Le nouveau guichet lituanien de cofinancement peut financer des partenariats commerciaux dans les pays en développement, dont le Kenya. Il ne réserve aucun quota à Nairobi, mais s’inscrit dans une relation déjà nourrie par des projets GovTech, climat-tech, entrepreneuriat et coopération entre chambres de commerce.

Le guichet 2026 ouvre une voie commerciale, mais il n’est pas réservé au Kenya

Le 24 juin 2026, la Central Project Management Agency (CPVA) a ouvert le nouvel appel du Business Partnerships Programme in Developing Countries, financé par le Fonds lituanien de coopération au développement et d’aide humanitaire. L’enveloppe indicative atteint 600 000 euros. Les concepts d’affaires devaient être déposés avant le 10 septembre 2026 à 17 heures, heure lituanienne, dans une procédure en deux étapes : d’abord une note de concept, puis une demande complète pour les candidats retenus.

Le programme vise les partenariats entre entreprises lituaniennes et entreprises établies dans des pays en développement. Il peut financer la recherche de partenaires, les études de faisabilité, les plans d’affaires, les études environnementales et sociales, le développement ou le déploiement d’innovations, des projets pilotes, la formation de travailleurs locaux ou encore l’expansion d’une activité existante. Chaque projet peut recevoir jusqu’à 300 000 euros, avec un taux maximal de 70 % des dépenses éligibles pour une PME et de 50 % pour une grande entreprise.

Le Kenya n’est cependant ni nommé comme bénéficiaire prioritaire ni doté d’une enveloppe propre. Son éligibilité découle du fait qu’il figure sur la liste du Comité d’aide au développement de l’OCDE. Le titre du référentiel doit donc être lu correctement : la Lituanie crée un instrument général auquel des partenariats lituano-kényans peuvent accéder ; elle ne lance pas un fonds bilatéral spécifiquement consacré au Kenya.

Un mécanisme d’amorçage plus qu’un grand fonds d’investissement

L’architecture financière révèle la nature réelle du dispositif. Avec 600 000 euros au total et un plafond de 300 000 euros par projet, le programme ne peut pas être assimilé à un véhicule massif d’investissement en Afrique. À plafond maximal, deux projets suffiraient à consommer toute l’enveloppe. En pratique, la répartition pourra être plus diffuse selon le nombre de dossiers, les montants demandés et les décisions de sélection.

Le dispositif est conçu pour réduire plusieurs coûts d’entrée qui freinent les PME : identifier un partenaire fiable, tester une solution, réaliser une étude de faisabilité, structurer un modèle économique ou financer un premier pilote. Cette logique peut être stratégique pour des entreprises qui disposent d’une technologie ou d’un savoir-faire mais n’ont pas encore la taille nécessaire pour supporter seules le risque d’un développement commercial dans un marché africain.

Il faut néanmoins distinguer cofinancement public et investissement privé effectivement mobilisé. L’existence du guichet ne prouve ni la sélection d’un projet au Kenya, ni un décaissement, ni l’arrivée de capitaux productifs. Au 15 septembre 2026, la page officielle du programme confirme la clôture de la première étape le 10 septembre, mais ne publie pas encore de liste de concepts retenus pour le volet général des pays en développement.

Le Kenya dispose déjà d’un socle de coopération économique et technologique avec la Lituanie

Le nouveau programme arrive sur un terrain qui n’est pas vierge. Le portail officiel de la coopération lituanienne recense au Kenya des projets dans la numérisation, l’innovation, l’entrepreneuriat et l’agriculture. Le projet de co-création GovTech, financé à hauteur d’environ 89 972 euros, a relié acteurs publics et écosystèmes technologiques des deux pays. Un accélérateur climat-tech a reçu environ 67 313 euros et a accompagné dix start-up kényanes, organisé des rencontres avec des partenaires lituaniens et conduit une délégation au Startup Fair Lithuania.

D’autres initiatives ont renforcé les compétences entrepreneuriales et numériques. DigitalHER Kenya a ciblé les jeunes femmes ; le programme Skills4Women&Youth, porté par la Chambre de commerce, d’industrie et des métiers de Vilnius avec la Kenya National Chamber of Commerce and Industry, dispose d’un budget supérieur à 110 000 euros. En mars 2026, la diplomatie lituanienne indiquait que sept projets avaient reçu au total 551 000 euros au Kenya entre 2023 et 2026.

