Monaco supprime le comité de suivi créé en 2000 mais maintient explicitement ses engagements : leur pilotage passe désormais à la Direction de la Coopération Internationale, déjà active à Madagascar.
Un changement de pilote, pas un retrait de Monaco
Le 24 juin 2026, la Principauté de Monaco a modifié l’architecture institutionnelle qui encadrait depuis plus d’un quart de siècle le Foyer Rainier III de Madagascar, également appelé Préventorium de Madagascar. L’ordonnance souveraine n° 11.983 place désormais le suivi des engagements du Gouvernement princier envers cet établissement sous la responsabilité de la Direction de la Coopération Internationale (DCI). Dans le même mouvement, elle abroge l’ordonnance de 2000 qui avait créé un comité monégasque spécifiquement chargé du foyer.
La portée du texte doit être formulée avec précision. Il ne supprime ni le Foyer Rainier III ni l’engagement du Gouvernement princier. Au contraire, son article premier affirme explicitement la continuité de ces engagements et en transfère la responsabilité administrative à une structure permanente de l’État monégasque. L’ordonnance organise donc une centralisation du suivi, pas un désengagement.
Ce changement intervient alors que Madagascar demeure un pays d’intervention de la coopération monégasque. En janvier 2026, la DCI recrutait encore un Volontaire International de Monaco pour une mission pédagogique auprès de l’association Graines de Bitume à Madagascar. Ce fait confirme que la relation de coopération avec le pays reste opérationnelle au-delà du seul dossier du Foyer Rainier III.
Un comité né avant la Direction de la Coopération Internationale
Pour comprendre la réforme de 2026, il faut revenir à l’origine du dispositif. Le comité monégasque de suivi avait été institué le 6 mars 2000, soit sept ans avant la création de la Direction de la Coopération Internationale. Il réunissait des représentants de l’administration, de la Croix-Rouge monégasque, de plusieurs associations caritatives, d’organisations liées à la Principauté et d’élèves des établissements scolaires publics et privés.
Son mandat était très concret : suivre la gestion des fonds destinés au fonctionnement du foyer, assurer la liaison avec les responsables malgaches et organiser, si nécessaire, des manifestations permettant de recueillir des dons complémentaires. Cette formule correspondait à l’histoire même du projet, né d’une mobilisation collective associant pouvoirs publics, associations et jeunesse monégasque.
La DCI n’existait pas encore lorsque ce comité a été créé. Elle n’a été instituée qu’en février 2007 avec des compétences beaucoup plus larges : participation à l’élaboration et au suivi de la politique de coopération, sélection et supervision des projets, définition des cadres juridiques, techniques et financiers, gestion de l’aide humanitaire et relations avec les organisations non gouvernementales. En 2026, le transfert peut donc être lu comme l’intégration d’un mécanisme historique dans l’administration spécialisée qui a depuis été créée pour ce type de mission.
Le Foyer Rainier III reste un marqueur historique de la relation avec Madagascar
Le Foyer Rainier III trouve son origine dans les célébrations du 700e anniversaire de la dynastie des Grimaldi. En 1997, des jeunes de la Principauté avaient souhaité donner une dimension humanitaire à l’événement. Avec l’appui d’associations monégasques et des pouvoirs publics, cette mobilisation a conduit à la construction d’un centre nutritionnel et de soins près de Fianarantsoa.
Lors de son inauguration en mars 2003 par le Prince héritier Albert, les autorités monégasques décrivaient un complexe comprenant un dortoir de 70 lits, une école, une cantine, une infirmerie, une chapelle et des locaux pour la congrégation religieuse assurant les programmes sanitaires et pédagogiques. Le centre accueillait alors des enfants atteints notamment de rachitisme et de déformations osseuses, en phase de rééducation ou dans l’attente d’une intervention.
Le lien symbolique a perduré. En 2023, dans le cadre du centenaire de la naissance du Prince Rainier III, la Journée internationale des droits de l’enfant organisée à Monaco avait été dédiée au Préventorium de Madagascar afin de soutenir la poursuite de sa mission. Une visite de travail de la coopération monégasque à Madagascar a également inclus le Foyer Rainier III. Ces éléments montrent que l’établissement reste un objet concret de la relation Monaco–Madagascar, et non une structure seulement conservée dans les textes.
