À Arlit, l’État nigérien réorganise deux périmètres uranifères. In Azaoua passe à une société publique créée après la nationalisation de la SOMAÏR ; Madaouela I revient à une société détenue à 40 % par le Niger et à 60 % par un investisseur étranger. La convention de ce second projet a été signée le 23 septembre 2026. Le changement de titres est documenté, ses effets économiques restent à établir.

À Arlit, deux permis et deux formes de contrôle

Le Conseil des ministres du 21 août 2026 a adopté deux projets de décrets concernant l’uranium dans la région d’Agadez. Le premier porte attribution du permis de grande exploitation « In Azaoua » à Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA), sur le périmètre auparavant exploité par la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR). Le second porte réattribution du permis « Madaouela I » à Madaouela Mining Company (MAMICO). Cette différence de mots reflète deux histoires distinctes.

Le titre, repris du référentiel éditorial, condense deux décisions distinctes : Madaouela n’était pas un actif de la SOMAÏR, mais un projet dont le permis avait été retiré à GoviEx. MAMICO n’est pas entièrement publique : depuis la signature du 23 septembre, le Niger en détient 40 % et Atomic Eagle, héritière de GoviEx, 60 % avec le contrôle opérationnel.

Pour juger ces décisions, il faudra suivre séparément les titres, les ventes, les recettes, l’emploi et la remise en état : le permis seul ne prouve aucun résultat.

De la concession de 1968 à la nationalisation de 2025

La SOMAÏR a été créée en 1968 et a commencé à exploiter l’uranium à Arlit en 1971. Son capital appartenait, avant nationalisation, à Orano (63,4 %) et à la Société du patrimoine des mines du Niger, SOPAMIN (36,6 %). Ces parts ne mesurent pas la répartition des ventes, des bénéfices ou des impôts.

En juin 2025, Niamey a affirmé qu’entre 1971 et 2024 Orano avait commercialisé 86,3 % de l’uranium vendu par la société et la SOPAMIN 9,2 %. Ce sont les chiffres des autorités. Sans les conventions, prix et comptes de la période, ils ne chiffrent pas à eux seuls un manque à gagner. Orano conteste ces mesures.

Le groupe dit avoir perdu le contrôle opérationnel de la SOMAÏR en décembre 2024, après des désaccords sur la gestion et des difficultés d’exportation. Le Conseil des ministres du 19 juin 2025 a annoncé la nationalisation des actions et du patrimoine, avec le principe d’une indemnité prenant en compte les obligations des actionnaires, notamment la réhabilitation. Orano parle pour sa part d’expropriation sans procédure régulière ni indemnisation. Aucun communiqué ne tranche la légalité du transfert ou l’indemnité définitive.

Le 18 mai 2026, un autre projet de décret a porté sur l’annulation de la concession d’Arlit accordée en 1968 au Commissariat à l’énergie atomique. Le gouvernement invoque un défaut de paiement de redevance sur une partie non amodiée. Il s’agit d’un objet juridique distinct de la nationalisation de SOMAÏR.

In Azaoua : TSUMCO sur l’ancien périmètre de la SOMAÏR

Le même Conseil du 18 mai 2026 a présenté TSUMCO comme la société d’État créée en lieu et place de la SOMAÏR nationalisée. Il annonce que le patrimoine transféré à l’État doit lui être dévolu. Le 21 août, le gouvernement a adopté le projet attribuant à TSUMCO le permis « In Azaoua », dans la commune d’Arlit, pour le périmètre antérieurement exploité par la SOMAÏR. Son objectif déclaré est la continuité de l’exploitation.

Les communiqués prouvent la décision sur le titre, mais ne reproduisent ni les décrets définitifs ni les cartes et ne donnent aucun bilan de production ou livraison de TSUMCO. La société est publique dans le dispositif annoncé ; sa capacité productive dépend encore de la maintenance, de la sûreté, de l’eau, du financement et des voies d’exportation.

Le gouvernement a aussi présenté en mai des règles particulières pour les sociétés minières d’État, dont un comité d’experts appelé à contrôler les achats. La présentation ne prouve pas que ce contrôle fonctionne. Les habitants d’Arlit ont besoin de comptes et d’une surveillance environnementale accessibles.

Madaouela : retour au domaine public, puis accord avec Atomic Eagle

Le permis Madaouela I, autre projet proche d’Arlit, est revenu au domaine public suivant le décret n° 2024-474/P/CNSP/MM du 31 juillet 2024, selon le gouvernement. GoviEx, ancien détenteur, a contesté ce retrait et engagé un arbitrage. À l’issue de nouvelles discussions, le Conseil du 21 août 2026 a approuvé sa réattribution à MAMICO. Madaouela demeure distinct de SOMAÏR.

