Derrière le projet de Code, la sécurité des vols et le désenclavement

Le 10 septembre 2026, le Conseil des ministres nigérien adopte un projet d’ordonnance portant Code de l’aviation civile [1]. L’annonce rapproche normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), orientations de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et travaux de la Confédération des États du Sahel (AES). Son effet dépendra des règles publiées et de leur contrôle.

Le communiqué gouvernemental établit une décision en Conseil sur un projet ; il ne livre ni le nouveau Code intégral, ni une ordonnance signée et publiée, ni sa date d’entrée en vigueur [1]. Son ambition déclarée est de corriger des insuffisances en matière de sécurité et de sûreté aériennes. Reste à savoir quels changements relèveront de la loi, lesquels dépendront d’inspecteurs formés et comment trois échelles de coopération se combineront pour un pays sans littoral.

Le Code de 2010 précède déjà l’intégration régionale

Le droit à refondre est l’ordonnance n° 2010-023 du 14 mai 2010 [1]. Le Code, diffusé par l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC-Niger), traite notamment des vols, accidents et institutions [2]. Son article 333 crée déjà l’ANAC. La réforme remet donc en chantier une autorité existante et un Code vieux de seize ans.

L’article 91 du Code renvoie déjà, pour les enquêtes d’accident, à l’annexe 13 de la Convention de Chicago et à la réglementation communautaire [2]. Un arrêté nigérien de 2022 cite le Code national et le règlement UEMOA n° 08/2013 portant Code communautaire de l’aviation civile [5]. Cette coexistence antérieure ne prouve pas que le règlement de 2013 figure parmi les « deux Règlements et une Décision » non identifiés dans le communiqué de 2026.

L’UEMOA rappelle un Programme commun du transport aérien adopté en 2002 et une unité régionale de supervision [4]. Ces précédents ne démontrent ni conformité complète des aéroports ni disparition des difficultés de desserte. L’écart entre les textes et les moyens de contrôle reste à mesurer.

Deux projets d’ordonnance, et non une seule réforme juridique

Au point 3.1, le gouvernement annonce une refonte du Code. Il invoque l’évolution des annexes à la Convention relative à l’aviation civile internationale, plusieurs conventions de sécurité ratifiées par le Niger, deux règlements et une décision de l’UEMOA, ainsi que des audits conduits par l’OACI et l’UEMOA [1]. Il affirme que ces audits ont relevé des insuffisances de sécurité et de sûreté, sans fournir dans ce communiqué leurs dates, méthodes, constats détaillés ou plans correctifs. Il n’identifie pas non plus les trois actes UEMOA évoqués ni les dispositions du Code qui seraient modifiées.

L’AES apparaît comme un autre chantier : selon le même point, des réformes sont « en cours » pour promouvoir l’aviation et créer un espace aérien sûr, ordonné et efficace [1]. Cette formulation annonce un objectif ; elle n’établit pas qu’un nouvel espace aérien commun, une autorité AES ou des procédures harmonisées fonctionnent déjà. Les périmètres OACI, UEMOA et AES ne peuvent être fusionnés à partir de cette seule annonce.

Le point 3.2 annonce séparément un projet d’ordonnance sur l’organisation de l’ANAC-Niger [1]. Il envisage un conseil d’orientation et de contrôle, une direction générale, une supervision renforcée et une clarification de l’adoption des règlements techniques. Ces propositions se rapportent au texte sur l’agence ; rien ne permet de les attribuer article par article au projet de Code du point 3.1. Le gouvernement rappelle que l’ANAC est déjà régie par le Code de 2010 et son décret d’application n° 2010-735 du 4 novembre 2010 [1, 2]. Surtout, l’article 339 du Code de 2010 prévoyait déjà un conseil d’administration et une direction générale : l’ampleur du changement institutionnel devra être établie à partir du futur texte [2].

Des normes internationales à transformer en surveillance nationale

L’OACI élabore des normes et pratiques recommandées ainsi que des procédures de navigation, notamment dans les annexes à la Convention de Chicago [3]. Leur évolution appelle des règles et capacités nationales. Mais le communiqué n’indique ni les annexes ayant motivé la refonte ni les écarts observés par les auditeurs [1] : il ne permet pas d’annoncer quels équipements, licences ou procédures changeront.

Une autorité de contrôle a besoin d’inspecteurs qualifiés, d’accès aux dossiers et de moyens pour suivre la correction des écarts. Le projet distinct sur l’ANAC vise précisément à renforcer cette supervision [1]. Une loi peut clarifier les compétences, sans former à elle seule les inspecteurs ni financer les inspections. Règlements techniques, budgets et résultats devront être examinés.

La sécurité concerne notamment la prévention des accidents ; la sûreté, la protection contre les actes d’intervention illicite, objet de l’annexe 17 de l’OACI [2, 6]. Le communiqué cite les deux [1]. Les audits manquent pour préciser les défaillances ou mesurer une évolution au Niger.

Souveraineté aérienne : qui décide, qui contrôle, qui bénéficie ?

La coopération peut rendre les règles compatibles, mais la mise en conformité a un coût local. L’enjeu pour l’ANAC et les professionnels nigériens est de disposer des compétences, ressources et marges de décision nécessaires pour appliquer et négocier ces règles. La nomination d’organes ne suffit pas à établir ces capacités [1].

L’UEMOA souligne coûts, infrastructures insuffisantes et manque de liaisons régionales [4]. Ce diagnostic ne mesure pas les tarifs au Niger. Une meilleure conformité profitera-t-elle aux passagers, aux entreprises et aux emplois qualifiés locaux, ou les coûts limiteront-ils l’accès aux services ? Seules les données nationales permettront de répondre.

