Un exercice en cours, et non une alerte nationale
Depuis le 25 septembre et jusqu’au 3 octobre 2026, la Lituanie conduit « Vyčio skliautas 2026 », présenté par les autorités comme le plus important exercice annuel de vérification du système national de mobilisation. Au 30 septembre, l’exercice n’est donc pas encore terminé.
Cette précision est essentielle : les perturbations décrites dans le scénario — cyberattaques, coupures énergétiques, atteintes aux communications, évacuations ou incidents chimiques — sont simulées. Les autorités indiquent que les services publics ordinaires doivent continuer à fonctionner et qu’aucune action particulière n’est demandée aux habitants sauf information locale spécifique.
L’objet central n’est pas de démontrer qu’une crise est imminente, mais de vérifier si les administrations, collectivités, opérateurs et organisations civiles savent continuer à fournir les fonctions jugées essentielles lorsque les ressources et les communications sont dégradées.
Neuf jours pour passer de la décision administrative à l’action pratique
L’exercice est organisé conjointement par le Centre national de gestion des crises et le département de la mobilisation et de la résistance civile rattaché au ministère de la Défense. Il combine des exercices sur table — décisions prises face à des situations simulées — et des séquences pratiques.
Le scénario prévoit une dégradation progressive fictive de la situation de sécurité, avec pressions informationnelles et cybernétiques, perturbations énergétiques et de télécommunication, difficultés de transport, charge supplémentaire sur des services critiques et besoins d’évacuation. Il inclut également des scénarios chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires.
Le 26 septembre, les procédures d’évacuation devaient être testées dans l’ensemble des municipalités, avec des déplacements pratiques de volontaires entre plusieurs territoires. Le 29 septembre, l’exercice devait notamment porter sur la continuité des fonctions critiques et comporter un test national des sirènes et des messages d’alerte. Le 3 octobre doit se tenir un exercice de camp humanitaire à Lazdijai.
La chronologie permet donc d’observer plusieurs maillons : avertir, enregistrer, déplacer, accueillir, héberger et maintenir les services.
Soixante municipalités, environ 150 institutions et quatre mille participants
La documentation officielle indique la participation de 14 ministères, des 60 municipalités, de quelque 150 institutions, d’environ 3 000 agents publics, responsables et représentants municipaux, ainsi que d’environ 1 000 volontaires.
Participent également des acteurs non gouvernementaux : Croix-Rouge lituanienne, Caritas, Banque alimentaire, scouts, Union des fusiliers lituaniens, Ordre de Malte, Médecins sans frontières, organisations de jeunesse, coalition d’ONG, forum des organisations de personnes handicapées et Organisation internationale pour les migrations.
La présence de cette pluralité est importante. La continuité de l’État lors d’une crise ne repose pas uniquement sur les forces de sécurité. Elle dépend aussi du transport, de la santé, de l’énergie, des finances, des télécommunications, de l’action sociale, de la logistique et de l’assistance civile.
Lors de la phase d’évacuation, les exercices doivent tester l’alerte des habitants, leur rassemblement et leur enregistrement, les transports, le passage par des communes de transit et l’accueil dans les territoires de destination. Seuls des volontaires préalablement inscrits sont physiquement évacués dans le cadre de l’exercice.
La continuité se mesure dans les dépendances entre services
Un système public peut disposer d’un plan pour chaque secteur sans être réellement résilient si ces plans ne fonctionnent pas ensemble. Un hôpital dépend de l’électricité, de l’eau, des communications, du transport du personnel, de médicaments et parfois d’un système informatique. Un centre d’hébergement dépend de l’alimentation, du chauffage, de l’enregistrement et des services médicaux.
« Vyčio skliautas » cherche précisément à tester ces interfaces. Les participants doivent travailler avec des informations partielles, utiliser des canaux de communication alternatifs, arbitrer des ressources limitées et coordonner les besoins civils et militaires.
L’exercice inclut également l’activation de réserves et le transport de ressources prioritaires telles que les fournitures médicales, le carburant et l’aide humanitaire. BNS rapporte que la réserve alimentaire de l’État doit notamment être mobilisée dans le cadre de l’exercice. Il s’agit là encore d’une simulation opérationnelle, non d’un prélèvement motivé par une pénurie réelle.
