Vingt-cinq millions de reais, une sélection encore en cours

Le Brésil a ouvert, le 25 mai 2026, l’appel CNPq/MCTI nº 15/2026 du Programme de coopération afro-brésilienne en science et technologie, PROAFRICA. Avec une enveloppe annoncée de 25 millions de reais, il vise des recherches conjointes et la circulation des chercheurs entre institutions brésiliennes et africaines.

Au 18 septembre, la page officielle, actualisée le 1er septembre, classe l’appel en phase d’analyse. Les candidatures ont fermé le 31 août. L’existence du dispositif est donc documentée ; les publications consultées ne permettent pas encore d’identifier les équipes définitivement retenues ni de certifier les décaissements.

La question dépasse le montant affiché : comment les partenaires africains participeront-ils à la définition des recherches, à leur réalisation et à l’utilisation des résultats ? Un financement de coopération et un partage effectif des responsabilités scientifiques doivent être examinés séparément.

Un programme créé en 2004, une histoire à distinguer du bilan actuel

Les archives du Conseil national de développement scientifique et technologique, le CNPq, rattachent la création de PROAFRICA à une proposition présentée en décembre 2003 lors d’une réunion ministérielle de la Communauté des pays de langue portugaise. L’instrument a été institué par l’arrêté ministériel nº 363 du 22 juillet 2004.

Pour la période 2005–2010, ces archives recensent cinq appels, 190 projets financés et environ 9,55 millions de reais. Ce décompte concerne une période ancienne : il n’est ni le bilan cumulé jusqu’en 2026 ni une mesure des effets scientifiques durables. Comparer directement cette somme nominale à l’enveloppe actuelle ne suffirait pas à mesurer une augmentation réelle des moyens.

Dans sa présentation de juin 2026, l’Université fédérale du Pará décrit des objectifs de solutions communes, de partage des ressources scientifiques et de visibilité internationale des travaux. Ce sont des objectifs annoncés. Leur réalisation demandera des données propres aux projets, au-delà de l’existence administrative du programme.

Trois voies de financement et des déplacements dans les deux sens

L’architecture financière distingue trois catégories. Les réseaux thématiques consolidés disposent d’une enveloppe estimée de 13 millions de reais, avec un plafond d’un million par projet. Les réseaux émergents et les projets bilatéraux disposent chacun de six millions, avec un plafond de 400 000 reais par projet. Ces plafonds ne constituent pas des attributions automatiques.

Les crédits proviennent du Fonds national de développement scientifique et technologique, le FNDCT : 12,5 millions de reais pour les bourses et autant pour les dépenses de fonctionnement. Leur libération reste conditionnée aux disponibilités budgétaires et financières.

Les domaines admissibles vont de l’environnement à l’agriculture, de l’énergie à la santé, en passant par la technologie et les sciences sociales et culturelles. Sont notamment mentionnés la gestion de l’eau, les techniques après récolte, les maladies tropicales, l’intelligence artificielle appliquée et les études afro-brésiliennes. Cette liste définit des possibilités de candidature, pas des réalisations déjà financées.

La mobilité n’est pas conçue dans un seul sens : des chercheurs brésiliens peuvent travailler dans des pays africains et des chercheurs africains au Brésil. L’analyse devra toutefois distinguer cette réciprocité prévue de sa répartition effective : nombre de séjours, durée, responsabilité scientifique et ressources accessibles dans chaque institution.

Une gestion brésilienne ne dit pas tout du partage scientifique

Les candidatures sont portées par des chercheurs titulaires d’un doctorat et liés à une institution brésilienne, en partenariat avec des établissements africains. Le centre administratif du dispositif est donc situé au Brésil, sans que cela détermine à lui seul la contribution intellectuelle de chaque partenaire.

La foire aux questions précise que des consommables et des prestations ponctuelles peuvent être achetés à l’étranger lorsqu’ils sont nécessaires et justifiés. Le coordinateur brésilien gère ces paiements et doit en rendre compte. Il ne s’agit donc pas d’une enveloppe librement transférée aux gouvernements africains.

Cette organisation conduit à une question d’investigation : comment les décisions de dépense sont-elles prises entre les équipes ? Pour y répondre, il faudrait examiner les accords propres aux projets, les responsabilités de chaque laboratoire et les possibilités de révision du programme de travail. La localisation du gestionnaire ne prouve ni un partenariat déséquilibré ni une égalité effective entre établissements.

Le partage des résultats appelle un examen distinct. La recommandation de l’UNESCO sur la science ouverte, adoptée en novembre 2021, défend un accès équitable aux connaissances tout en reconnaissant la protection des données personnelles et les droits des détenteurs de savoirs autochtones. Ce cadre permet de poser des questions sur l’accès aux données, leur réutilisation et la reconnaissance des contributions ; il ne certifie pas les pratiques de PROAFRICA.

