Scène fictive à Cuba : une technicienne et son collègue examinent un module de commande solaire, avec des panneaux photovoltaïques en arrière-plan.

La Rédaction | Vérification au 7 octobre 2026

En septembre 2026, la crise électrique cubaine se joue simultanément dans les centrales, les circuits d'approvisionnement et les enceintes diplomatiques. Une panne nationale, de nouvelles sanctions américaines et une déclaration des BRICS sont établies. Leur articulation exige de distinguer les causes techniques, les contraintes économiques et la portée réelle des solidarités internationales.

Une île privée de courant, plusieurs niveaux de crise

Le 18 septembre, le réseau électrique cubain connaît un effondrement national. Selon les autorités citées par Reuters, une défaillance de lignes à haute tension dans le centre du pays déclenche l'incident vers 14 heures. Dans la soirée, quelques quartiers de La Havane, principalement proches d'hôpitaux, sont réalimentés, tandis qu'une grande partie de la capitale demeure dans l'obscurité. [1]

Le bulletin de l'Union électrique, l'UNE, du 30 septembre décrit encore un écart considérable entre la puissance disponible et la demande. [2] La chute du réseau et le déficit de production sont distincts : rétablir des connexions ne garantit pas une alimentation suffisante.

Les conséquences dépassent l'éclairage. Dès le 10 septembre, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, OCHA, signalait des perturbations d'équipements médicaux essentiels, des risques pour la chaîne du froid vaccinale et une aggravation des difficultés d'approvisionnement en eau. Ce constat précède la panne nationale et concerne la crise prolongée. [3]

De l'embargo de 1962 aux changements juridiques de 2026

La proclamation américaine du 3 février 1962, applicable le 7 février, constitue un jalon de l'embargo commercial. [4] Les restrictions de 2026 s'inscrivent dans ce dispositif ancien. Des instruments peuvent néanmoins être modifiés ou abandonnés sans disparition de l'ensemble des sanctions.

Le 29 janvier 2026, le décret présidentiel 14380 ouvre la possibilité de droits de douane supplémentaires visant les produits de pays fournissant du pétrole à Cuba. Mais le décret du 20 février met fin à la perception des droits additionnels fondés sur la loi IEEPA sur les pouvoirs économiques d'urgence, y compris ceux couverts par ce dispositif ; il maintient les déclarations d'urgence et les autres mesures. Présenter la menace tarifaire de janvier comme inchangée en septembre serait donc trompeur. [5, 6]

Le 1er mai, le décret 14404 autorise des désignations et gels d'avoirs concernant notamment des acteurs étrangers opérant dans l'énergie cubaine ou soutenant certaines personnes visées. Washington invoque la sécurité nationale et la répression à Cuba pour justifier son action. Il s'agit de la justification américaine, dont l'énoncé ne prouve pas chaque accusation. Le texte ouvre un pouvoir de sanction ; il ne signifie pas que toute entreprise d'un secteur est automatiquement désignée. [7]

Les données de fin septembre mesurent une pénurie persistante

À 6 heures le 30 septembre, les données de l'UNE reprises par CiberCuba font état de 1 150 mégawatts disponibles pour une demande de 2 640 mégawatts. Le même bulletin prévoit, pour la pointe, un déficit de 1 950 mégawatts et une puissance affectée de 1 980 mégawatts. Ce dernier nombre est une prévision, pas un bilan définitif de la journée. Un manque de puissance ne se convertit pas directement en proportion de population privée d'électricité. [2]

L'opérateur signale des unités en panne à Guiteras, Felton et Renté, et d'autres en maintenance. Ces informations établissent plusieurs indisponibilités techniques ; elles ne livrent pas un audit complet des raisons pour lesquelles chaque réparation tarde. [2] L'enquête doit suivre séparément l'état des installations, les stocks de combustible, les pièces nécessaires et les capacités de paiement, sans attribuer arbitrairement un pourcentage de la crise à chacun.