Ces projets ne constituent pas juridiquement la première édition du Business Partnerships Programme 2026. Ils montrent toutefois qu’un réseau opérationnel existe déjà : chambres de commerce, accélérateurs, institutions numériques, universités, start-up et administrations. Le nouveau guichet peut donc s’appuyer sur des relations et des partenaires déjà testés, ce qui réduit une partie du risque de prospection.

Mars 2026 marque un passage de la coopération de projet à une relation économique plus structurée

Les premières consultations politiques lituano-kényanes se sont tenues à Nairobi le 25 mars 2026. Le vice-ministre lituanien des Affaires étrangères Vidmantas Verbickas a présenté le Kenya comme un partenaire africain important, doté d’un secteur privé dynamique et d’une stratégie de transformation numérique. Les discussions ont porté sur l’expansion de la coopération économique, la numérisation, la cyber-résilience, les compétences et la création de liens entre entreprises, science et écosystèmes d’innovation.

La veille, la conférence de clôture du projet consacré à l’entrepreneuriat féminin et à la littératie numérique avait fourni un résultat quantifié : 478 petites entreprises directement formées et 138 points de formation établis dans les 47 comtés du Kenya. La même séquence a rapproché les chambres de commerce des deux pays. La KNCCI a annoncé un accord avec la chambre de Vilnius et la préparation d’une place de marché virtuelle destinée à faciliter les connexions entre entreprises kényanes et lituaniennes.

Le ministère lituanien a également indiqué que les entreprises lituaniennes avaient vendu pour 10,35 millions d’euros de services au Kenya en 2024. Ce chiffre ne doit pas être confondu avec le commerce bilatéral total, mais il confirme l’existence d’un flux commercial déjà mesurable. Le programme 2026 intervient donc au moment où la relation tente de passer de projets ponctuels de développement à des partenariats davantage orientés vers le marché.

Numérique, climat-tech et agri-tech offrent des terrains de continuité, sans préjuger des lauréats

Les secteurs déjà expérimentés donnent une indication des complémentarités possibles. Le Kenya dispose d’un écosystème technologique reconnu, d’une forte diffusion des services numériques et d’un tissu de start-up ; la Lituanie cherche de son côté à internationaliser ses entreprises dans le numérique, les technologies publiques, la cybersécurité et l’innovation. Les précédents GovTech et climat-tech montrent que des équipes des deux pays savent déjà travailler sur des pilotes et des transferts de savoir-faire.

L’agriculture constitue un deuxième axe plausible. Le portail lituanien recense un projet EduTech destiné à renforcer les connaissances de jeunes agriculteurs kényans sur les pratiques durables et les possibilités d’agrobusiness. Le nouveau programme peut financer des démonstrateurs, des formations de travailleurs locaux et le déploiement d’innovations : ce sont précisément des formats adaptés à l’expérimentation de solutions agricoles, énergétiques ou numériques avant un investissement plus lourd.

Mais ces convergences restent des possibilités, non la liste des futurs bénéficiaires. Aucune source publique consultée ne permet d’affirmer qu’un projet kényan a franchi la première étape du K2, ni que Nairobi concentrera une part déterminée des 600 000 euros. Le programme est compétitif et ouvert à l’ensemble des pays éligibles ; le Kenya devra donc convertir son capital relationnel en dossiers suffisamment solides pour être sélectionnés.

Pour le Kenya, le test décisif sera la création de valeur locale et le partage du pouvoir économique

L’intérêt africain du dispositif ne peut pas être mesuré seulement au nombre d’entreprises lituaniennes qui trouvent un nouveau marché. Les lignes directrices lituaniennes 2026-2030 affirment vouloir s’éloigner d’un modèle classique donateur-bénéficiaire au profit de partenariats mutuellement avantageux, de co-création et de résilience. Le programme d’affaires sera donc jugé sur sa capacité à transformer cette doctrine en règles concrètes de partenariat.

Pour le Kenya, plusieurs critères sont déterminants : place réelle de l’entreprise locale dans la gouvernance du projet, transfert de compétences, création d’emplois à valeur ajoutée, accès aux données et aux technologies, localisation d’une partie des activités, capacité à lever ensuite des financements plus importants et conservation d’un pouvoir de décision après la fin de la subvention. Un partenaire kényan réduit à un rôle commercial ou logistique ne matérialiserait pas l’ambition d’égalité annoncée.