La DCI apporte un cadre de suivi plus intégré et plus professionnel
Le transfert à la Direction de la Coopération Internationale peut modifier la manière dont le dossier est administré. La DCI supervise aujourd’hui des projets selon des dimensions stratégiques, techniques et financières, depuis l’instruction jusqu’à l’évaluation. Ses agents et responsables programmes travaillent avec les partenaires dans les pays d’intervention, tandis que des dispositifs de volontariat, de coopération bilatérale et de soutien aux organisations locales complètent cette architecture.
Dans ce cadre, le Foyer Rainier III peut désormais être suivi avec les mêmes outils que d’autres actions de coopération : objectifs, budget, calendrier, gouvernance, suivi technique, indicateurs, évaluations et articulation avec les politiques publiques locales. Cette intégration peut réduire le risque qu’un projet historique repose sur un mécanisme institutionnel devenu isolé de l’administration contemporaine.
Il ne faut toutefois pas transformer cette possibilité en fait acquis. L’ordonnance de juin ne publie ni nouveau budget, ni convention révisée avec les responsables malgaches, ni indicateurs spécifiques, ni plan de transition détaillé. Elle établit l’autorité responsable ; elle ne documente pas encore les modalités opérationnelles du nouveau suivi. La professionnalisation du dispositif est donc plausible au regard des missions de la DCI, mais son contenu concret devra être vérifié dans les documents futurs.
Madagascar reste confronté à des besoins majeurs en nutrition et protection de l’enfance
Le maintien d’un engagement autour d’un établissement accueillant des enfants vulnérables conserve une forte pertinence dans le contexte malgache. Les résultats de l’enquête MICS 2025, publiés en mars 2026 par l’INSTAT avec l’appui de l’UNICEF, indiquent que 37 % des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance. La couverture vaccinale complète demeure également faible pour plusieurs classes d’âge.
En juin 2026, lors du lancement de la Stratégie nationale de l’éducation préscolaire, l’UNICEF rappelait que la malnutrition chronique touchait encore près d’un enfant sur deux avant cinq ans et que la pauvreté monétaire concernait une très large majorité des enfants. Ces données nationales ne décrivent pas directement la situation des pensionnaires du Foyer Rainier III, mais elles montrent que nutrition, santé infantile, réadaptation et protection restent des enjeux structurels.
La coopération monégasque intervient d’ailleurs à Madagascar sur plusieurs dimensions complémentaires. En 2026, le projet Sandratra soutenu via Graines de Bitume vise la réinsertion sociale et économique d’enfants et de jeunes vivant dans la rue, avec des actions éducatives, sociales, de formation professionnelle et de plaidoyer. L’intégration du Foyer à la DCI peut donc faciliter une lecture plus large de la vulnérabilité des enfants plutôt qu’un suivi isolé d’un seul établissement.
Le véritable enjeu est la gouvernance avec les partenaires malgaches
Le transfert administratif pose une question essentielle : comment la responsabilité monégasque s’articule-t-elle avec la gouvernance locale de l’établissement ? Le Foyer Rainier III est situé à Madagascar, fonctionne au contact de personnels et responsables locaux et s’insère dans un système sanitaire et social malgache. La qualité du nouveau suivi dépendra donc de la place donnée aux acteurs malgaches dans la définition des priorités, l’utilisation des ressources et l’évaluation des résultats.
La politique récente de la DCI met en avant la localisation de l’aide et les partenariats directs avec des acteurs du Sud. Dans ses procédures de soutien aux organisations de solidarité internationale, Monaco demande l’alignement sur les politiques sectorielles nationales et accorde une importance particulière aux populations vulnérables. Cette orientation fournit un cadre favorable à une gouvernance plus ancrée localement.