Sur le front américain, l'OFAC inscrit le 3 septembre plusieurs entités cubaines sur sa liste de sanctions, dont Comercial Cupet et ABAPET. Le département d'État décrit ABAPET comme un importateur de technologies, pièces et équipements pour le secteur énergétique. [8, 9] Le 30 septembre entre aussi en vigueur une extension aux transactions financières indirectes de l'interdiction visant les entités de la Cuba Restricted List, pour les personnes relevant de la juridiction américaine. [10]

Le financement et les pièces relient la diplomatie aux centrales

Le mécanisme économique peut être décrit sans inventer la cause d'une panne. Désigner un intermédiaire énergétique restreint les transactions soumises au droit américain et expose certains soutiens étrangers à des sanctions. [7, 8] Notre analyse est que ces contraintes peuvent compliquer l'achat, le paiement ou l'acheminement d'équipements. Pour établir leur rôle dans une défaillance précise, il faudrait cependant identifier le contrat, le refus bancaire ou la livraison effectivement empêchée.

OCHA documente un obstacle supplémentaire : la surconformité, lorsque des acteurs économiques renoncent à des opérations par crainte du risque de sanction, au-delà d'une interdiction déterminée. Son point du 10 septembre mentionne notamment des compagnies maritimes interrompant leurs services. [3] À l'inverse, l'OFAC prévoit une politique favorable à certaines demandes de licences pour revendre du pétrole vénézuélien à Cuba, sous des conditions excluant le bénéfice d'acteurs gouvernementaux ou militaires visés. Cette ouverture ciblée ne constitue pas une exemption générale pour l'ensemble du système électrique public. [15]

Une livraison de carburant peut soulager une pénurie sans remettre les machines en état ; une réparation peut augmenter la capacité sans garantir les approvisionnements suivants. La souveraineté énergétique exige des équipements, des compétences et des financements suffisamment continus pour assurer le service.

Les BRICS, l'Afrique et les techniciens cubains ont des rôles distincts

La déclaration de New Delhi du 12 septembre exprime explicitement l'inquiétude des BRICS pour les effets des mesures contre Cuba sur son économie, son énergie et sa population. Elle demande leur levée en se référant à une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies. [11] Cuba figure parmi les pays partenaires du groupe, statut distinct de celui de membre à part entière. [12] Le titre d'« axe afro-asiatique » désigne ici une lecture politique des rapprochements, pas une organisation formelle supplémentaire.

L'initiative africaine possède ses propres institutions. Le 12 août, la commission des relations internationales du Parlement sud-africain réaffirme son opposition à l'embargo et prévoit de porter cette position notamment à l'ONU, à l'Union africaine et aux BRICS. Elle rattache cette solidarité à la contribution cubaine à la lutte contre l'apartheid et aux coopérations sanitaires et éducatives. [13] Cette prise de position documente une volonté politique ; elle ne démontre pas un décaissement énergétique nouveau en septembre.

Du côté chinois, l'ambassade à La Havane rapporte une remise, le 7 août, d'un premier lot de matériels pour un projet de 5 000 systèmes photovoltaïques destinés à des logements isolés. Cette coopération bilatérale est tangible, mais la réception initiale ne prouve pas que tous les équipements sont installés et fonctionnels. [14] Elle ne doit pas être transformée en programme collectif de sauvetage financé par les BRICS.

Les compétences cubaines appartiennent aussi à cette histoire. En mai 2023, le PNUD décrivait un programme conduit avec l'UNE, financé par l'Union européenne, renforçant les brigades de maintenance solaire dans des communautés isolées. [16] Cet antécédent ne fournit pas un bilan pour 2026. Il rappelle le rôle décisif des personnes qui réparent les installations et de leurs moyens de travail.

