Un deuxième cycle de recherches se prépare, mais les lauréats ne sont pas encore connus
L’initiative ANeSA — Addressing Neglected Areas of Sexual and Reproductive Health and Rights in Sub-Saharan Africa — prépare une deuxième cohorte de projets de recherche appliquée consacrés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs en Afrique subsaharienne. Le nouvel appel prévoit jusqu’à six subventions pouvant atteindre 1,2 million de dollars canadiens chacune, pour des recherches pouvant durer jusqu’à 36 mois.
Une précision temporelle est indispensable : au 19 septembre 2026, ces six nouveaux projets ne sont pas encore sélectionnés. L’appel à lettres d’intérêt, lancé le 29 juin, s’est clôturé le 23 août. Jusqu’à douze équipes doivent être retenues pour passer à la seconde phase ; la notification est annoncée pour le 18 décembre 2026. Les décisions finales de financement ne sont prévues que pour le 21 juillet 2027.
Parler aujourd’hui de « nouvelles recherches africaines » désigne donc deux réalités différentes : huit projets de première cohorte fonctionnent déjà depuis 2025, tandis qu’une nouvelle série est en cours de sélection. Confondre les deux conduirait à présenter des financements futurs comme déjà attribués.
Un programme canadien de 29,9 millions construit autour d’équipes africaines
ANeSA représente un engagement annoncé de 29,9 millions de dollars canadiens sur sept ans, financé conjointement par le Centre de recherches pour le développement international, les Instituts de recherche en santé du Canada et Affaires mondiales Canada. Le dispositif court de juin 2024 à mars 2031.
Le gouvernement canadien avait présenté en septembre 2024 sa contribution comme un soutien à des recherches conduites avec des organismes africains, des organisations de la société civile et des institutions de politique sanitaire, en partenariat avec des chercheurs canadiens.
Les cinq champs retenus sont clairement délimités : planification familiale et contraception ; accès à l’avortement sécurisé lorsqu’il est légal et soins post-avortement ; santé sexuelle et reproductive des adolescents ; prévention des violences sexuelles et fondées sur le genre et prise en charge des personnes concernées ; enfin, mobilisation des connaissances et plaidoyer en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs.
Ces priorités interviennent dans un contexte sanitaire documenté. Les estimations internationales publiées en 2025 indiquent que l’Afrique subsaharienne concentrait environ 70 % des décès maternels mondiaux en 2023. L’OMS relève également que cette région reste celle où le taux de natalité chez les adolescentes est le plus élevé. Ces statistiques régionales n’établissent pas quelles interventions ANeSA seront efficaces ; elles montrent pourquoi les questions étudiées constituent un enjeu sanitaire majeur.
Il serait néanmoins erroné de présenter cet agenda comme une construction exclusivement canadienne transplantée en Afrique. Le Protocole de Maputo reconnaît notamment des droits relatifs à la santé sexuelle et reproductive et à l’autonomie reproductive des femmes, tandis que le Plan d’action de Maputo 2016-2030 constitue un cadre continental africain pour l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive.
Huit projets montrent déjà ce que signifie la « recherche d’implémentation »
La première cohorte fournit un aperçu concret de la méthode. Huit équipes ont été retenues pour des travaux devant se dérouler entre 2025 et le début de 2028. Chaque équipe est dirigée par un chercheur installé en Afrique subsaharienne et associe une organisation locale de la société civile, un responsable susceptible d’agir sur les politiques ou les services et un chercheur rattaché à une institution canadienne.
Les projets concernent les besoins reproductifs d’adolescents en milieu rural au Nigeria, le mariage forcé des adolescentes au Turkana au Kenya, l’éducation à la santé reproductive d’enfants et adolescents au Ghana, la lutte contre la traite sexuelle au Sénégal, deux recherches en Ouganda portant respectivement sur la planification familiale et les soins post-avortement ainsi que sur les adolescents réfugiés et leurs familles, et deux travaux au Burkina Faso concernant les adolescentes en contexte humanitaire et les femmes migrantes ou déplacées internes vivant dans des quartiers informels.
Cette première géographie mérite attention. Les huit recherches sont réparties dans seulement six pays : Burkina Faso, Ghana, Kenya, Nigeria, Ouganda et Sénégal. Elles ne constituent donc pas un échantillon représentatif de toute l’Afrique subsaharienne et ne couvrent encore ni l’ensemble de l’Afrique centrale ni l’ensemble de l’Afrique australe.
Deux institutions africaines assurent parallèlement des fonctions régionales de mise en réseau, de formation et de mobilisation des connaissances : l’African Health Economics and Policy Association, au Ghana, pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, et l’African Population and Health Research Center, au Kenya, pour l’Afrique orientale et australe.
Le travail de ces structures ne se limite pas au financement. En 2026, l’APHRC a par exemple organisé des travaux sur le consentement éclairé et la sensibilité culturelle dans les recherches impliquant des adolescents, tandis que l’AfHEA a réuni chercheurs et acteurs publics autour de la transformation des résultats de recherche en politiques et pratiques.
