Au Mali, le gouvernement annonce des recettes de 3 866,635 milliards de FCFA et des dépenses de 4 462,646 milliards pour 2027. L’écart, 596,011 milliards, reculerait légèrement par rapport à la prévision rectifiée de 2026. Le chiffre ouvre deux questions encore sans réponse publique détaillée : quelles priorités recevront effectivement les crédits supplémentaires et par quels instruments le Trésor couvrira-t-il son besoin de financement ?
Un écart qui recule au milieu d’un budget en hausse
Le 18 septembre 2026, à Bamako, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi de finances pour l’exercice 2027. Son communiqué officiel résume l’arbitrage en trois nombres : 3 866,635 milliards de FCFA de recettes budgétaires, 4 462,646 milliards de dépenses et 596,011 milliards de déficit prévisionnel. Le solde est la différence des recettes et des dépenses annoncées. Il ne désigne ni une dette déjà contractée, ni une perte effectivement constatée à la fin de 2027.
Les recettes progresseraient de 493,740 milliards par rapport à la loi de finances rectifiée de 2026 ; les dépenses augmenteraient d’environ 469,3 milliards. C’est parce que les premières croissent davantage, en valeur absolue, que le déficit annoncé passe de 620,425 à 596,011 milliards, soit une réduction de 24,414 milliards, ou 3,93 % du déficit de référence. Il serait trompeur de transformer ce dernier pourcentage en part du produit intérieur brut : le communiqué ne fournit ni PIB nominal de 2027, ni rapprochement avec le solde public calculé selon le périmètre de convergence de l’UEMOA.
Le projet peut encore changer lors de l’examen par le Conseil national de Transition. Pour les ménages, entreprises et collectivités, l’enjeu est l’affectation puis l’exécution des crédits, ainsi que leur coût financier futur.
De la programmation de juin au projet de septembre
Le 10 juin 2026, le Conseil des ministres a examiné la programmation 2027-2029. Elle repose sur une hypothèse de croissance réelle moyenne de 6,5 % sur trois ans et vise une pression fiscale de 13,9 % en 2027, puis 14,7 % en 2028 et 15,1 % en 2029. Elle s’inscrit dans « Mali Kura 2063 » et la stratégie nationale de développement 2024-2033. Ces pourcentages sont des objectifs, pas des réalisations.
Le 3 juillet, le gouvernement avait également adopté le projet de rectification du budget 2026. Les recettes prévues y passaient de 3 057,792 à 3 372,895 milliards et les dépenses de 3 578,217 à 3 993,319 milliards. Le déficit prévisionnel s’accroissait de 100 milliards pour atteindre 620,425 milliards. C’est cette version rectifiée, et non le budget initial de 2026, qui sert de base à la comparaison officielle de 2027.
La note de présentation du PLFR 2026 détaille ces ajustements : 100 milliards supplémentaires attendus de la taxe ad valorem liée à l’or, 50 milliards sur les gains de paris sportifs et 165,103 milliards pour les fonds miniers. Elle prévoit des crédits supplémentaires pour la sécurité et 50 milliards de subvention exceptionnelle à la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT). Ces données décrivent 2026 et ne prouvent pas que les mêmes recettes ou dépenses se répéteront en 2027.
Le communiqué du 21 août annonçait l’élaboration d’un Plan d’action gouvernemental 2027-2031 en cinq axes : souveraineté et sécurité, gouvernance, transformation économique, capital humain et environnement. Ce plan restait en cours d’élaboration en septembre : il ne fournit aucune ventilation des crédits 2027.
Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils ne disent pas
Le solde se vérifie : 4 462,646 − 3 866,635 = 596,011 milliards de FCFA. Les dépenses 2026 et 2027 affichées donnent une hausse de 469,327 milliards, contre 469,326 dans le communiqué. Cet écart de 0,001 milliard, soit un million de FCFA, reflète probablement l’arrondi des données sous-jacentes ; les tableaux détaillés seraient nécessaires pour le vérifier.
Le communiqué ne décompose pas les 493,740 milliards de recettes supplémentaires, ni les 4 462,646 milliards de dépenses par ministère, fonction ou nature. La hausse globale ne permet donc pas d’établir la part allouée en 2027 à l’éducation, la santé, l’agriculture ou la défense.
Le tableau 7 de la note du PLFR 2026 prévoit par fonction 623,775 milliards pour la défense, 736,546 milliards pour l’ordre et la sécurité, 569,112 milliards pour l’enseignement et 255,871 milliards pour la santé. Ces crédits prévisionnels de 2026 donnent une base de comparaison lorsque la ventilation de 2027 sera publiée ; ils ne sont pas des allocations de 2027. Source : ministère de l’Économie et des Finances, PLFR 2026, tableau 7.
Le déficit n’est qu’une partie de l’équation de trésorerie
Le déficit ne résume pas la trésorerie. La loi organique n° 2025-038, articles 5-7, 26-27 et 44, distingue recettes et dépenses budgétaires des ressources et charges de trésorerie : le remboursement du principal des emprunts est une charge de trésorerie, tandis que les intérêts sont une dépense budgétaire. Elle exige des tableaux d’équilibre et de financement. Les 596,011 milliards ne révèlent donc ni les émissions brutes de titres ni les échéances à refinancer en 2027.
