Portrait de Javier Milei séparé d’une discussion entre travailleurs argentins d’origines variées.

Une loi promulguée, un financement encore en préparation

La réforme du travail portée par Javier Milei a franchi l’étape de la promulgation le 5 mars 2026, avec publication le lendemain. Le décret nº 137 confirme cet acte juridique. Au 8 octobre, l’actualité porte sur son application : la résolution fiscale publiée le 1er octobre organise les contributions au Fondo de Asistencia Laboral, ou FAL, à compter de novembre. Présenter toutes les dispositions comme simultanément opérationnelles effacerait cette différence de calendrier. [2] [3]

Le conflit oppose plusieurs conceptions de la protection au travail. Le gouvernement promet que des règles plus simples favoriseront l’embauche déclarée ; les organisations syndicales dénoncent une réduction des garanties individuelles et collectives. L’enquête doit examiner les mécanismes derrière ces affirmations, puis rechercher leurs effets. Une loi publiée établit une nouvelle règle ; elle ne démontre pas, par sa seule existence, une création d’emplois ou un appauvrissement mesurable des salariés. [6] [9]

La contestation se poursuit entre mobilisation et tribunaux

Dans son communiqué du 20 février, la présidence présente la modernisation comme un moyen de réduire l’informalité, les coûts administratifs et les contentieux, notamment pour les petites entreprises. Ce document exprime les objectifs de l’exécutif à une étape du parcours parlementaire. Il constitue une source sur la justification politique de la réforme, sans offrir une évaluation indépendante de ses résultats. [9]

L’Institut d’études et de formation de la CTA autonome décrit, le 3 août, des résistances conduites par la mobilisation, les recours judiciaires et la négociation collective. Il qualifie la réforme de régression des droits et critique le déplacement de ressources vers le capital. Ce diagnostic appartient à une organisation engagée dans le conflit. Le même institut précise qu’il est trop tôt pour isoler les effets de la nouvelle loi et distingue celle-ci du volet social antérieur de la Ley Bases. [6]

Le contentieux a connu plusieurs étapes. La décision du 7 juillet de la Chambre fédérale du contentieux administratif confirme la levée de la suspension provisoire de 81 articles contestée par la CGT. Elle précise que cette procédure ne tranche pas la constitutionnalité au fond. L’État, l’Union industrielle argentine et la Société rurale s’étaient opposés au recours syndical. Une victoire procédurale pour ces acteurs ne constitue donc pas une validation définitive de chaque disposition. [5]

Temps de travail, indemnités et grève : les dispositions à lire

La loi nº 27.802, adoptée le 27 février, autorise un accord volontaire et écrit de compensation des heures supplémentaires, avec contrôle des heures. Ses articles 42 et 43 encadrent les aménagements et maintiennent des repos minimaux de douze heures entre journées et de trente-cinq heures par semaine. Ces douze heures ne signifient pas une journée de travail imposée à tous. [1]

L’article 51 conserve le principe d’un mois de salaire par année d’ancienneté pour le licenciement sans juste cause après l’essai, tout en modifiant l’assiette de calcul. L’article 101 prévoit des prestations minimales de 75 % dans les services essentiels et de 50 % dans les activités d’importance transcendante. Les catégories doivent être vérifiées secteur par secteur. [1]

Ces dispositions posent trois questions d’application : le consentement peut-il être exercé sans pression, la compensation reste-t-elle contrôlable et quelle capacité d’action collective subsiste ? Une marge de négociation formelle peut produire des effets différents selon l’accès à une représentation, la stabilité du poste et les solutions de remplacement disponibles. C’est à ce niveau que l’analyse des rapports de pouvoir devient vérifiable dans les contrats et les pratiques.

Le fonds d’assistance organise une autre circulation des ressources

Le décret nº 408 prévoit pour le FAL un compte individualisé par employeur, sans compte personnel attribué à chaque salarié. Les ressources passent par des véhicules d’investissement autorisés et affectés à des obligations liées à la fin du contrat. Le décret reporte l’entrée en vigueur du dispositif au 1er novembre 2026. Il serait donc inexact de présenter le fonds comme une épargne individuelle portable déjà disponible pour les travailleurs en octobre. [4]

La résolution de l’ARCA précise des contributions de 2,5 % pour les microentreprises et PME concernées, et de 1 % pour les autres employeurs privés visés. Elle rappelle aussi la réduction correspondante de certaines contributions à la sécurité sociale, sous les conditions et exceptions du régime. Le financement ne se résume donc pas à une nouvelle somme venant s’ajouter intégralement aux protections existantes. [3]

Ce montage appelle une enquête sur la destination de l’argent. Le lissage d’une dépense de licenciement peut améliorer la prévisibilité de trésorerie d’un employeur ; il ne garantit pas que le salarié récupérera plus rapidement tout ce qui lui est dû. Les frais de gestion, les rendements, les pertes éventuelles et les contrôles détermineront une partie du résultat. Le montant versé à un véhicule financier doit être distingué du droit effectivement payé au travailleur.

Il faut aussi examiner les comptes de la protection sociale. Lorsqu’un flux est redirigé, l’évaluation doit comparer la ressource nouvelle du fonds à celle dont un autre mécanisme disposera en moins, puis identifier les compensations budgétaires éventuelles. Cette méthode permet de tester la critique syndicale sur les transferts de ressources sans transformer d’avance une hypothèse de coût en montant établi.

