Une déclaration au Caire, pas une intervention onusienne établie

La qualification d’« illégitime » est documentée. Son attribution à une intervention à l’ONU ne l’est pas dans les pièces retrouvées. La déclaration rapportée le 21 septembre 2026 a été prononcée par le ministre égyptien des Ressources hydriques et de l’Irrigation, Hani Sewilam, lors d’un point presse au Caire avec des représentants de médias étrangers, organisé par le Service d’information de l’État. Le titre du référentiel ne doit donc pas être lu comme une localisation vérifiée de cette prise de parole.

Cette correction n’atténue pas la portée du propos. Le ministre réaffirme le refus égyptien de considérer l’achèvement du barrage comme une acceptation de ses modalités d’exploitation. Mais une qualification gouvernementale ne constitue ni une décision de justice ni un jugement rendu par les Nations unies.

Le dossier oppose plusieurs dimensions de souveraineté africaine : la production d’électricité en Éthiopie, la sécurité hydrique en Égypte, les besoins et les risques propres au Soudan. L’enquête doit les maintenir ensemble, sans transformer l’un des États en représentant naturel de toutes les populations du bassin.

Un ouvrage achevé dans un différend qui ne l’est pas

Le Grand Ethiopian Renaissance Dam, généralement désigné par le sigle GERD, a été inauguré le 9 septembre 2025. La date est documentée par un participant au projet, Studio Pietrangeli, et par la presse égyptienne. L’inauguration établit une étape industrielle ; elle ne résout pas, par elle-même, les désaccords sur les règles d’exploitation.

Le 23 mars 2015, l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan avaient signé à Khartoum une Déclaration de principes. Le 15 septembre 2021, le Conseil de sécurité avait encouragé les trois pays à reprendre les négociations sous l’égide de l’Union africaine afin de parvenir à un accord mutuellement acceptable et contraignant sur le remplissage et l’exploitation. Ce document onusien ne qualifie pas le barrage d’illégal.

L’histoire des accords sur le Nil est elle-même disputée. Dans son travail consacré au GERD, le juriste Salman M. A. Salman souligne que les arrangements historiques revendiqués par certains États ont été contestés par d’autres riverains. Cette profondeur historique aide à comprendre pourquoi une négociation technique sur un barrage peut aussi devenir un débat sur la répartition du pouvoir dans tout le bassin.

Les principes communs ne tranchent pas seuls leur application

La Déclaration de 2015 articule plusieurs engagements : coopération, utilisation équitable et raisonnable, prévention des dommages significatifs, coordination sur le remplissage et l’exploitation, échange de données et règlement pacifique des différends. Elle reconnaît également la finalité de production électrique et de développement régional du projet.

Ces dispositions ne permettent pas de réduire le débat à deux propositions absolues : soit l’Éthiopie disposerait d’un pouvoir sans limite sur l’eau située sur son territoire, soit tout aménagement serait subordonné à la préservation intangible de tous les usages existants. Le texte organise précisément une relation entre des intérêts qui doivent être conciliés.

Le Conseil de sécurité a, pour sa part, soutenu un processus de négociation conduit par l’Union africaine. Il n’a pas établi dans sa déclaration de 2021 un jugement technique sur chaque remplissage, ni une règle générale destinée à tous les autres différends fluviaux.

Pour qualifier juridiquement une conduite déterminée, il faudrait identifier l’obligation applicable, les faits matériels, les échanges entre les parties et les conséquences documentées. L’existence d’un désaccord politique ne remplit pas automatiquement ces conditions.

Le cœur du différend : le calendrier de l’eau

Webuild, constructeur du projet, présente un ensemble hydroélectrique de 5 150 mégawatts et un réservoir d’une capacité de 74 milliards de mètres cubes. Ces caractéristiques renseignent l’ampleur de l’infrastructure. Elles ne doivent pas être confondues avec une production électrique annuelle effectivement mesurée ou avec le volume retenu à une date particulière.

Le mécanisme essentiel tient au stockage et à la régulation. L’eau utilisée pour produire de l’électricité peut poursuivre son parcours vers l’aval, mais son calendrier de passage peut être modifié. La distinction entre volume, moment de disponibilité et variabilité est donc centrale.

Dans ses propos rapportés en septembre 2026, Hani Sewilam insiste précisément sur les quantités relâchées et leur programmation, notamment en période de sécheresse prolongée ou de crues répétées. Il s’agit de la formulation égyptienne du risque ; elle ne constitue pas, à elle seule, la preuve qu’un dommage déterminé a été causé.

Une évaluation hydrologique devrait comparer plusieurs scénarios : situation observée, situation sans le barrage, exploitation coordonnée et exploitation dans des conditions climatiques différentes. Sans ce raisonnement contrefactuel, une baisse de débit pourrait être attribuée trop vite à l’ouvrage, alors qu’une partie relève éventuellement des précipitations. Inversement, l’absence de dommage visible pendant une année favorable ne prouverait pas l’absence de risque en situation exceptionnelle.