La valeur de l’exercice ne peut donc être mesurée seulement par le nombre de participants. Les enseignements décisifs porteront sur les délais, les erreurs, les ruptures de transmission et la capacité à rétablir un service.
Les résidents étrangers doivent apparaître comme habitants, pas comme périphérie de la crise
La participation de l’Organisation internationale pour les migrations rappelle qu’un système d’évacuation et d’alerte doit pouvoir inclure des personnes qui ne possèdent pas nécessairement la nationalité lituanienne ou ne maîtrisent pas parfaitement la langue.
Une lecture afrocentrique déplace ici la question. Pour une personne africaine vivant en Lituanie, l’enjeu n’est pas de savoir si elle appartient à une catégorie abstraite d’« étrangers », mais si elle reçoit effectivement l’information, comprend les consignes, peut rejoindre un point d’évacuation et peut faire reconnaître ses besoins ou ceux de sa famille.
La même logique vaut pour les étudiants internationaux, salariés, réfugiés, entrepreneurs et familles transnationales. Leurs situations juridiques et linguistiques peuvent être différentes. Aucun document consulté ne démontre que les participants africains ont été spécialement testés comme groupe ni ne fournit un résultat sur leur accès aux alertes.
L’exercice du camp humanitaire prévoit explicitement de vérifier la prise en charge des besoins de groupes vulnérables. Cette catégorie ne doit pas être confondue automatiquement avec l’origine étrangère : vulnérabilité et nationalité sont des dimensions distinctes.
La capacité d’action des résidents dépend aussi des informations dont ils disposent avant la crise. Une alerte efficace suppose non seulement qu’un message soit envoyé, mais qu’il puisse être compris et suivi.
Le principal document manque encore : le retour d’expérience final
Au 30 septembre, l’exercice doit se poursuivre jusqu’au 3 octobre. Aucun bilan définitif ne peut donc encore établir quels éléments ont fonctionné ou échoué.
La première pièce décisive sera le rapport d’évaluation après exercice : délais d’alerte, difficultés d’évacuation, problèmes de coordination, échecs de communication et mesures correctrices.
Il faudra aussi connaître le nombre effectif de personnes et d’organismes ayant participé à chaque épisode. Les quelque 4 000 participants annoncés constituent un volume prévu pour l’ensemble de l’exercice, pas nécessairement une présence simultanée sur chaque site.
Les sources préalables indiquaient dix municipalités impliquées dans les déplacements pratiques du 26 septembre ; les bilans d’exécution devront confirmer ce qui a effectivement été réalisé. Cette distinction entre programme et réalisation doit rester visible.
Enfin, aucune évaluation publique n’est encore disponible sur l’accessibilité linguistique des messages pour les différentes communautés résidentes. L’absence de cette donnée empêche d’en déduire une réussite ou une défaillance.
Après le 3 octobre, les corrections importeront davantage que le spectacle de l’exercice
Un exercice utile peut révéler des insuffisances. Une défaillance constatée pendant une simulation ne signifie donc pas nécessairement que l’exercice a « échoué » ; elle peut constituer précisément l’information recherchée avant une situation réelle.
Le suivi devra examiner ce qui est corrigé : plans municipaux, moyens de communication, réserves, transports, capacités d’hébergement et coopération avec les organisations civiles.
Un autre indicateur sera la prise en compte des personnes qui peuvent être difficiles à joindre : personnes âgées, handicapées, isolées, nouveaux résidents ou personnes maîtrisant imparfaitement les langues utilisées par les autorités. L’efficacité doit être mesurée par la possibilité effective de recevoir une aide, pas seulement par l’existence d’un protocole.
À cette date, il est donc possible d’évaluer la conception de l’exercice, mais pas encore ses résultats définitifs.
Les documents permettant de suivre « Vyčio skliautas »
Le département de la mobilisation et de la résistance civile fournit le calendrier, le scénario, les secteurs testés, les organisations participantes et les effectifs prévus.
Le service d’incendie et de secours documente la séquence d’évacuation et les scénarios pratiques. BNS et LRT permettent de vérifier que les opérations ont effectivement commencé, sans transformer les scènes simulées en événements réels.
Le rapport de retour d’expérience postérieur au 3 octobre sera nécessaire pour passer d’une description des moyens engagés à une évaluation de leur efficacité.