Les pièces manquantes empêchent de répartir toutes les responsabilités

Les documents consultés ne permettent pas de chiffrer la contribution respective des sanctions, du vieillissement matériel, des décisions d'investissement et des difficultés de gestion. La responsabilité immédiate d'un incident, les conditions qui fragilisent un système et les choix qui retardent sa remise en état sont des questions différentes.

La déclaration des BRICS ne fixe pas, pour Cuba, de volume de combustible, de montant de financement ni de calendrier de livraison. [11] Le soutien diplomatique est donc établi ; l'existence d'un secours énergétique collectif quantifié ne l'est pas dans ce texte. De même, les annonces de matériels solaires ne suffisent pas à mesurer les heures de service réellement gagnées dans chaque communauté.

Une lecture afrocentrée doit rendre visibles les habitants afro-cubains sans uniformiser leurs expériences. Les données consultées ne permettent pas de mesurer leur exposition spécifique aux coupures. Une enquête devrait croiser identification raciale, revenus, logement, territoire et équipements de secours, puis examiner les priorités de raccordement et la participation des communautés aux décisions.

Trois trajectoires se départageront sur les heures de service

Premier scénario : des approvisionnements et des réparations ciblées apportent un répit, mais la réserve de production demeure insuffisante. Le critère décisif serait alors la réduction durable des coupures, au-delà du redémarrage d'une centrale. Deuxième scénario : la diversification des sources, associée au stockage et à la maintenance, améliore progressivement la continuité. Son évaluation devrait porter sur les installations effectivement opérationnelles et les services essentiels protégés.

Troisième scénario : de nouvelles ruptures commerciales ou techniques absorbent les gains obtenus. Pour prévenir cette trajectoire, la solidarité internationale devrait se traduire en engagements vérifiables, compatibles avec les besoins définis sur place. La publication d'indicateurs de fonctionnement, de coûts et de répartition territoriale permettrait aux citoyens d'examiner ces choix. La question politique centrale reste la capacité de la société cubaine à décider de son développement tout en disposant de l'électricité nécessaire pour le réaliser.

Les textes et bulletins qui permettent de contrôler les affirmations

L'enquête est arrêtée au 7 octobre 2026. Les actes américains établissent le contenu juridique des mesures ; les bulletins de l'UNE décrivent l'état déclaré du système. Les déclarations diplomatiques prouvent des positions et des annonces, sans valoir audit de leur exécution. Les reproductions de documents primaires sont identifiées ci-dessous.

[1] Reuters, panne nationale et début du rétablissement, 18 septembre 2026, actualisé le 19.

[2] UNE, bulletin du 30 septembre 2026, données officielles reproduites et attribuées par CiberCuba.

[3] OCHA, point humanitaire du 10 septembre 2026, reproduction attribuée sur GlobalSecurity.

[4] Proclamation américaine 3447 du 3 février 1962, document conservé par le National Security Archive.

[5] Maison-Blanche, décret 14380, 29 janvier 2026.

[6] Maison-Blanche, Ending Certain Tariff Actions, 20 février 2026.

[7] Maison-Blanche, décret sur les sanctions visant Cuba, 1er mai 2026.

[8] OFAC, désignations cubaines, 3 septembre 2026.

[9] Département d'État, fiche du 3 septembre 2026 sur les désignations, reproduite par Forth.

[10] OFAC, FAQ 1271, modification applicable le 30 septembre 2026.

[11] BRICS, déclaration de New Delhi, 12 septembre 2026, notamment paragraphe 27.

[12] Gouvernement indien, présentation des BRICS et des partenaires, 10 septembre 2026.

[13] Parlement sud-africain, commission des relations internationales, 12 août 2026.

[14] Ambassade de Chine à Cuba, premier lot du projet de 5 000 systèmes solaires, 8 août 2026.

[15] OFAC, FAQ 1238, politique de licences pétrolières, mise à jour le 5 mars 2026.

[16] PNUD Cuba, outils et maintenance solaire dans les communautés isolées, 23 mai 2023.

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