Les ministres burkinabè, maliens et nigériens ont signé en août 2026 une convention-cadre sur leurs ressources énergétiques, minières et pétrolières. Un forum organisé en septembre à Ouagadougou appelait encore à la transformation locale et à des projets conjoints. Entre coordination annoncée et résultats pour les populations, les sites, investissements et règles de partage restent à documenter.
À Ouagadougou, un accord signé et des projets à identifier
Le 13 août 2026, les ministres des pays de la Confédération des États du Sahel (AES) signent à Ouagadougou une convention-cadre concernant l’exploitation des ressources énergétiques, minières et pétrolières. Ils adoptent également des cadres d’harmonisation des politiques minières et énergétiques, selon le ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières [1]. La signature est établie ; ce n’est pas seulement une intention formulée à l’issue d’un forum.
Peuvent-ils pour autant mener des projets qui laissent davantage de revenus, d’emplois et de savoir-faire sur leurs territoires ? Le communiqué ne désigne aucune mine exploitée en commun et n’attribue pas de financement à une usine confédérale. Il présente la mise en œuvre comme l’étape suivante [1]. La réforme minière burkinabè et ses mines publiques restent, jusqu’à preuve contraire, des dossiers nationaux.
De la recommandation de 2025 au forum de septembre 2026
En septembre 2025, la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO) recommande un cadre de concertation des pays de l’AES sur leurs politiques minières [2]. Des experts des trois États examinent ensuite, du 10 au 12 août 2026, cinq projets de documents relatifs à l’exploitation commune des ressources, à l’harmonisation des politiques et à une semaine sectorielle de l’AES [3]. La réunion ministérielle du 13 août marque le passage d’un projet à une convention-cadre signée [1].
La première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES est organisée avec la SAMAO à Ouagadougou. Son compte rendu officiel, publié le 22 septembre, situe la clôture au 18 septembre 2026 [4]. Les participants recommandent alors de mieux connaître la géologie des trois pays, particulièrement dans la zone des trois frontières, de transformer et valoriser les ressources au bénéfice des populations, de former les professionnels et de développer des projets structurants conjoints [4]. Ces recommandations n’attestent ni chantier ni bénéfices sociaux mesurés.
Ce que les ministres ont adopté, et ce que le texte public ne dit pas
Le ministère burkinabè énumère sept documents adoptés le 13 août, parmi lesquels le rapport des experts, la convention-cadre, une note sur la semaine sectorielle et deux cadres harmonisés de politiques énergétique et minière. Il indique que les ministres ont signé la convention-cadre sur les ressources énergétiques, minières et pétrolières, le mémorandum organisant la semaine commune et un relevé de conclusions [1]. Yacouba Zabré Gouba représentait le Burkina Faso, aux côtés de ses homologues ou représentants maliens et nigériens [1, 6].
Les contenus précis de ces textes ne sont pas reproduits dans les communiqués consultés. On ne peut donc en déduire ni fiscalité minière identique, ni propriété confédérale des gisements, ni délégation automatique de compétences à l’AES. Harmoniser pourrait permettre de rapprocher normes, information géologique ou politiques de contenu local ; ces applications restent à vérifier dans les textes intégraux et les décisions nationales. Une signature prouve un acte diplomatique, pas une production industrielle.
De l’information géologique à la valeur transformée
Une meilleure carte géologique peut améliorer la capacité des États à négocier et à choisir des sites. Elle ne finance pas à elle seule une installation : il faut préciser l’énergie, les voies de transport, les droits miniers, les procédés et les débouchés. Les demandes formulées lors du forum de septembre indiquent les maillons jugés nécessaires par ses participants [4], sans fournir le plan de financement ou l’inventaire des projets communs.
Le cas des mines de Wahgnion et Boungou illustre la différence entre politique nationale et action confédérale. L’État burkinabè a acquis en août 2024 des actifs de sociétés minières ; un décret présenté en juin 2025 organise leur transfert à la Société de participation minière du Burkina Faso (SOPAMIB) [7]. En juin 2026, les représentants burkinabè approuvent un prêt de plus de 33 milliards de francs CFA auprès de la BOAD pour renforcer ces deux mines : équipements, sécurisation, gestion des fosses et raccordement électrique de Wahgnion font partie du programme annoncé [8]. Aucun de ces documents n’en fait des mines de l’AES.
Le Code minier burkinabè de 2024 prévoit la transformation ou la valorisation sur place d’une part de la production. Le décret n° 2025-0379 du 3 avril 2025 définit, pour l’or industriel, une fourchette de 5 % à 10 % ; son article 4 renvoie le taux applicable à chaque société à un arrêté conjoint [9, 10]. Sans les arrêtés et données de contrôle, il serait faux d’attribuer 5 % ou 10 % à une mine donnée ou d’affirmer que les volumes ont été transformés. Ces règles sont burkinabè, et non une norme prouvée pour les trois pays.
Qui conservera les recettes et les compétences ?
Le Rapport ITIE 2024 du Burkina Faso, publié en décembre 2025, chiffre la contribution du secteur extractif à 69,56 % des exportations, 15,08 % du PIB, 15,33 % des recettes budgétaires et environ 0,7 % de l’emploi total selon le périmètre du rapport en 2024 [10]. Ces indicateurs ont des dénominateurs distincts ; ils décrivent une économie nationale avant la convention d’août 2026. Ils ne mesurent aucun gain imputable à l’AES.