Pour une recherche hypothétique portant sur des savoirs traditionnels, publier davantage ne suffirait ainsi pas à établir que les communautés concernées décident de l’usage de leurs connaissances. Il faudrait connaître les conditions de participation, les autorisations et les règles de partage des bénéfices. Cette grille d’examen s’appuie sur les principes de gouvernance des connaissances rappelés par l’UNESCO, non sur un différend documenté dans le programme.

Les priorités africaines ne se résument pas à accueillir des missions

L’appel réserve au moins 10 % des ressources à des projets associant des institutions liées à l’Union africaine. Cette disposition comporte une exception : faute de propositions qualifiées suffisantes, les crédits peuvent être réaffectés. Elle n’équivaut ni à un versement direct à l’Union africaine ni à une cogestion générale du programme.

Le rapprochement thématique avec les priorités continentales peut, en revanche, être constaté. L’Union africaine présente sa stratégie STISA 2034 autour de la recherche, des compétences et des partenariats, notamment dans l’agriculture, la santé, les technologies de l’information, l’énergie et l’environnement. La convergence de domaines avec PROAFRICA est une lecture comparative ; elle ne démontre pas l’adoption d’un programme commun entre les deux institutions.

Pour apprécier les conséquences en Afrique, le suivi pourrait porter sur la capacité des équipes à proposer leurs propres questions, à conduire les analyses et à conserver l’accès aux outils après les échanges. Ces critères éclaireraient le partage des responsabilités sans présumer que tous les établissements africains ont les mêmes besoins.

La dimension diasporique figure aussi parmi les objets de recherche : études afro-brésiliennes, patrimoine, linguistique et éducation. L’Université de l’intégration internationale de la lusophonie afro-brésilienne, l’Unilab, a relayé l’appel en juillet. Cette diffusion documente une information universitaire, pas l’attribution d’un financement à l’établissement ni la représentation effective de communautés afrodescendantes dans les projets.

Une divergence de rédaction et des bénéficiaires encore à identifier

Un écart mérite d’être signalé. Le point 6.6 de l’appel prévoit, pour les réseaux A et B, le Brésil et au moins deux pays africains. Le point 2.2 de la foire aux questions évoque pourtant trois pays africains ou davantage, tout en y incluant le Brésil. Le présent article retient la formulation explicite de l’appel ; une clarification du CNPq permettrait de lever cette incohérence documentaire.

Les pièces publiques examinées ne fournissent pas encore une répartition définitive par pays, université ou discipline. Elles ne permettent pas non plus de chiffrer les sommes effectivement reçues par les partenaires africains. Cette limite concerne le corpus consulté ; elle n’exclut pas des travaux d’évaluation en cours. La page de suivi affiche précisément une procédure en analyse.

D’autres informations seront déterminantes : les contributions propres des établissements, les frais réellement supportés, les conditions d’accès aux équipements et les accords relatifs aux résultats. Sans ces éléments, annoncer des brevets, des emplois ou une autonomie technologique déjà obtenus dépasserait les preuves disponibles.

Les décisions annoncées pour la fin de 2026 ouvriront un autre examen

Le calendrier prévoit l’évaluation en septembre et octobre, des résultats préliminaires à partir d’octobre et une décision finale d’ici décembre 2026. Ces dates sont celles annoncées par l’appel, non la garantie que chaque étape sera exécutée sans modification.

La durée initiale maximale prévue atteint trente-six mois pour les réseaux et vingt-quatre mois pour les projets bilatéraux, avec possibilité de prolongation. L’évaluation des conséquences ne pourra donc pas se limiter à la publication des bénéficiaires.

Un premier scénario serait celui de collaborations poursuivies après les mobilités : méthodes partagées, analyses réalisées dans plusieurs établissements et nouvelles recherches préparées conjointement. Un autre serait celui d’échanges ponctuels, sans continuité au-delà du financement. Les documents disponibles ne permettent pas de déterminer quelle trajectoire prévaudra.

Dans un projet agricole hypothétique, une publication conjointe et une méthode effectivement utilisable par une équipe locale constitueraient deux résultats distincts. Les mesurer séparément éviterait de confondre production académique et application pratique. De même, un déplacement financé renseignerait la mobilité, mais pas, à lui seul, l’acquisition d’une compétence.

Des règles publiques disponibles, pas encore une évaluation des effets

Le socle documentaire repose sur l’appel nº 15/2026, sa foire aux questions du 25 mai et la page de suivi actualisée le 1er septembre. Leur confrontation permet d’examiner les engagements annoncés et de relever les écarts de rédaction.

Les présentations du CNPq, de l’Université fédérale du Pará et de l’Unilab éclairent le dispositif et sa diffusion ; elles ne constituent pas des évaluations indépendantes de ses résultats. Les archives historiques renseignent la première période du programme, tandis que les publications de l’Union africaine et de l’UNESCO apportent des cadres de comparaison.

Au 18 septembre 2026, la conclusion reste délimitée : PROAFRICA possède un cadre de financement documenté, des catégories d’intervention et des modalités de coopération. L’exécution financière, le partage concret des responsabilités et les effets pour les partenaires africains restent à documenter.


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