Atomic Eagle a annoncé le 24 août un accord sur les termes d’une convention, encore à signer à cette date. L’Agence nigérienne de presse et la communication boursière de l’entreprise attestent sa signature le 23 septembre 2026 à Niamey par le ministre des Mines, Abarchi Ousmane, et Phil Hoskins pour MAMICO. La convention signée ne prouve ni construction ni ventes.

Les deux parties indiquent qu’Atomic Eagle détient 60 % de MAMICO et son contrôle opérationnel ; le Niger détient 40 %. Selon l’entreprise, cette participation publique comprend 15 % gratuits et 25 % impliquant des apports futurs. Un crédit contractuel de 40 millions de dollars sur ces apports futurs n’est pas une somme versée au budget. Le gouvernement annonce une redevance initiale forfaitaire de 10 millions de dollars ; Atomic Eagle décrit deux paiements de 5 millions : le premier exigible sous 30 jours après la signature du 23 septembre, le second au début de la construction. La signature est documentée, l’encaissement intégral des 10 millions ne l’est pas.

Contrôler une mine, commercialiser l’uranium, servir Arlit

À In Azaoua, l’opérateur désigné appartient à l’État. À Madaouela, le Niger détient une part minoritaire importante, tandis que l’investisseur privé pilote le projet et doit mobiliser des fonds. La place publique grandit sans supprimer le besoin de compétences et de capitaux extérieurs.

Le droit de vendre l’uranium mérite son propre contrôle. Atomic Eagle indique que la convention donne à l’État le droit d’acheter et commercialiser une part de la production ; des mécanismes conditionnels de préemption ou réquisition pourraient porter les droits publics d’enlèvement jusqu’à un plafond combiné de 50 %. Ce plafond ne garantit aucune allocation ni recette ; contrat, prix, volumes et coûts devront être vérifiés.

Le Conseil du 21 août lie à Madaouela, et non au permis TSUMCO, une perspective d’environ 1 000 emplois pour de jeunes Nigériens et une priorité aux fournisseurs locaux. Ce sont des engagements et projections ; aucun bilan d’embauche n’est disponible pour les confirmer. Il faudra mesurer la durée des postes, les achats à Arlit, la formation, l’eau et la restauration du site. Le gouvernement formule des accusations sur les dommages d’anciennes mines ; établir leur ampleur et les responsabilités respectives exige des mesures environnementales et des plans chiffrés indépendants.

Décrets intégraux, comptes et arbitrages : ce qui manque

Les décrets définitifs et le cadastre actualisé, avec cartes, durée et conditions de chacun des permis, n’ont pas été obtenus. La convention intégrale signée le 23 septembre, ses annexes financières, ses clauses de vente et ses engagements environnementaux sont également nécessaires. Les communiqués gouvernementaux et celui d’Atomic Eagle prouvent ce que les parties déclarent, sans permettre à eux seuls d’auditer les termes complets. Il manque encore les comptes de TSUMCO et de MAMICO, le détail des versements effectués, des livraisons et des achats aux fournisseurs locaux. Le cadre juridique publié par l’ITIE ne remplace pas ces données de réalisation.

Les litiges doivent être séparés. Orano conteste la nationalisation et ses effets sur les stocks. Il a annoncé des mesures provisoires obtenues en septembre 2025 dans l’affaire CIRDI ARB/25/8, restreignant le transfert de certains stocks SOMAÏR litigieux ; ces mesures ne constituent pas un jugement au fond sur l’ensemble des titres ou indemnisations. Le registre du CIRDI mentionne la suspension de cette affaire en février 2026. Une autre procédure Orano–Niger, ARB/25/9, y apparaît encore pendante en septembre 2026. Le règlement annoncé du différend GoviEx/Madaouela suit quant à lui sa propre voie : Atomic Eagle affirme que la convention déclenche les démarches de désistement, mais le retrait effectif doit être vérifié dans le registre correspondant. Leur clôture ne peut être présumée.

Le résultat se lira dans les comptes, pas dans les titres seuls

Si TSUMCO dispose des moyens techniques et publie des ventes régulières, l’État pourrait conserver davantage de marge pour choisir les débouchés et affecter des revenus à Arlit. Si la chaîne de production ou d’exportation se grippe, le permis public n’empêchera pas les coûts d’augmenter et les recettes de manquer. Ces deux trajectoires sont des possibilités, non des effets prouvés par l’adoption du décret.

Madaouela doit encore transformer son cadre signé en études vérifiées, financement, construction et production. Si le projet aboutit, l’État pourra faire valoir ses participations et ses droits contractuels, sous réserve de leurs conditions ; si les étapes se prolongent, la redevance totale et les 1 000 emplois resteront des objectifs. Atomic Eagle poursuit en septembre la vérification des ressources et l’étude du financement. Au 25 septembre 2026, les faits établis sont la nouvelle attribution annoncée à une société publique et la convention d’un projet mixte. Les gains nets et les conditions de vie dans les territoires miniers restent l’épreuve décisive.

Sources directes et documents de contrôle


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