La propriété intellectuelle, les données et les conditions de sortie devront également être surveillées. Le programme finance le développement et l’expansion d’innovations ; or la valeur créée peut se concentrer dans le détenteur de la technologie, même lorsque le pilote est réalisé en Afrique. La souveraineté économique suppose donc d’observer qui possède les actifs, qui maîtrise les données, où sont enregistrés les revenus et quelles compétences restent dans l’écosystème kényan.

Le programme s’inscrit aussi dans la stratégie lituanienne Global Gateway

La création du guichet dépasse la seule relation avec Nairobi. En novembre 2025, le groupe lituanien de coordination de Global Gateway avait recommandé un modèle de guichet unique pour les entreprises et la création d’un programme de cofinancement des partenariats dans les marchés en développement. En avril 2026, le ministère des Affaires étrangères a annoncé le passage de cette coordination à une phase de mise en œuvre, en citant explicitement la création du Business Partnership Programme.

Cette articulation peut permettre aux entreprises retenues de ne pas rester enfermées dans une petite subvention nationale. L’un des objectifs officiels du programme est justement de faciliter l’accès à des sources internationales de financement. Pour un projet lituano-kényan, le véritable effet de levier apparaîtrait si un pilote financé par Vilnius devenait ensuite bancable auprès d’instruments européens, de banques de développement ou d’investisseurs privés.

Ce passage d’un financement de quelques dizaines ou centaines de milliers d’euros vers des capitaux d’infrastructure ou de croissance n’est cependant pas automatique. Aucun mécanisme public ne garantit qu’un projet sélectionné accédera ensuite à Global Gateway ou à une banque de développement. Le programme crée une rampe d’accès possible ; il ne prouve pas encore la continuité financière jusqu’au déploiement à grande échelle.

Les sources établissent un canal actif, mais pas encore les résultats du guichet 2026

Le fait le plus robuste est l’existence du programme : la CPVA publie son budget de 600 000 euros, ses conditions, ses plafonds de financement, les catégories d’activités éligibles et l’échéance du 10 septembre 2026. L’éligibilité du Kenya est corroborée par la liste des bénéficiaires de l’aide publique au développement du CAD de l’OCDE. Les lignes directrices gouvernementales 2026-2030 et les documents Global Gateway expliquent le changement de doctrine vers des partenariats économiques et des instruments mobilisant davantage le secteur privé.

Le caractère déjà actif du canal lituano-kényan est également documenté. Le ministère lituanien des Affaires étrangères établit les consultations de mars 2026, les sept projets financés depuis 2023, les 478 PME formées, les 138 points de formation et le montant de services lituaniens vendus au Kenya en 2024. Le portail de coopération détaille les projets GovTech, climat-tech, entrepreneuriat numérique et agriculture ; la KNCCI documente le rapprochement des chambres de commerce.

La principale zone grise commence précisément là où le nouveau programme doit produire ses résultats. Au 15 septembre 2026, aucune liste publique de projets K2 sélectionnés, aucun montant attribué au Kenya, aucun investissement déclenché et aucun indicateur de création d’emplois lié à ce guichet n’ont été identifiés. La continuité institutionnelle est donc bien établie ; sa conversion en nouveaux partenariats commerciaux au Kenya reste à démontrer.

Sources institutionnelles retenues

• Central Project Management Agency (CPVA) — 2026 Call for Applications under the Business Partnerships Programme in Developing Countries (K2), 24 juin 2026.

• Lithuania Development Cooperation — Calls for proposals, Business Partnerships Programme in developing countries, 2026.

• Ministère lituanien des Affaires étrangères — Political consultations between Lithuania and Kenya took place in Nairobi, 2 avril 2026.

• Lithuania Development Cooperation — Projects map: Kenya, projets GovTech, Climate-Tech Accelerator, DigitalHER, Skills4Women&Youth et EduTech.

• Lithuania Development Cooperation — Activity Reports, coopération avec le Kenya et résultats 2023-2025.

• Gouvernement de Lituanie / Lithuania Development Cooperation — Strategic Guidelines for Lithuania’s International Partnerships 2026–2030, 28 janvier 2026.

• Lithuania Development Cooperation — Global Gateway: Lithuania Steps Into the Implementation Stage, 17 avril 2026.

• Kenya National Chamber of Commerce and Industry — Skills for Women and Youth Conference et coopération avec la chambre de Vilnius, 24 mars 2026.

• OCDE, Comité d’aide au développement — liste actuelle des bénéficiaires de l’APD, Kenya éligible.

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