Mais aucun document public consulté ne précise encore qui sera l’interlocuteur malgache formel de la DCI pour le Foyer, comment seront prises les décisions budgétaires, quelles obligations de reporting seront appliquées ni quelle part de la gestion sera assumée localement. Ces questions sont centrales : un transfert vers une administration spécialisée ne garantit pas en lui-même une plus grande appropriation malgache. L’effet dépendra du contenu des conventions, des responsabilités et des moyens effectivement transférés ou cogérés.
Ce qu’il faudra vérifier après l’abrogation du comité de suivi
Plusieurs points restent ouverts. Le premier est financier. L’ordonnance n° 11.983 ne mentionne aucun montant, aucune nouvelle dotation ni aucune durée d’engagement. Il est donc impossible d’établir si le transfert s’accompagne d’une augmentation, d’une stabilisation ou d’une baisse des ressources destinées au Foyer Rainier III.
Le deuxième point concerne la continuité des acteurs monégasques historiques. Le comité de 2000 associait des administrations, des associations, des organisations caritatives et des représentants d’élèves. Son abrogation ne signifie pas nécessairement que ces acteurs cessent tout soutien, mais le texte de 2026 ne précise pas leur futur rôle. Il faudra donc distinguer la responsabilité institutionnelle de la DCI de la participation éventuelle d’associations ou de donateurs.
Le troisième point concerne les résultats. Aucune donnée publique récente et consolidée ne précise le nombre actuel d’enfants accueillis, la durée moyenne des prises en charge, les principales pathologies traitées, les coûts de fonctionnement, les résultats sanitaires ou le taux de réinsertion familiale et scolaire. La première obligation de transparence du nouveau dispositif sera donc de rendre ces indicateurs plus lisibles, sans exposer de données personnelles sensibles.
Les documents institutionnels qui fondent l’analyse
Cette analyse repose principalement sur l’ordonnance souveraine n° 11.983 du 24 juin 2026, publiée au Journal de Monaco le 3 juillet ; sur l’ordonnance n° 14.342 du 6 mars 2000 ayant institué le comité de suivi du Foyer Rainier III ; sur l’ordonnance n° 980 du 16 février 2007 portant création de la Direction de la Coopération Internationale ; sur les documents officiels relatant l’inauguration du centre en 2003 ; sur les communications de la coopération monégasque concernant Madagascar et les Volontaires Internationaux de Monaco ; ainsi que sur les données 2026 de l’UNICEF et de l’INSTAT relatives à la situation des enfants à Madagascar.
Ces sources établissent la continuité des engagements monégasques, le transfert de leur suivi vers la DCI, l’histoire institutionnelle du Foyer et le maintien de Madagascar dans le champ de la coopération monégasque. Elles ne permettent pas encore d’établir le nouveau budget du Foyer, ses modalités précises de gouvernance, le rôle futur des anciens membres du comité ni des indicateurs récents consolidés sur les bénéficiaires et les résultats. Ces éléments restent donc à confirmer.
Sources institutionnelles retenues
• Journal de Monaco — Ordonnance Souveraine n° 11.983 du 24 juin 2026, publiée le 3 juillet 2026.
• Journal de Monaco — Ordonnance Souveraine n° 14.342 du 6 mars 2000 instituant le Comité monégasque pour le suivi du Foyer Rainier III de Madagascar.
• Journal de Monaco — Ordonnance Souveraine n° 980 du 16 février 2007 portant création de la Direction de la Coopération Internationale.
• Journal de Monaco — Voyage de S.A.S. le Prince Héréditaire Albert au Cameroun et à Madagascar, mars 2003.
• Gouvernement princier de Monaco — communication relative à une visite de travail de la Coopération à Madagascar.
• Journal de Monaco — Appel à candidatures VIM 2026 auprès de l’association Graines de Bitume à Madagascar, 23 janvier 2026.
• Direction de la Coopération Internationale — documentation sur les pays et domaines d’intervention de la coopération monégasque.
• UNICEF Madagascar / INSTAT — résultats de l’enquête MICS 2025, publiés le 2 mars 2026.
• UNICEF Madagascar — Stratégie nationale de l’éducation préscolaire et données sur la malnutrition infantile, juin 2026.