Trois pays africains, des intérêts sociaux plus nombreux encore

L’Éthiopie présente le barrage comme un projet de développement et de souveraineté. Lors de l’inauguration, Abiy Ahmed a affirmé qu’il ne menacerait pas les pays situés en aval, selon le compte rendu d’Al Manassa. Cette assurance est une position politique éthiopienne, non une expertise indépendante garantissant tous les scénarios d’exploitation.

L’Égypte met en avant la protection de ses usages et la nécessité d’un accord contraignant. Le Soudan, signataire de la Déclaration de principes, ne peut être réduit à un prolongement de la position égyptienne : ses intérêts doivent être examinés à partir de ses propres besoins, infrastructures et prises de position. La participation de trois États au même accord établit des engagements communs, pas une identité de préférences.

Il faut aussi déplacer l’analyse à l’intérieur des pays. Dans un article publié en septembre 2025, Saker El Nour interroge les priorités de répartition de l’eau en Égypte et la place respective des grands projets et des petits agriculteurs. Sa critique rappelle qu’un débat centré exclusivement sur la frontière peut rendre moins visibles les choix distributifs internes. Elle ne démontre pas que les préoccupations transfrontalières seraient fictives.

La même exigence vaut pour l’électricité produite en Éthiopie : la puissance installée ne renseigne pas, seule, sur l’accès des ménages, les tarifs, la desserte des territoires ou la répartition des bénéfices. Une lecture afrocentrique ne consiste donc pas à choisir un État africain contre un autre ; elle consiste à suivre les capacités et les coûts pour les différentes sociétés concernées.

Les preuves nécessaires derrière les accusations

La première pièce manquante est une intervention onusienne correspondant précisément à la qualification et à la date retenues dans le référentiel. La déclaration retrouvée est située au Caire. Sans transcription ou document supplémentaire, l’attribution « à l’ONU » reste non étayée.

La deuxième limite concerne la contradiction contemporaine. Les pièces examinées ne comprennent pas une réponse éthiopienne détaillée à ce point presse précis ni une position soudanaise contemporaine suffisamment développée pour présenter un débat complet de septembre 2026.

La troisième concerne les données techniques : séries de débits, niveaux de retenue, lâchers, prévisions et échanges opérationnels entre les pays. Leur rapprochement serait nécessaire pour distinguer un risque anticipé, un incident observé et un dommage attribuable.

Enfin, aucune décision juridictionnelle obtenue dans cette enquête ne tranche la légalité générale du barrage dans les termes du titre. Cela ne signifie pas qu’aucune argumentation juridique n’existe. Cela signifie que les qualifications des gouvernements doivent demeurer attribuées à leurs auteurs, avec leurs fondements et leurs limites.

Un accord d’exploitation vaut davantage qu’une surenchère de mots

Un premier scénario serait celui d’une coopération opérationnelle renforcée : échanges de données réguliers, procédures d’alerte, règles adaptées aux périodes difficiles et modalités de règlement des différends. Il pourrait réduire certaines incertitudes sans exiger que les États adoptent immédiatement une lecture historique identique.

Un deuxième scénario serait la poursuite d’arrangements partiels, accompagnés d’un désaccord politique durable. La coopération technique pourrait alors progresser sur certains points sans faire disparaître les controverses de souveraineté.

Un troisième serait celui d’une dégradation de la confiance, rendant chaque variation hydrologique plus susceptible d’être interprétée comme un acte hostile. Ce risque ne constitue pas une prédiction de confrontation et ne justifie aucune extrapolation militaire.

Le document de 2021 du Conseil de sécurité fournit un repère précis : rechercher, sous conduite africaine, un accord acceptable par les trois pays. Il ne permet pas de présenter une menace unilatérale comme une solution validée par l’ONU.

La déclaration égyptienne est établie ; sa localisation à l’ONU ne l’est pas. Le désaccord porte sur la gouvernance de l’eau et les garanties d’exploitation, pas seulement sur l’existence physique du barrage. L’issue la plus importante pour les populations serait un dispositif vérifiable capable d’articuler production électrique, sécurité hydrique et protection des usages.

Les documents qui fixent les limites du récit

La dépêche d’Anadolu du 21 septembre 2026 établit l’auteur, le lieu et le contenu principal de la déclaration. La Déclaration de principes de 2015 et la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité S/PRST/2021/18 constituent les références diplomatiques et juridiques examinées.

Les informations de Webuild et de Studio Pietrangeli documentent les caractéristiques du projet et son inauguration, avec le point de vue d’entreprises participantes. Les travaux de Salman M. A. Salman et l’analyse de Saker El Nour apportent deux déplacements utiles : l’histoire des rapports entre riverains et la répartition sociale des ressources à l’intérieur des États.

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