Luanda a relancé une initiative diplomatique en février 2026. À l’automne, la médiation africaine s’inscrit toutefois dans un dispositif plus large, tandis que les premières missions de vérification de Doha commencent sur le terrain. Les engagements existent ; leur application reste l’épreuve décisive.
Luanda réengagé, dans une médiation devenue collective
Le réengagement de l’Angola dans la recherche d’une issue à la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo est documenté. Le 9 février 2026, une réunion à Luanda confie au pays des consultations préparatoires à un dialogue intercongolais. João Lourenço y reçoit Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé, explicitement présenté comme médiateur de l’Union africaine, et Olusegun Obasanjo. Ce mandat de consultations ne remplace donc pas celui du médiateur togolais. [1]
Au 12 octobre, les pièces consultées ne montrent pas un nouveau transfert de la médiation à Luanda pour l’automne. Les déplacements récents sont ceux du panel des facilitateurs de l’UA, reçu par l’AFC/M23 à Goma le 5 octobre puis par la présidence congolaise à Kinshasa le 9. Les deux comptes rendus rattachent les échanges aux processus existants et à leur mise en œuvre. [6] [7]
L’enjeu dépasse le choix d’une capitale de négociation. Pour les populations du Kivu, un cessez-le-feu devient concret lorsque les attaques cessent, que les routes peuvent être empruntées et que les engagements sont vérifiés. L’initiative angolaise doit être appréciée dans cette chaîne de résultats, avec les autres démarches africaines et internationales, sans lui attribuer les décisions prises dans des cadres distincts.
De l’accord de Luanda de 2024 à la proposition de février
En juillet 2024, des délégations ministérielles de la RDC et du Rwanda négocient à Luanda un cessez-le-feu dont l’entrée en vigueur est annoncée pour le 4 août. Le 24 mars 2025, la présidence angolaise annonce vouloir quitter sa responsabilité de médiateur afin de se consacrer aux priorités générales de la présidence tournante de l’UA. Le communiqué, reproduit par le MPLA, prévoit la recherche d’un successeur. Ce retrait institutionnel n’interdit pas des initiatives diplomatiques ultérieures. [3] [4]
Une autre étape est franchie le 15 novembre 2025 : le gouvernement congolais et l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars signent à Doha un accord-cadre. Ce texte s’articule avec l’accord interétatique RDC–Rwanda signé à Washington le 27 juin. Les interlocuteurs diffèrent : les deux États d’un côté, Kinshasa et le mouvement armé de l’autre. Aucun de ces cadres ne suffit, à lui seul, à régler toutes les dimensions du conflit. [5]
Le communiqué angolais du 11 février 2026, relayé le 12 par le portail gouvernemental CIPRA, propose une trêve à compter du 18 février à midi. Il indique attendre une acceptation publique des parties et reporte à une annonce ultérieure le calendrier préparatoire du dialogue. Il établit ainsi une proposition précise, pas une preuve que les deux camps l’ont acceptée puis respectée. [2]
Cette succession explique la prudence nécessaire autour du mot reprise. L’Angola revient dans les consultations après avoir demandé à céder la médiation. Le dispositif de 2026 associe déjà Faure Gnassingbé et les facilitateurs de l’UA. Il s’agit de coordonner des engagements et des interlocuteurs, plutôt que de recommencer toute la négociation à partir d’une page blanche.