Le contraste entre poids exportateur et emploi attribué au secteur invite à demander qui possède les installations, qui fournit les machines, où travaillent les techniciens formés et quelles recettes nettes reviennent aux collectivités. Raffiner sur place peut déplacer une étape de production ; cela ne garantit pas à lui seul une filière de machines, des marchés pour des entreprises sahéliennes ni une répartition équitable. Il faudrait mesurer ces effets par site, par société et par type d’emploi, plutôt que d’appeler indistinctement tout supplément de production un gain pour « l’Afrique ».
La Vision minière africaine propose de regarder aussi les fournisseurs, les réseaux, la formation et les populations riveraines [5]. Le ministère burkinabè a d’ailleurs consacré une réunion de mars 2026 à l’emploi, aux infrastructures, aux services sociaux et aux impacts environnementaux des mines pour les communautés voisines [11]. La coordination des capitales devra être évaluée jusque dans ces territoires et auprès des travailleurs de l’artisanat minier, sans présumer que la convention les protège déjà.
Les pièces nécessaires pour mesurer la portée de la convention
La première pièce manquante est le texte intégral de la convention-cadre, avec ses annexes et les cadres harmonisés adoptés. Leur signature est annoncée [1], mais leurs clauses sur les données, la fiscalité, les différends, l’environnement ou les projets ne sont pas consultables dans cette enquête. Leur absence du dossier accessible ne prouve pas leur inexistence. Elle empêche de qualifier exactement les obligations communes et les étapes juridiques de leur application.
Il faut ensuite les budgets, les conventions de financement, les permis, les études d’impact et les contrats d’achat relatifs à chaque projet conjoint. Sans eux, impossible de passer du constat de coordination ministérielle à celui d’une exploitation confédérale en cours. Pour vérifier une transformation effective, il faudrait les capacités d’usine, les volumes traités, les fournisseurs, les emplois et les contrôles environnementaux. L’ITIE [10] donne un point de départ burkinabè, sans bilan comparatif des trois États.
Les versements aux collectivités et les conditions de travail permettraient d’établir à qui revient la valeur. Il faudra des séries compatibles pour le Mali, le Niger et le Burkina Faso avant d’attribuer un effet à l’AES.
Trois issues possibles, un critère commun de vérification
Première issue : les trois États publient leurs règles, financent des installations identifiées et suivent ensemble production, revenus, contrats locaux et impacts. Il resterait à répartir clairement charges et bénéfices si une usine est située dans un seul pays. Deuxième issue : les administrations harmonisent leurs pratiques et partagent des données, mais l’énergie, la sécurité ou les financements retardent les projets ; les mines de la SOPAMIB demeurent alors des opérations burkinabè [7, 8]. Troisième issue : la production brute progresse plus vite que la transformation et la remise en état des sites ; l’exportation augmente sans qu’un gain distribué aux riverains soit démontré.
Aucune issue n’est prédite. Au 24 septembre 2026, la convention-cadre est signée, les politiques harmonisées sont adoptées et les recommandations sur la transformation sont publiques. La preuve d’une production minière commune, de ses investissements et de ses effets sur la vie des populations reste à produire.
Sources institutionnelles et documents à vérifier
- Ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, signature et adoption du 13 août 2026 : https://www.energie-mines.gov.bf/accueil/details?cHash=aacde9b1ab92922242ba9885dac1c2cc&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=1188
- Même ministère, recommandations SAMAO 2025 : https://www.energie-mines.gov.bf/accueil/details?cHash=0ae8159272ed52589664068b8e860e61&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=918
- Même ministère, travaux préparatoires des experts AES : https://www.energie-mines.gov.bf/accueil/details?cHash=206d3a966d9e22466e164f06ac497b1d&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=1182
- Même ministère, bilan SAMAO/SEMH-AES et clôture du 18 septembre 2026 : https://www.energie-mines.gov.bf/accueil/details?cHash=958464076ad9775a38e8cd25da156aef&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=1219
- Union africaine, Africa Mining Vision, 2009 : https://au.int/sites/default/files/documents/30984-doc-africa_mining_vision_english.pdf
- Ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, liste des délégations : https://www.energie-mines.gov.bf/accueil?cHash=a089ece5fd68e08fea7f95a3dc955a16&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=1186
- Présidence du Faso, Conseil des ministres du 11 juin 2025, SOPAMIB : https://www.presidencedufaso.bf/wp-content/uploads/2025/06/CONSEIL-DES-MINISTRES-N%C2%B020-DU-11-JUIN-2025.pdf
- Ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, prêt Boungou/Wahgnion, juillet 2026 : https://www.energie-mines.gov.bf/accueil/details?cHash=34c53e957103e575d29b7acc3e0516f8&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=1155
- Même ministère, décret n° 2025-0379 du 3 avril 2025, art. 4 : https://www.energie-mines.gov.bf/fileadmin/user_upload/stockage/documents/Lois_et_textes/Mines/DECRET_N__2025_0379_Portant_Fixation_des_taux_et_modalite_de_transformation.pdf
- ITIE-BF, Rapport ITIE 2024, décembre 2025, pp. 22, 37 et 193 : https://eiti.org/document/25566
- Ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, populations riveraines, mars 2026 : https://www.energie-mines.gov.bf/accueil/details?cHash=f70a0aaf290d0c23b65e90d6f5106931&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Bnews%5D=1058

