de prix, les commandes exceptionnelles et les effets de base peuvent modifier fortement les taux annuels. L’augmentation des ventes vers une région et la création de capacités industrielles dans cette région sont, en outre, deux phénomènes différents.

Le prochain bilan devra compter les capacités et les livraisons

Un scénario favorable réunirait plusieurs preuves : autorisations obtenues, lots conformes, commandes financées, personnels formés et activité maintenue dans la durée. Dans l’énergie, il passerait par des engagements financiers vérifiables et des jalons de chantier. Dans les mines, par des titres, des investissements et des obligations locales effectivement appliquées. Ce sont les conditions d’une réussite possible, sans préjuger de leur réalisation.

Les partenaires africains disposent d’une marge d’action dans la définition de ces indicateurs et dans la négociation des clauses. Publier les résultats industriels, les coûts publics et les engagements de transfert permettrait de rendre la coopération évaluable par les citoyens. L’enjeu du suivi du forum est désormais là : établir quelles capacités supplémentaires restent au Ghana, en Afrique du Sud ou dans les autres pays concernés, et à quelles conditions elles répondent à leurs propres besoins.

Des sources primaires à confronter aux preuves de réalisation

Les communiqués indonésiens renseignent les accords annoncés et les résultats revendiqués. Bio Farma décrit son calendrier ; le NVI ghanéen documente des financements et des démarches distincts. La JICA confirme un programme de formation. Africa CDC fournit une perspective industrielle continentale. Aucune de ces pièces, isolément, ne vaut audit de l’ensemble des engagements du forum. Consultation : 17 octobre 2026.

[1] Secrétariat d’État indonésien — Bilan du Forum Indonésie–Afrique : coopérations annoncées pour 3,5 milliards de dollars, 3 septembre 2024.

[2] Bio Farma — Perluas Kerjasama Global, Bio Farma Transfer Teknologi Vaksin Td ke Ghana, 6 décembre 2023.

[3] Bio Farma — Indonesia–Ghana Collaboration through Vaccine Technology Transfer, 30 septembre 2026, communiqué du 29 septembre.

[4] National Vaccine Institute, Ghana — Research Meets Manufacturing, communiqué du 20 août 2026, publié le 6 septembre.

[5] InfoPublik, d’après Pertamina — Accord d’étude Pertamina NRE–Guma sur le gaz et l’électricité en Afrique du Sud, 3 septembre 2024.

[6] Ministère indonésien de l’Énergie — Kolaborasi Kemitraan di Afrika, Indonesia Jajaki Hilirisasi Mineral, 4 septembre 2024.

[7] Ministère indonésien du Commerce — Surplus 2025 Capai USD 41,05 Miliar, bilan commercial 2025, 6 février 2026.

[8] JICA — Second Trade and Investment Promotion Training, 30 septembre 2026.

[9] Africa CDC, CHAI et PATH — What will it take to develop a sustainable vaccine manufacturing ecosystem in Africa?, 4 octobre 2023.

[10] Africa CDC — Partnerships for African Vaccine Manufacturing, Framework for Action, 3 mars 2022.

[11] National Vaccine Institute, Ghana — Participation ghanéenne au mécanisme africain d’achats groupés, 7 septembre 2026.

La Rédaction

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