Les travailleurs afrodescendants rendent visible la frontière du salariat

Le rapport onusien de 2019 consacré aux personnes d’ascendance africaine en Argentine documente des obstacles à l’emploi, une présence dans l’informalité et des difficultés supplémentaires pour certains migrants. Il relève notamment la situation de femmes dans le travail domestique et celle de vendeurs sénégalais organisés dans l’économie populaire. Ce constat historique éclaire des mécanismes d’exclusion ; il ne mesure pas leurs niveaux en 2026 et ne constitue pas une prise de position sur la réforme actuelle. [8]

Cette diversité interdit d’assimiler tous les Afrodescendants à une seule catégorie professionnelle. L’article premier de la loi distingue notamment les salariés régis par le contrat de travail, le personnel domestique soumis à son régime particulier et les véritables indépendants. Une mesure applicable au premier groupe ne décrit pas automatiquement les droits des autres. [1]

Une lecture afrocentrique demande donc qui accède à l’emploi déclaré, qui peut faire reconnaître une relation salariale et qui participe à la négociation. Pour une travailleuse domestique, un vendeur indépendant ou un salarié industriel, les démarches et les interlocuteurs diffèrent. Réduire leurs situations à une opposition abstraite entre flexibilité et rigidité masquerait les voies concrètes d’accès à la protection.

Les organisations de travailleurs et les associations afrodescendantes doivent pouvoir produire leur propre diagnostic. Les questions utiles portent sur les refus d’embauche, les contrôles, la déclaration des heures, les possibilités de recours et la représentation. Elles permettent de traiter les personnes concernées comme des actrices de la décision, sans leur attribuer une opinion collective que les sources consultées n’établissent pas.

Les statistiques disponibles ne suffisent pas à attribuer un effet causal

L’INDEC mesure au deuxième trimestre 2026 un chômage de 7,9 % de la population active et une informalité de 45,0 % parmi les personnes occupées. L’enquête couvre 31 agglomérations urbaines : ces taux ne décrivent pas exhaustivement chaque territoire argentin. Le rapport précise aussi que les variations de l’emploi et du chômage par rapport au même trimestre de 2025 ne sont pas statistiquement significatives. [7]

Ces données constituent un point de suivi, pas un verdict sur la loi. Une évolution de l’activité économique, de la demande, du crédit ou du nombre de personnes recherchant un emploi peut affecter les indicateurs au même moment. Pour établir un effet propre à la réforme, il faudrait définir une méthode de comparaison, suivre les secteurs différemment exposés et tenir compte des dates réelles d’application.

Le dossier ne fournit pas une mesure spécifique de ces effets pour les Afro-Argentins ou les migrants africains. Il ne permet pas non plus de dresser un bilan exhaustif des décisions judiciaires individuelles. L’absence de résultat identifié ne vaut ni absence de discrimination ni preuve qu’aucun juge n’a écarté une disposition dans une affaire particulière.

Trois évolutions possibles, à départager par les résultats

Une première trajectoire serait celle d’une formalisation accrue : des entreprises déclareraient des emplois jusque-là informels et les travailleurs accéderaient effectivement aux protections correspondantes. Pour étayer ce scénario, une hausse des immatriculations ne suffirait pas ; il faudrait vérifier la continuité des contrats, les rémunérations, les cotisations et l’absence de simple déplacement entre catégories.

Une deuxième trajectoire associerait une plus grande souplesse de gestion à une fragilisation du pouvoir de négociation. Elle pourrait se manifester par des horaires moins prévisibles, des compensations difficiles à contrôler ou une capacité réduite à obtenir réparation. Ce risque analytique doit être testé sur des pratiques documentées, et non présenté comme un effet universel déjà constaté.

Une troisième évolution serait une application partiellement redessinée par la négociation et les tribunaux. Des garanties sectorielles ou des décisions ciblées pourraient modifier les conséquences de certains articles sans supprimer l’ensemble du dispositif. L’indicateur décisif restera la protection effectivement accessible, en particulier pour ceux dont la place dans le marché du travail est la moins stable.

Les textes et les données qui permettent de contrôler le récit

La base documentaire associe la loi et son décret de promulgation, la réglementation du FAL, la décision judiciaire du 7 juillet et l’enquête de l’INDEC. Le communiqué présidentiel et le rapport de la CTA sont traités comme des positions identifiées. Le rapport onusien de 2019 apporte un contexte historique explicitement daté. Les copies de documents judiciaires ou onusiens hébergées par des tiers sont signalées comme telles.

[1] Congrès argentin — Loi nº 27.802 de modernisation du travail, adoptée le 27 février et publiée le 6 mars 2026, notamment articles 1, 42, 43, 51 et 101.

[2] Présidence argentine — Décret nº 137/2026 de promulgation, signé le 5 mars, publié le 6 mars 2026.

[3] ARCA — Résolution générale nº 5907/2026 sur le FAL, publiée le 1er octobre 2026, notamment articles 8, 10 et 19.

[4] Pouvoir exécutif argentin — Décret réglementaire nº 408/2026, publié le 1er juin 2026, notamment articles 3 et 27.

[5] Chambre fédérale du contentieux administratif, Sala IV — CGT contre État national, incident 11, décision signée le 7 juillet 2026 ; copie du document judiciaire hébergée par Microjuris.

[6] Institut d’études et de formation de la CTA autonome — Réglementation, résistances et marché du travail cinq mois après la réforme, 3 août 2026.

[7] INDEC — Marché du travail, enquête permanente auprès des ménages, deuxième trimestre 2026, rapport publié en septembre 2026.

[8] ONU — Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine, visite en Argentine, rapport A/HRC/42/59/Add.2, 2019, paragraphes 40–43 ; copie intégrale consultée sur RightDocs.

[9] Présidence argentine — Communiqué officiel nº 134 sur les objectifs de la modernisation du travail, 20 février 2026.

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