Une direction africaine réelle, mais dans une architecture fixée par les bailleurs
Le nouvel appel impose que le demandeur principal soit un chercheur africain, citoyen ou résident permanent d’un pays d’Afrique subsaharienne, occupant un poste dans une institution africaine située dans l’un des 41 pays admissibles. L’institution doit posséder une existence juridique indépendante et être capable d’administrer les fonds.
Mais la composition de l’équipe n’est pas laissée entièrement libre. Quatre fonctions sont obligatoires : le chercheur principal africain ; un responsable d’une organisation locale de la société civile ; un décideur local, régional ou national capable de favoriser l’utilisation des résultats ; et un chercheur indépendant rattaché à une institution canadienne. Dans les recherches concernant plusieurs États africains, un représentant admissible de la société civile et un décideur sont requis dans chacun des pays concernés.
Ce montage établit donc une forme de leadership africain institutionnellement encadré. Le chercheur principal doit être africain et installé sur le continent, mais une équipe ne peut accéder au financement sans partenaire de recherche canadien. Il serait excessif d’en déduire que le partenaire canadien contrôle le projet : les documents n’établissent pas une telle hiérarchie. Mais il serait tout aussi inexact de présenter le dispositif comme une autonomie scientifique africaine complète, puisque la participation canadienne constitue une condition d’éligibilité.
Le cadre méthodologique est également prédéfini. Les candidats doivent inscrire leurs travaux dans les cinq priorités ANeSA et adopter une approche dite transformatrice de genre, intégrant les rapports de pouvoir, les normes sociales et les facteurs intersectionnels. Les propositions qui ne prennent pas le genre en considération ne sont pas financées.
Cela signifie que l’autonomie des équipes se déploie à l’intérieur d’un cahier des charges fixé par le programme. Cette situation est courante dans les appels de recherche financés : elle n’établit pas en elle-même que les problématiques locales seraient ignorées. Le véritable test consistera à examiner, projet par projet, qui définit les questions de recherche, qui contrôle leur mise en œuvre et qui décide de l’utilisation finale des résultats.
La société civile africaine obtient une place inhabituelle dans la gouvernance des projets
Le dispositif comporte sur ce point des dispositions particulièrement concrètes.
Le document d’appel précise que le représentant de l’organisation de la société civile partage la responsabilité intellectuelle et la propriété des données, des connaissances et des productions issues de la recherche.
Le budget doit en outre réserver au minimum 250 000 dollars canadiens aux activités des organisations de la société civile liées au plaidoyer et aux mécanismes de responsabilité. Dans les projets plurinationaux, ce montant constitue le minimum à répartir entre les organisations participantes et peut être dépassé lorsqu’une justification scientifique le prévoit.
Cette disposition est stratégique. Dans de nombreux programmes internationaux, les communautés peuvent être réduites au rôle de populations interrogées ou de bénéficiaires finales. ANeSA impose au contraire la présence d’une organisation locale dès la gouvernance scientifique et prévoit une enveloppe spécifique pour son activité.
Cela ne suffit cependant pas à démontrer une égalité complète entre partenaires. Les documents publics consultés ne donnent pas, pour les futurs projets, la ventilation finale des budgets entre l’institution africaine porteuse, l’organisation de la société civile, le partenaire canadien et les autres acteurs. Ils ne permettent donc pas encore de calculer quelle proportion globale des financements restera effectivement administrée par des institutions africaines.
L’appel impose aussi d’associer les communautés aux besoins en données, aux stratégies de gestion de ces données et à la traduction des résultats. Les chercheurs doivent expliquer comment leurs travaux influenceront les pratiques, les politiques publiques, le plaidoyer et les mécanismes de responsabilité.
Les travaux déjà conduits par l’APHRC insistent eux-mêmes sur la « co-création » : adolescents, soignants, familles ou responsables publics sont présentés comme des partenaires de production de connaissances plutôt que comme de simples sujets d’étude. Il s’agit de l’approche revendiquée par le programme ; son application effective devra être vérifiée sur le terrain.
Des lacunes géographiques et une contradiction documentaire restent ouvertes
Plusieurs éléments demeurent à confirmer.
Le premier concerne la deuxième cohorte elle-même. Les noms des équipes candidates ne sont pas publiés dans les sources examinées, pas plus que leur répartition géographique. On ignore donc encore si ce second cycle corrigera la concentration observée dans les six pays de la première cohorte.
Le deuxième porte sur la sélection. Jusqu’à douze candidats pourront recevoir une aide de préparation pouvant atteindre 50 000 dollars canadiens afin de développer leur proposition complète, mais seulement six nouveaux projets au maximum sont annoncés comme susceptibles d’obtenir ensuite jusqu’à 1,2 million de dollars. Ces plafonds ne sont pas des sommes déjà engagées ou décaissées.
