Illustration de synthèse : agents maliens étudiant des documents budgétaires et des tableaux financiers.

Un budget plus vaste avec un déficit légèrement réduit

Le 18 septembre 2026, le Conseil des ministres malien, réuni sous la présidence d’Assimi Goïta, a adopté le projet de loi de finances pour 2027. Les recettes sont arrêtées à 3 866,635 milliards de FCFA et les dépenses à 4 462,646 milliards. Le déficit prévisionnel s’élève donc à 596,011 milliards de FCFA. Koulouba

Par rapport à la loi de finances rectifiée de 2026, les recettes augmenteraient de 493,740 milliards, soit 14,64 %, tandis que les dépenses progresseraient de 469,326 milliards, soit 11,75 %. Le déficit nominal diminuerait de 24,414 milliards, ou 3,93 %. Koulouba

Ces agrégats dessinent une orientation particulière : l’État malien prévoit d’élargir simultanément ses ressources et son périmètre d’intervention, tout en réduisant légèrement l’écart entre les deux. Il ne s’agit donc ni d’un budget d’austérité au sens strict ni d’un retour à l’équilibre.

Le 18 septembre, le Conseil fixe les grands agrégats

Le projet a été préparé dans le cadre de la loi n° 2025-038 portant loi organique relative aux lois de finances. Cette réforme fournit le cadre juridique de la préparation, de l’adoption, de l’exécution et du contrôle budgétaires. Koulouba

À ce stade, il s’agit d’un projet adopté par le gouvernement. Son contenu doit encore suivre la procédure législative applicable avant de devenir la loi de finances exécutoire. Cette distinction est importante : des amendements, des ajustements de recettes ou des modifications d’allocations sectorielles peuvent intervenir avant la promulgation.

Le communiqué officiel présente les masses globales. Il ne donne pas, dans la version accessible, l’intégralité des annexes budgétaires, des mesures fiscales, du plan de financement ou des crédits affectés à chaque politique publique.

Recettes, dépenses et solde : la photographie officielle

Les recettes prévues couvrent environ 86,64 % des dépenses annoncées. Le déficit correspond à près de 13,36 % du volume de dépenses. Ces proportions découlent des chiffres officiels mais ne permettent pas, à elles seules, d’évaluer la soutenabilité budgétaire.

Un déficit peut financer des investissements capables d’augmenter ultérieurement la production, les recettes et la résilience du pays. Il peut également résulter de dépenses récurrentes difficiles à réduire ou d’hypothèses de recettes trop optimistes.

L’augmentation de 14,64 % des recettes est donc un point central. Pour apprécier sa crédibilité, il faudrait connaître les bases macroéconomiques retenues : croissance, inflation, production minière, commerce extérieur, recouvrement fiscal, dividendes des entreprises publiques et éventuelles recettes exceptionnelles.

Il faut également distinguer les recettes fiscales ordinaires des dons, appuis budgétaires, cessions d’actifs et autres ressources moins prévisibles. Deux budgets présentant le même total peuvent produire des degrés très différents d’autonomie.

Le vrai sujet : comment financer 596 milliards

Le besoin de financement peut être couvert par plusieurs canaux : émissions de titres sur le marché régional, prêts bancaires, financements concessionnels, emprunts bilatéraux ou multilatéraux, mobilisation de dépôts publics, ressources exceptionnelles ou accumulation d’arriérés.

Chaque canal possède un coût. Un emprunt intérieur peut soutenir le marché financier régional et mobiliser l’épargne africaine, mais aussi réduire le crédit disponible pour les entreprises si les banques privilégient les titres publics. Un financement extérieur peut offrir des maturités plus longues, mais accroître la dépendance à des créanciers, à des conditionnalités ou à des risques de change.

Le taux d’intérêt nominal ne suffit pas. Il faut examiner la monnaie de remboursement, l’échéance, la période de grâce, les garanties, les clauses de restructuration et la destination des fonds.

Le déficit de 596 milliards n’est donc pas, en soi, la preuve d’une crise. Le risque dépend de la qualité des dépenses, de la solidité des recettes et des conditions de financement.

L’autonomie budgétaire ne se mesure pas au seul volume

Une lecture afrocentrique du budget conduit à poser plusieurs questions. Les ressources nouvelles sont-elles prélevées sur des secteurs créateurs de valeur ou sur une consommation déjà fragilisée ? Les dépenses développent-elles l’agriculture, l’énergie, l’industrie, les transports, la santé, l’éducation et les capacités technologiques du Mali ? Les marchés publics favorisent-ils les entreprises et les compétences locales ?

L’État peut augmenter son budget sans accroître l’autonomie du pays si les crédits financent principalement des importations, des prestations extérieures ou une dette peu transparente. À l’inverse, un déficit temporaire peut renforcer la souveraineté s’il construit des infrastructures, des compétences et des chaînes de valeur dont les bénéfices demeurent au Mali.

La distribution territoriale compte également. Les effets ne sont pas les mêmes selon que les investissements se concentrent à Bamako ou qu’ils soutiennent les régions, les communes et les zones affectées par l’insécurité.

Enfin, la souveraineté budgétaire ne doit pas être confondue avec l’absence de contrôle. La capacité de décider nationalement gagne en légitimité lorsque les citoyens, les institutions de contrôle et les représentants publics disposent d’informations vérifiables sur les recettes, les dépenses et la dette.

Secteurs, fiscalité et dette : les pages encore manquantes

L’évaluation complète nécessite au moins les documents suivants :

le projet de loi intégral ;

les annexes par mission, programme et ministère ;

les mesures fiscales nouvelles ;

le cadre macroéconomique ;

le tableau des opérations financières de l’État ;

le plan de financement du déficit ;

l’échéancier de la dette ;

les dépenses fiscales ;

les garanties publiques et engagements conditionnels ;

la situation des arriérés ;

les transferts aux collectivités et aux entreprises publiques.

Sans ces pièces, il est impossible de déterminer précisément quels secteurs portent l’augmentation de 469,326 milliards de dépenses ou quelles catégories de contribuables doivent produire les 493,740 milliards de recettes supplémentaires.

L’absence d’annexes ne signifie pas qu’elles n’existent pas. Elle signifie qu’elles n’étaient pas disponibles dans la documentation publique examinée au moment de l’enquête.

Trois scénarios pour l’exécution 2027

Dans le scénario favorable, les recettes progressent conformément aux prévisions sans pression excessive sur les ménages et les petites entreprises. Le déficit finance des investissements à rendement économique et social élevé, tandis que les conditions d’emprunt restent maîtrisées.

Dans le scénario intermédiaire, les recettes sont légèrement inférieures aux objectifs. Le gouvernement ajuste certaines dépenses ou augmente les émissions de titres sans provoquer une rupture majeure.

Dans le scénario défavorable, les recettes minières, douanières ou fiscales déçoivent alors que les dépenses deviennent rigides. Le déficit réel dépasse le montant voté, les coûts de financement augmentent et des arriérés apparaissent.

Le projet de loi de finances fournit ainsi une intention budgétaire, non la garantie de son exécution. La véritable évaluation commencera avec la publication des annexes, l’adoption définitive du texte et les premiers résultats trimestriels de 2027.

Documents et sources de vérification

Les montants et variations sont tirés du communiqué officiel du Conseil des ministres du Mali. Les annexes détaillées, le plan de financement et les hypothèses macroéconomiques complètes n’étaient pas joints à la communication consultée. Koulouba

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