Portrait éditorial de synthèse de Gintautas Paluckas associé à une évocation conceptuelle du Seimas pour une rétrospective de sa coalition de 2024.

La Rédaction — 15 octobre 2026

Une alternance de 2024, un paysage gouvernemental déjà transformé

La coalition conduite par Gintautas Paluckas appartient à une séquence historique précise. Issue des élections législatives d’octobre 2024, elle avait associé les sociaux-démocrates, les démocrates « Pour la Lituanie » et L’Aube du Niémen, malgré la controverse entourant les propos de Remigijus Žemaitaitis. Mais elle n’est plus le gouvernement en fonction : au 15 octobre 2026, le portail officiel désigne Mindaugas Sinkevičius comme Premier ministre, à la tête d’un cabinet entré en fonctions le 14 juillet 2026. [1,2]

Ce décalage change la lecture du dossier. Il faut examiner ensemble, sans les confondre, le choix de coalition de 2024, les décisions judiciaires concernant un dirigeant politique et les garanties offertes aux minorités religieuses. Une majorité électorale n’efface pas une décision de justice ; une condamnation individuelle ne démontre pas davantage la responsabilité pénale de tous les membres d’un parti.

Pour les résidents africains et afrodescendants, le sujet ne se réduit pas à l’observation d’une rivalité parlementaire. Il concerne la protection contre la stigmatisation et la capacité de participer à la vie collective, quelle que soit la religion pratiquée — ou l’absence de religion. Aucun élément du corpus ne permet toutefois d’attribuer à ces résidents une opinion politique commune.

Du scrutin au troisième arrangement de coalition

Les élections des 13 et 27 octobre 2024 donnent 52 sièges aux sociaux-démocrates dans un Seimas de 141 membres. L’Union de la patrie–Chrétiens-démocrates en obtient 28, L’Aube du Niémen 20 et les démocrates « Pour la Lituanie » 14. Selon les données de l’Union interparlementaire, la coalition finalement constituée autour de Paluckas rassemble 86 sièges. Ces chiffres décrivent le résultat et l’accord de 2024, non les rapports de forces parlementaires d’octobre 2026. [1]

Le gouvernement Paluckas prend ses fonctions le 12 décembre 2024. Reuters rapporte alors la controverse sur l’intégration de L’Aube du Niémen et les manifestations qu’elle suscite. Le choix de partenaires permet une majorité parlementaire ; il ne met pas fin au débat sur ses conditions politiques et éthiques. [3]

Paluckas quitte ses fonctions à l’été 2025, sur fond d’enquêtes concernant ses affaires. Le 26 août, le Parlement approuve la candidature d’Inga Ruginienė pour lui succéder. Cette chronologie est établie par Associated Press ; elle ne justifie pas de présenter les soupçons visant son prédécesseur comme autant de culpabilités définitivement jugées. Ces affaires ne constituent d’ailleurs pas l’objet principal de cet article. [4]

En juin 2026, les sociaux-démocrates écartent L’Aube du Niémen et concluent un nouvel accord avec les démocrates « Pour la Lituanie », l’Union des paysans et des verts et leurs partenaires. Euronews décrit une nouvelle majorité de 75 sièges au moment de l’accord du 18 juin. Le gouvernement Sinkevičius entre ensuite en fonctions en juillet. Une analyse arrêtée à l’alliance Paluckas manquerait donc deux remaniements majeurs de la séquence. [2,5]

Des qualifications judiciaires à dater précisément

Le contentieux concernant Žemaitaitis ne se résume pas à une accusation partisane. Le 25 avril 2024, la Cour constitutionnelle conclut à une violation grave de la Constitution et du serment parlementaire à raison des déclarations examinées. Le résumé juridique du Human Rights Guide identifie cette décision comme l’affaire no 20/2023, référence KT37-I2/2024. La Communauté juive de Lituanie accueille publiquement cette conclusion dans un communiqué du lendemain. [6,7]

Une procédure pénale distincte se poursuit ensuite. Le communiqué de la cour d’appel du 22 juillet 2026 indique que Žemaitaitis demeure condamné pour incitation à la haine contre les personnes juives et minimisation grossière de la Shoah. La peine globale est portée à 10 000 euros. Le tribunal décrit notamment des publications et une intervention parlementaire utilisant des formulations dégradantes et des déformations historiques ; ces qualifications sont celles de la juridiction. [8]

Le même communiqué précise que l’arrêt prend effet lors de son prononcé, tout en restant susceptible d’un pourvoi en cassation. Le 9 septembre, une dépêche publiée par Lrytas rapporte que la Cour suprême a accepté d’examiner le recours de Žemaitaitis. Aucune décision ultérieure de cassation n’a été obtenue pour ce dossier : l’article ne présente donc ni une annulation acquise ni l’épuisement certain de toutes les voies de recours. [8,9]

Cette précision protège l’exactitude du débat. Elle permet de décrire les faits judiciaires sans reproduire les propos haineux, et de distinguer une décision constitutionnelle, une condamnation pénale en appel et le contrôle de cassation.