La note du PLFR 2026, tableau 9, prévoit 1 499,570 milliards de remboursements du principal, dont 1 249,833 milliards pour la dette intérieure et 249,737 milliards pour la dette extérieure. Les 245,852 milliards de charges financières figurent séparément dans les dépenses. Le document mentionne les titres du Trésor et les emprunts parmi les ressources de financement. C’est une illustration pour 2026, non une projection pour 2027. Source : ministère de l’Économie et des Finances, PLFR 2026, pp. 11-14.
Le FMI soulignait en mars 2026 le coût élevé des emprunts et les besoins concurrents de sécurité, de développement et de protection des ménages. Son appréciation extérieure ne prouve pas que le déficit annoncé en septembre aurait déjà trouvé ses financeurs.
La souveraineté se mesure aux usages des recettes
Qui apporte les recettes supplémentaires et où reste la valeur créée ? La distinction est décisive entre une taxe régulière sur l’activité locale, une recette exceptionnelle liée à l’or, un don et un emprunt. La rectification 2026 montre l’importance des ressources minières. Sans tableau des voies et moyens 2027, il est impossible d’attribuer la hausse de recettes à ces facteurs, aux douanes ou à l’élargissement de l’assiette.
L’effet distributif dépend aussi des crédits effectivement consommés, des marchés attribués, des bénéficiaires par territoire et des compétences conservées au Mali. Une dépense de sécurité ou un investissement agricole ne produit pas de résultat social par le seul fait de figurer au budget. Ces indicateurs permettront d’apprécier la capacité de décision et de production acquise dans le pays ; aucun résultat 2027 n’est encore mesurable.
Le rapport d’exécution au 30 juin 2026 relève 1 814,240 milliards de recettes recouvrées et 1 507,502 milliards de crédits liquidés, soit un solde positif de 306,738 milliards avec le Fonds de soutien. Il porte sur six mois du seul budget général, sans budgets annexes ni comptes spéciaux. L’opposer au déficit annuel et global de 2027 créerait un faux paradoxe. Source : Direction générale du budget, introduction et tableaux 1-2.
Les pièces nécessaires pour juger les priorités de 2027
La principale pièce manquante est le projet de loi de finances 2027 accompagné de ses annexes : crédits par programme et fonction, sources de recettes et tableau de financement. L’article 45 de la loi organique prévoit notamment un plan de trésorerie mensualisé. Sans ces documents, ni les priorités sectorielles ni les modalités d’emprunt ne peuvent être vérifiées. Source : loi n° 2025-038, art. 43-45 et 51-52.
La version définitive et les comptes d’exécution annuels de 2026 sont également nécessaires : la loi rectificative est une prévision, pas un résultat comptable. Les volumes d’or, son prix, les remboursements de dette et la cadence des dépenses influeront sur la trésorerie. L’absence de ces pièces est une limite de l’enquête, pas une preuve de mauvaise exécution.
Les pourcentages de déficit exigent aussi une définition commune. La note de rectification 2026 donne 620,425 milliards de déficit budgétaire, mais un solde global dons inclus de −2,7 % du PIB selon les critères de l’UEMOA. Diviser le premier chiffre par le PIB indiqué dans la note ne retrouve pas −2,7 % : les périmètres ne sont pas directement interchangeables. Sans rapprochement méthodologique et PIB de 2027, la conformité du projet au seuil communautaire de 3 % ne peut être tranchée. Source : PLFR 2026, tableaux 2-3 et section « Solde budgétaire ».
Trois trajectoires, une vérification publique
Si les recettes sont encaissées et les crédits exécutés à des conditions de financement supportables, le déficit pourrait se rapprocher de 596 milliards. Ce résultat reste conditionnel.
Si les recettes progressent moins que prévu, notamment les revenus miniers, le Trésor pourrait ajuster des dépenses, emprunter davantage ou proposer une loi rectificative. Les conséquences dépendraient des arbitrages sectoriels.
Si les recettes dépassent les attentes, les échéances de dette ou les retards d’exécution pourraient encore peser sur les services publics. Il faudra rapprocher loi votée, encaissements, paiements, dette et résultats observables.
Au 25 septembre 2026, le projet est plus élevé, avec un déficit nominal légèrement inférieur à la prévision rectifiée de 2026. Ses priorités précises et son financement restent à établir par les annexes puis les comptes d’exécution.
Les documents à confronter
- Secrétariat général du gouvernement du Mali, communiqué du Conseil des ministres du 18 septembre 2026, CM n° 2026-37/SGG : annonce du projet de loi de finances 2027 et chiffres agrégés ; source gouvernementale de l’annonce, non texte intégral du PLF.
- Présidence de la République du Mali, communiqué du 10 juin 2026, CM n° 2026-23/SGG : programmation 2027-2029, hypothèse de croissance et objectif de pression fiscale ; prévisions gouvernementales.
- Ministère de l’Économie et des Finances, projet de loi de finances rectificative 2026, version transmise au CNT le 1er juillet 2026 : note de présentation, tableaux 2-4, 7 et 9 ; référence détaillée de 2026, non répartition 2027.
- Direction générale du budget du Mali, rapport sur l’exécution du budget général au 30 juin 2026, publié le 14 août 2026, introduction et tableaux 1-2 : résultat semestriel du seul budget général et limites du champ statistique.
- Journal officiel de la République du Mali, loi organique n° 2025-038 du 15 août 2025, art. 4-7, 26-27, 43-45 et 51-52 : architecture juridique des opérations budgétaires, du financement et des annexes.
- Fonds monétaire international, communiqué du 23 mars 2026 sur la deuxième revue du programme de référence avec le Mali : appréciation extérieure des contraintes d’emprunt et des besoins de développement, datée d’avant le projet 2027.