Le Niger participe à l’OACI, applique des textes UEMOA et travaille dans l’AES ; le communiqué cite ces cadres sans expliquer l’articulation de leurs calendriers ou compétences [1]. Des procédures lisibles seront nécessaires au contrôleur, au transporteur et au passager.

La souveraineté opérationnelle suppose aussi de former inspecteurs et enquêteurs, de conserver les dossiers et de financer la surveillance. Le Code de 2010 prévoyait déjà l’enquête technique [2]. La comparaison des projets, puis des effectifs et pratiques de l’ANAC, permettra de mesurer la rupture réelle.

Quels textes et rapports manquent pour mesurer la refonte ?

Première pièce : l’ordonnance signée portant nouveau Code, sa publication et ses dispositions transitoires, ainsi que la version finale du projet ANAC. Sans ces documents, impossible d’établir quelles règles de 2010 sont abrogées, quels pouvoirs sont transférés, quelles exigences deviennent opposables ou à partir de quelle date [1, 2]. Une adoption de projet en Conseil ne se confond pas avec l’application d’un nouveau Code.

Deuxième pièce : les références des annexes et conventions OACI, les numéros des deux règlements et de la décision UEMOA mentionnés, et un tableau reliant chaque écart juridique à une disposition proposée. Le règlement UEMOA de 2013 cité dans un arrêté nigérien atteste une base régionale, mais ne permet pas d’identifier les trois actes non numérotés du communiqué [1, 5]. Publier cette correspondance aiderait à comprendre les choix nationaux et les obligations communautaires invoquées.

Troisième pièce : les rapports ou résumés des audits OACI et UEMOA invoqués par l’exécutif, avec dates, constats, réponses et état d’exécution. Le communiqué affirme leur existence et leurs conclusions générales [1], mais ne fournit aucun résultat exploitable pour attribuer une faiblesse précise au Code ou distinguer un manque de droit d’un manque de moyens. Les documents de formation, budgets et rapports de surveillance de l’ANAC permettraient ensuite de vérifier si la réforme accroît une capacité réelle.

Quatrième pièce : les textes ou décisions de l’AES relatifs à l’aviation. La formule « réformes en cours » ne décrit ni instance créée, ni territoire couvert, ni droits accordés aux compagnies [1]. Sans ces pièces, l’article peut suivre un objectif politique, mais pas attester un espace aérien intégré ni chiffrer les effets futurs sur les liaisons.

Après le Conseil, l’épreuve du terrain

Un premier scénario verrait le Niger publier un Code précis et une ordonnance ANAC cohérente, puis former et équiper les équipes chargées des inspections. La conformité serait appréciée à partir des écarts corrigés et des contrôles effectués, pas de la seule promulgation. La coopération avec l’OACI et l’UEMOA pourrait alors fournir des méthodes et des relais, sous réserve que les administrations nigériennes conservent leur capacité de décision.

Un deuxième scénario serait surtout documentaire : deux textes publiés, mais des règlements d’application tardifs, des audits sans suivi accessible ou une agence dépourvue de ressources suffisantes. Cette possibilité ne constitue pas un constat sur l’ANAC actuelle ; elle définit ce qu’il faudra vérifier avant d’attribuer une amélioration de la sécurité à la réforme. Un troisième scénario ajouterait des démarches AES sans articulation explicite avec les règles UEMOA : la difficulté se lirait dans les procédures appliquées par les opérateurs et les autorités, pas dans l’existence simultanée des organisations.

Au 24 septembre 2026, les faits établis sont l’annonce de deux projets d’ordonnance distincts et les motifs que leur donne le gouvernement [1]. Le Code de 2010 et des instruments régionaux existaient déjà [2, 5]. La sécurité des vols, la sûreté et le désenclavement dépendront des textes définitifs, de l’application des recommandations d’audit et des moyens humains et financiers effectivement engagés.

Sources du droit aérien et des annonces régionales

[1] Gouvernement du Niger, Conclusions du Conseil des ministres du 10 septembre 2026, points 3.1 et 3.2 : https://www.gouv.ne/index.php/les-communiques-du-gouvernement/1303-conclusions-du-conseil-des-ministres-du-jeudi-10-septembre-2026.

[2] République du Niger, ordonnance n° 2010-023 du 14 mai 2010 portant Code de l’aviation civile, copie mise à disposition par l’ANAC, notamment articles 91, 333 et 339 : https://anac.ne/wp-content/uploads/2024/02/Code-de-lAviation-Civile.pdf.

[3] OACI, How ICAO Develops Standards, présentation institutionnelle des normes et pratiques recommandées et de leurs annexes : https://www.icao.int/how-icao-develops-standards.

[4] Commission de l’UEMOA, panorama des infrastructures et du transport aérien et rappel du Programme commun du transport aérien : https://e-docucenter.uemoa.int/fr/24-amenagement-du-territoire-infrastructures-et-transports.

[5] Ministère nigérien des Transports, arrêté n° 00190 du 22 novembre 2022 relatif au Bureau Enquêtes-Accidents, préambule citant le Code nigérien de 2010 et le règlement UEMOA n° 08/2013 : https://anac.ne/wp-content/uploads/2023/02/Arrete-n000190MTSGANACDGDTA.pdf.

[6] OACI, présentation de l’annexe 17 sur la protection de l’aviation civile contre les actes d’intervention illicite : https://www.icao.int/aviation-security-policy-section/Annex17.

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