Une communauté concernée ne se réduit pas à un objet diplomatique

La controverse de 2024 a donné lieu à des positions contradictoires. Paluckas assurait que l’antisémitisme n’aurait pas sa place dans le gouvernement et la coalition qu’il préparait. Ses déclarations sont rapportées dans un article de Delfi repris par le site de la Communauté juive. Elles établissent son engagement public, mais non la réalisation automatique de cet engagement. [10]

De leur côté, plus de trente organisations appelaient à exclure L’Aube du Niémen de la future majorité. Le site communautaire relaie cette initiative lancée par le Mouvement européen et le Centre lituanien des droits humains. Son propre communiqué d’avril souligne aussi la portée de la décision constitutionnelle pour la communauté directement visée. Il faut distinguer ces deux types de documents : une déclaration de l’organisation elle-même et des articles de presse qu’elle republie. [7,11]

Ce point de provenance importe. Un site communautaire n’est pas un simple indicateur de l’opinion d’une ambassade ; ses prises de position documentent une capacité d’intervention dans le débat national. Elles ne peuvent cependant être transformées en opinion unanimement partagée par toutes les personnes juives de Lituanie.

L’analyse du pouvoir porte dès lors sur les moyens disponibles : rendre une atteinte visible, saisir les institutions, intervenir dans les débats de coalition et obtenir que la dignité des personnes ne soit pas subordonnée à un calcul de sièges. Cette lecture n’impose aucune préférence électorale ; elle examine les conditions de participation des groupes concernés.

La liberté religieuse ne commence pas avec cette coalition

Les droits des minorités religieuses s’inscrivent dans une histoire juridique antérieure à 2024. Le rapport de l’ECRI adopté en juillet et publié en octobre 2024 décrit un système de reconnaissance différenciée des communautés. Il mentionne neuf traditions religieuses reconnues, parmi lesquelles le judaïsme, les musulmans sunnites et les karaïtes, ainsi que d’autres catégories de reconnaissance ou d’enregistrement. Cette description précède le gouvernement Paluckas. Elle ne peut donc être attribuée à son action. [12]

Les travaux du chercheur Egdūnas Račius, publiés en 2020 dans le Journal of Law and Religion, interrogent précisément les conséquences de cette catégorie de religion « traditionnelle ». Son analyse distingue les traditions religieuses, les organisations qui prétendent les représenter et la diversité interne des croyants. Elle souligne aussi que la présence historique de musulmans tatars ne résume pas toutes les formes d’appartenance musulmane. Ce travail fournit un cadre d’analyse, non une mise à jour exhaustive du droit de 2026. [13]

Pour une personne africaine résidant en Lituanie, il serait donc trompeur de déduire des droits ou une affiliation à partir de son origine. Elle peut être chrétienne, musulmane, juive, relever d’une autre tradition ou ne se reconnaître dans aucune. Les catégories « étranger », « minorité nationale » et « minorité religieuse » ne sont pas interchangeables.

L’enjeu afrocentrique consiste à examiner la possibilité de s’organiser, de pratiquer, de ne pas pratiquer, d’accéder à un recours et de contribuer au débat sans être assigné à un statut de passage. Les documents réunis ne permettent pas de mesurer ces possibilités pour chaque communauté africaine. Aucune organisation africaine locale n’a pu être directement documentée sur cette controverse ; lui prêter une position serait inventer une parole absente.

Les preuves d’une controverse ne suffisent pas à mesurer tous ses effets

La chronologie politique et les décisions judiciaires sont documentées. En revanche, le lien causal entre une alliance parlementaire et une évolution des violences ou discriminations exige d’autres preuves. Il faudrait des séries comparables de signalements, d’enquêtes, de décisions, ainsi que des informations sur les changements de déclaration ou d’enregistrement. Une variation brute ne permettrait pas, seule, d’attribuer un effet à une coalition.