Des engagements signés aux premières vérifications sur place
L’accord-cadre de Doha prévoit huit protocoles, dont deux étaient déjà signés : celui sur les détenus, en septembre 2025, et celui sur la surveillance et la vérification du cessez-le-feu, en octobre. Il contient un engagement de cessation définitive des hostilités et entre en vigueur dès sa signature. L’inachèvement des autres protocoles ne permet donc pas de présenter le cessez-le-feu comme une promesse encore dépourvue de tout engagement formalisé. [5]
Dans leur communiqué conjoint du 22 août 2026, après cinq jours de discussions en Suisse, les représentants congolais et ceux de l’AFC/M23 saluent la mise en place du secrétariat du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus, ou MCVE+. Ils reconnaissent l’importance d’une méthode standardisée de signalement des allégations de violation, décident de créer un mécanisme d’examen de l’application et établissent une feuille de route pour les négociations restantes. Le calendrier détaillé de cette feuille de route n’y est pas publié. [8]
Le rapport de l’ONU du 21 septembre confirme deux missions effectives : à Minembwe, au Sud-Kivu, les 24 et 25 août, puis à Masisi, au Nord-Kivu, du 10 au 12 septembre, avec l’appui logistique de la MONUSCO. Ce sont des actes d’application vérifiables. [9]
Le CICR confirme aussi le transport, les 6 et 7 août, de quinze personnes libérées par les autorités congolaises puis remises à l’AFC/M23. Leur accord pour participer à l’opération avait été recueilli. Ce résultat concerne un groupe identifié et un transfert facilité par l’organisation ; il ne constitue pas le bilan d’une libération générale ni d’un échange simultané de tous les détenus. [10]
Vérifier une violation ne suffit pas à empêcher la suivante
Le même rapport, couvrant le 20 juin au 18 septembre, constate des affrontements persistants entre les FARDC, l’AFC/M23 et leurs alliés, une intensification à Masisi et Walikale et des restrictions de mouvement pour la MONUSCO dans des zones contrôlées par l’AFC/M23. Les vérifications ne démontrent donc pas un arrêt général des hostilités. [9]
Bram Verelst et Nicodemus Minde, dans une analyse publiée par l’Institut d’études de sécurité le 10 septembre, mettent en évidence une difficulté : le mécanisme porte sur un cessez-le-feu entre deux parties, alors que les opérations impliquent plusieurs groupes et des soutiens régionaux. Ils soulignent aussi les risques liés à l’accès négocié avec les belligérants et la nécessité de suites politiques aux violations établies. Leur étude éclaire les limites du dispositif ; elle ne remplace pas une enquête sur chaque incident. [11]
La chaîne de contrôle comporte plusieurs étapes : recevoir un signalement, accéder au lieu, recueillir des éléments fiables, attribuer les faits, puis décider d’une réponse. Une mission peut réussir son déplacement sans avoir obtenu toutes les preuves nécessaires. Un rapport peut établir une violation sans entraîner immédiatement un changement de comportement. L’évaluation doit donc porter aussi sur les délais de réaction, les mesures correctrices et la protection des personnes qui renseignent les enquêteurs.
Les obligations de protection ne dépendent pas toutes de ces négociations. La résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée le 21 février 2025, demande la cessation des hostilités et le retrait du M23 des zones contrôlées. Elle appelle les forces rwandaises à cesser leur soutien au mouvement et à se retirer sans conditions ; elle condamne aussi le soutien des forces congolaises à certains groupes, notamment les FDLR. Elle exige l’accès humanitaire et condamne les attaques contre les civils. Ces exigences ne sont pas suspendues dans l’attente des protocoles restants. [12]
Les Congolais proposent leurs propres critères de paix
Dès le 9 janvier 2026, Fred Bauma, directeur exécutif de l’institut congolais Ebuteli, examinait les conditions d’une initiative angolaise utile. Il demandait une articulation explicite entre Luanda, Doha, Washington et les démarches congolaises, une représentation large, des garanties de confiance et une place pour la justice. Cette contribution est une proposition argumentée de chercheur, pas le programme officiel d’une médiation. Elle permet d’évaluer les négociations à partir de questions formulées au Congo. [14]
Le 29 septembre, Néné Bintu Iragi, représentante de la société civile du Sud-Kivu, porte devant le Conseil de sécurité une exigence de participation des populations concernées. Elle réclame aussi la protection des défenseurs des droits humains et la responsabilité des réseaux économiques finançant les violences. Son diagnostic sur le rôle central des minerais doit rester attribué : il ne constitue pas une démonstration selon laquelle toutes les causes de la guerre seraient économiques. [13]
Cette distinction laisse entière une question de pouvoir : qui participe aux décisions sur la sécurité, les ressources et les réparations ? La présence de dirigeants africains autour d’une table ne garantit pas, à elle seule, que les habitants des territoires affectés puissent y faire valoir leurs priorités. L’accès à l’information, la sécurité des représentants civils et le suivi des décisions sont des capacités à construire, au même titre que les dispositifs militaires de vérification.