Une divergence apparaît également entre deux documents officiels. En juin 2025, le CRDI indiquait qu’ANeSA financerait jusqu’à 16 équipes de recherche d’implémentation réparties en deux cohortes. Le nouvel appel de 2026 indique pourtant huit équipes déjà financées dans la première cohorte et jusqu’à six nouvelles équipes dans la seconde, soit quatorze équipes distinctes au maximum selon cette architecture. Il prévoit parallèlement jusqu’à quatre « Synergy Grants » destinés aux équipes existantes de la première cohorte.
Les documents consultés n’expliquent pas si l’objectif initial de seize équipes a été révisé, si d’autres financements sont prévus ou si la formulation de 2025 utilisait un périmètre différent. Cette différence doit donc rester une zone d’incertitude documentaire, et non être artificiellement réconciliée.
Enfin, les règles publiques de l’appel ne suffisent pas à établir l’ensemble des droits contractuels concernant la propriété intellectuelle, la publication ou la réutilisation de toutes les données. La mention explicite de copropriété au profit des organisations de la société civile est documentée ; il serait en revanche prématuré d’en déduire tout le régime juridique applicable aux futurs résultats.
Pour la souveraineté sanitaire africaine, le test sera l’après-subvention
Pour l’Afrique, l’intérêt stratégique d’ANeSA ne peut pas être mesuré uniquement au nombre de publications ou au montant des subventions. Une recherche financée de l’extérieur peut produire un bénéfice durable lorsque les compétences méthodologiques, les bases de données, les réseaux professionnels et les capacités d’influence restent utilisables localement après le financement.
Le programme prévoit précisément le renforcement des capacités, la mobilisation des données et l’intégration de décideurs dès la conception des travaux. Les deux organismes africains de politique et de recherche doivent également faciliter l’apprentissage entre projets et la circulation régionale des résultats.
Mais la souveraineté scientifique nécessite aussi de regarder le financement national. Tant que les institutions africaines dépendent majoritairement de concours internationaux pour mener certaines recherches stratégiques, l’agenda reste exposé aux priorités, calendriers et méthodes des bailleurs. ANeSA contient des mécanismes qui accroissent la direction africaine ; il ne supprime pas cette dépendance financière structurelle.
Inversement, réduire le programme à un instrument extérieur ignorerait deux faits : le demandeur principal doit être africain et des cadres normatifs africains sur la santé reproductive existaient bien avant ANeSA. Le Protocole et le Plan d’action de Maputo constituent notamment des références continentales autonomes sur lesquelles les États africains ont construit leurs propres engagements.
La question pertinente est donc moins de choisir entre « projet africain » et « projet canadien » que de mesurer où se situent concrètement le pouvoir scientifique, les ressources, les données et la capacité de transformer les résultats en politiques publiques.
De décembre 2026 à juillet 2027, quatre étapes permettront de juger le deuxième cycle
La première échéance est fixée au 18 décembre 2026, lorsque les candidats invités à préparer une proposition complète doivent être informés. Un atelier de développement est ensuite programmé du 9 au 11 février 2027, l’appel complet devant être lancé le 12 février. La date limite est fixée au 2 mai, avant les décisions finales du 21 juillet 2027.
Si la seconde cohorte élargit réellement la couverture vers les régions aujourd’hui peu représentées, elle pourrait accroître la diversité des données disponibles et permettre des comparaisons plus pertinentes entre systèmes de santé. Cela reste un scénario, puisque la géographie des candidatures retenues n’est pas encore connue.
Un autre scénario serait celui d’une concentration persistante dans les institutions déjà bien connectées aux réseaux internationaux. L’obligation de trouver un partenaire canadien peut favoriser la collaboration scientifique, mais elle pourrait aussi désavantager les équipes africaines disposant de moins de relations extérieures. Les informations disponibles ne permettent pas encore de mesurer cet éventuel effet de sélection.
La troisième interrogation concernera les politiques publiques. ANeSA exige qu’un décideur participe à chaque équipe, ce qui peut faciliter l’utilisation des résultats. Mais la présence d’un décideur dans un consortium ne garantit ni l’adoption d’une politique ni son financement.
Le véritable bilan ne pourra donc intervenir qu’après confrontation entre trois niveaux : les recherches effectivement sélectionnées, les résultats qu’elles produiront et les changements de services ou de politiques auxquels ces résultats auront réellement contribué.
Les documents qui permettent de suivre ANeSA
Le socle documentaire principal est constitué par la page institutionnelle d’ANeSA et par l’appel détaillé de la deuxième cohorte du CRDI. Ils établissent le budget général, les critères d’admissibilité, la composition obligatoire des équipes, les priorités scientifiques, le calendrier et les règles budgétaires.
Les publications du CRDI sur la première cohorte documentent les huit recherches déjà sélectionnées et les deux organisations africaines de politique et de recherche. Les travaux de l’AfHEA et de l’APHRC permettent de suivre la mise en œuvre africaine, notamment la traduction des connaissances, la co-création et les questions éthiques entourant les recherches avec les adolescents.
Les données de l’OMS et des organismes du système des Nations unies fournissent le contexte sanitaire régional, tandis que les documents de l’Union africaine permettent de distinguer les objectifs propres au financement canadien des engagements africains déjà inscrits dans le Protocole et le Plan d’action de Maputo.