Le rapport ECRI de 2024 fournit un état antérieur utile, mais ne décrit pas les conséquences des gouvernements formés ensuite. Il relève des problèmes et des actions institutionnelles dans un contexte daté. L’utiliser comme bilan de 2026 serait une erreur de temporalité. [12]

Une autre limite concerne l’évolution précise du droit des organisations religieuses. Le présent dossier n’établit pas un inventaire consolidé de tous les changements législatifs intervenus depuis le rapport ECRI. Il expose le cadre historique documenté et les mécanismes de la controverse, sans délivrer de conclusion individuelle sur le statut d’une association ou ses droits financiers.

Enfin, il reste nécessaire d’obtenir la suite complète de la procédure de cassation. L’acceptation d’un pourvoi signifie qu’un examen aura lieu ; elle ne démontre pas que les arguments du requérant seront retenus. Inversement, l’existence de l’arrêt d’appel ne permet pas d’annoncer à l’avance la décision de la Cour suprême. [8,9]

Après le changement de partenaires, l’épreuve des institutions

L’exclusion de L’Aube du Niémen de la coalition de 2026 modifie la distribution des responsabilités gouvernementales. Elle ne suffit pas à démontrer la disparition de la stigmatisation ni à mesurer la confiance retrouvée des personnes concernées. Ces effets devraient être documentés séparément. [2,5]

Une première perspective serait celle d’un renforcement de la protection effective : décisions motivées, accès aux recours, consultations des communautés et traitement des atteintes sans distinction opportuniste selon l’identité des auteurs. Une seconde serait celle d’une gestion essentiellement symbolique, dans laquelle les déclarations et changements d’alliance produiraient peu d’effets vérifiables sur les expériences quotidiennes. Ce sont des scénarios d’analyse, non des prédictions.

Pour les résidents africains et afrodescendants, la question pertinente demeure celle de l’autonomie civique. Elle ne consiste pas à demander quel camp ils devraient soutenir, mais à vérifier quels droits ils peuvent exercer et quels obstacles ils peuvent faire reconnaître. L’histoire de la coalition Paluckas éclaire cette question à condition de ne pas la figer dans le présent et de ne pas confondre les personnes, les institutions et les communautés.

Un dossier politique, judiciaire et communautaire à plusieurs dates

Sources consultées le 15 octobre 2026. Les références historiques restent explicitement datées. Les textes judiciaires lituaniens sont paraphrasés ; les éléments provenant de déclarations ou de dépêches sont attribués à leurs auteurs.

[1] Union interparlementaire, Parline, élections lituaniennes d’octobre 2024 : résultats transmis notamment par le Seimas, composition et accord de coalition. Consulter la source

[2] Gouvernement lituanien, entrée en fonctions du XXIe gouvernement, 14 juillet 2026 ; portail du Premier ministre consulté le 15 octobre. Source 1 · Source 2

[3] Reuters, entrée en fonctions du gouvernement Paluckas et controverse, 12 décembre 2024. Consulter la source

[4] Associated Press, approbation parlementaire de la candidature d’Inga Ruginienė, 26 août 2025. Consulter la source

[5] Euronews, Giedrė Peseckytė, nouvel accord de coalition, 18 juin 2026. Consulter la source

[6] Human Rights Guide, synthèse de l’affaire constitutionnelle no 20/2023, décision KT37-I2/2024 du 25 avril 2024. Il s’agit d’une synthèse juridique, non de la reproduction intégrale de la décision. Consulter la source

[7] Communauté juive de Lituanie, communiqué sur la décision constitutionnelle, 26 avril 2024. Consulter la source

[8] Cour d’appel de Lituanie, communiqué du 22 juillet 2026, affaire no 1A-214-626/2026 : condamnation, peine globale et voie de cassation. Consulter la source

[9] Lrytas / Gytis Pankūnas, acceptation de l’examen du pourvoi par la Cour suprême, 9 septembre 2026. Consulter la source

[10] Justina Vaišvilaitė-Braziulienė / Delfi, déclarations de Paluckas du 11 novembre 2024, reprises par la Communauté juive le 12 novembre. Consulter la source

[11] Communauté juive de Lituanie, reprise de l’appel de plus de trente organisations, 12 novembre 2024. Consulter la source

[12] Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, sixième rapport sur la Lituanie, adopté le 2 juillet et publié le 23 octobre 2024, notamment paragraphes 34–35 et 80–81. Consulter la source

[13] Egdūnas Račius, « The Legal Notion of “Traditional” Religions in Lithuania and Its Sociopolitical Consequences », Journal of Law and Religion, 2020. Consulter la source

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