La présidence congolaise décrit d’ailleurs plusieurs volets dans la mission reçue le 9 octobre : humanitaire et protection des civils pour Sahle-Work Zewde ; questions militaires pour Uhuru Kenyatta ; réconciliation et inclusivité pour Catherine Samba-Panza ; intégration économique et ressources naturelles pour Mokgweetsi Masisi. Cette répartition de travail est annoncée. Ses résultats devront être appréciés séparément, sans réduire la paix à une négociation entre seuls appareils armés. [7]
Les désaccords et les pièces encore hors du dossier public
Le différend RDC–Rwanda reste une contrainte. Selon le rapport de l’ONU, Kinshasa a présenté un plan de désarmement et de réinsertion des FDLR, rejeté par Kigali qui conteste sa conformité aux engagements de Washington. Cette divergence doit être résolue dans son cadre propre, distinct de l’examen des violations entre Kinshasa et l’AFC/M23. [9]
Les rapports détaillés des premières missions du MCVE+, avec leurs constatations et les réponses des parties, n’ont pas été obtenus pour cet article. Leur contenu serait décisif pour attribuer les incidents examinés et apprécier les mesures prises ensuite. Les communiqués annonçant les missions ne peuvent s’y substituer. De même, le calendrier complet et les garanties opérationnelles des protocoles restant à négocier ne sont pas entièrement accessibles dans les pièces publiques consultées.
Enfin, aucun acte consulté ne confie à l’Angola une nouvelle direction exclusive de la médiation à l’automne. Cela ne prouve pas l’absence de contacts diplomatiques confidentiels. Cela empêche de présenter ces contacts éventuels comme un mandat formel, de leur attribuer la tournée du panel ou d’annoncer un cessez-le-feu effectivement obtenu par Luanda. Les consultations préparatoires et la tenue d’un dialogue restent aussi deux étapes différentes.
La tournée d’octobre sera jugée à ses suites
Le communiqué de l’UA sur Goma prévoit la transmission des conclusions au médiateur africain et au gouvernement congolais. Il demande le respect des engagements de cessez-le-feu, la coopération avec les mécanismes de vérification et l’accès humanitaire. Il ne publie pas un nouvel accord de paix. La visite ouvre une possibilité de coordination ; elle ne permet pas de conclure que les obstacles ont été levés. [6]
Dans son analyse du 9 octobre, Ildefonse Paluku Bwakyanakazi, chercheur à Ebuteli et gestionnaire de données du Baromètre sécuritaire du Kivu, insiste sur l’inclusion et la complémentarité des consultations avec Doha. Les contacts envisagés avec d’autres groupes armés peuvent élargir la discussion, mais leur composition et leurs engagements doivent encore être précisés. Il s’agit d’une appréciation conditionnelle du chercheur, pas de l’annonce d’un dialogue déjà conclu. [15]
Si les vérifications se multiplient, que leurs conclusions produisent des mesures correctrices et que les parties respectent leurs engagements, le dispositif pourra réduire les marges de déni et favoriser une désescalade. Si les missions restent ponctuelles tandis que les groupes poursuivent leurs opérations, la diplomatie continuera d’avancer sans protection durable. Le rôle utile de Luanda, comme celui des autres facilitateurs, se mesurera à la cohérence des démarches, à leur application et à la capacité des Congolais concernés à en contrôler les effets.
Les accords et les voix qui permettent de vérifier les engagements
Ce dossier est arrêté au 12 octobre 2026. Les textes angolais établissent le mandat de consultations et la proposition de février ; l’accord signé à Doha fixe les engagements, tandis que l’ONU et le CICR documentent des opérations effectives. Les contributions d’Ebuteli, de l’ISS et de la société civile sont présentées comme des analyses ou des positions. Les reproductions de documents institutionnels sont identifiées ci-dessous.
[1] CIPRA, mandat confié à l’Angola pour les consultations intercongolaises, 9 février 2026
[3] CIPRA, cessez-le-feu négocié à Luanda entre délégations de la RDC et du Rwanda, 1er août 2024
[7] Présidence de la RDC, réception du panel le 9 octobre 2026, compte rendu publié le 10 octobre

