À Mumbai, le Maharashtra tente de faire descendre la coopération BRICS du niveau interétatique vers les villes. L’ambition est documentée ; les accords, budgets et projets urbains réellement engagés restent, eux, à démontrer.
Mumbai veut faire des villes un nouvel étage de la coopération BRICS
Les 11 et 12 août 2026, Mumbai a accueilli le BRICS Friendship Cities Conclave, organisé par Mumbai First en collaboration avec le gouvernement du Maharashtra et le gouvernement indien. À l’ouverture, le gouverneur Jishnu Dev Varma a appelé les pays des BRICS à renforcer directement la coopération entre villes, à partager technologies, expériences et bonnes pratiques, et à travailler sur des défis urbains communs. Le vice-ministre en chef du Maharashtra, Eknath Shinde, a défendu la même logique de coopération locale.
Les domaines cités sont précis : transports publics, résilience climatique, gouvernance numérique, logement abordable, planification urbaine et infrastructures durables. Des représentants de villes, des maires, des urbanistes, des responsables publics et des experts ont participé aux travaux. Le fait central est donc établi : le Maharashtra utilise le cadre BRICS pour promouvoir des relations plus directes entre collectivités urbaines, au-delà du seul dialogue entre capitales nationales.
Cette dynamique ne doit toutefois pas être surestimée. Le conclave est une plateforme de dialogue et de mise en relation. Les documents publics consultés ne montrent pas qu’il ait, à lui seul, créé une nouvelle institution supranationale des villes, un fonds urbain commun ou une série de jumelages juridiquement contraignants. Le passage du discours aux projets reste la question décisive.
Le conclave de Mumbai prolonge une architecture urbaine déjà relancée en juin
La séquence d’août s’inscrit dans un cadre BRICS plus large. Les 11 et 12 juin, l’Inde avait déjà accueilli à New Delhi le 13e BRICS Urbanisation Forum, réunissant ministres, hauts fonctionnaires et praticiens urbains. Le forum a adopté une déclaration ministérielle sur un développement urbain inclusif, résilient et centré sur les habitants.
Surtout, les États membres ont accueilli favorablement la proposition indienne de créer un BRICS Urban Research and Knowledge Network. Ce réseau doit fonctionner comme une plateforme institutionnellement reliée aux présidences successives des BRICS, avec un modèle virtuel, flexible et relativement peu coûteux. Son objectif est d’organiser le partage d’expériences, les solutions pratiques, les retours d’exécution et les enseignements issus des villes.
Le Maharashtra ajoute donc une couche infranationale à une architecture déjà relancée au niveau ministériel. Cette continuité compte : l’Inde avait déjà organisé un Friendship Cities Conclave à Mumbai et un Urbanisation Forum à Visakhapatnam en 2016. Dix ans plus tard, la nouveauté n’est pas l’idée de coopération urbaine elle-même, mais la tentative de la rendre plus régulière, plus opérationnelle et davantage connectée aux acteurs locaux.
Climat, logement, mobilité et IA structurent l’agenda concret des villes
Le programme du conclave permet de dépasser les formules diplomatiques. L’organisation présente l’urbanisation des BRICS comme confrontée à des contraintes convergentes : risques climatiques, pression sur les infrastructures, inégalités, fragmentation de la planification, congestion, accès au logement, services publics et faiblesse des capacités financières municipales.
Les discussions ont porté sur la protection des villes côtières, la résilience face aux inondations et aux chaleurs extrêmes, les infrastructures et la mobilité, le logement abordable, la régénération des quartiers, la pollution de l’air et l’usage de l’intelligence artificielle dans la gouvernance urbaine. ICLEI South Asia, partenaire de réseau du conclave, a notamment contribué au débat sur l’IA appliquée à la prestation de services publics et à la décision municipale.
Un signal plus concret vient de la Chine. Le ministère chinois des Affaires étrangères indique qu’une délégation comprenant l’Association du peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger ainsi que les municipalités de Shanghai et de Beijing a participé au forum. Le consul général chinois à Mumbai a publiquement exprimé la volonté de renforcer la coopération de villes sœurs avec le Maharashtra. Cela documente un canal bilatéral local réel ; cela ne prouve pas encore qu’un accord précis ait été signé.
La diplomatie des villes peut accélérer l’exécution, mais elle ne remplace pas l’État
L’intérêt de la coopération urbaine directe tient à une réalité institutionnelle : une grande partie des politiques qui déterminent la qualité de vie se décide ou s’exécute au niveau local. Mobilité, déchets, eau, éclairage, urbanisme, permis, adaptation climatique, gestion de données et services de proximité dépendent souvent de collectivités, d’agences métropolitaines ou d’opérateurs municipaux.
Des échanges entre Mumbai, Johannesburg, Durban, Le Caire, Addis-Abeba, Shanghai, Beijing ou d’autres grandes villes peuvent donc réduire le temps d’apprentissage, comparer des solutions techniques et ouvrir des partenariats sur des problèmes très concrets. Ils peuvent aussi faciliter la coopération entre universités, opérateurs de transport, centres de recherche, autorités de planification et entreprises urbaines.
Mais le terme « coopération directe » a des limites juridiques et financières. Les compétences des villes diffèrent fortement selon les pays. Certaines peuvent emprunter, signer des accords techniques ou piloter des réseaux ; d’autres dépendent de ministères nationaux pour les financements, les marchés, la réglementation ou la politique extérieure. Le conclave crée un espace de coopération ; il ne supprime ni le droit national, ni les règles budgétaires, ni le contrôle public sur les infrastructures stratégiques.
Pour les villes africaines, l’enjeu est d’importer des capacités, pas des dépendances
L’intérêt africain est direct. L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie appartiennent au noyau élargi des BRICS et participent déjà aux mécanismes urbains du groupe. En parallèle, l’Union africaine a renforcé en 2026 son propre agenda urbain. La Déclaration de Nairobi issue du deuxième Africa Urban Forum insiste sur le rôle des gouvernements locaux et infranationaux, leur capacité fiscale, l’accès au financement, le logement abordable et les infrastructures urbaines résilientes.
Cette convergence offre aux villes africaines une possibilité de négocier des coopérations ciblées : bus électriques, systèmes de transport intégrés, cartographie, gestion des déchets, adaptation côtière, plateformes de données, refroidissement urbain, logement et financement municipal. La Banque africaine de développement et ONU-Habitat ont d’ailleurs structuré leur coopération autour de quatre chantiers similaires : gouvernance urbaine, logement, finances municipales et infrastructures.
La condition de souveraineté est claire. Une ville africaine ne gagne pas en autonomie si elle échange seulement un fournisseur contre un autre. Les partenariats utiles doivent produire des compétences locales, des normes auditables, des logiciels transférables, des marchés publics transparents, de la maintenance locale et des données sous contrôle public. Le city-to-city peut renforcer l’action africaine à condition que les villes africaines restent coproductrices des solutions et non simples terrains d’expérimentation.
Aucun portefeuille public de projets n’établit encore un basculement opérationnel
La documentation disponible au 12 septembre 2026 laisse plusieurs questions ouvertes. Le conclave établit des échanges, des thèmes de coopération et une volonté politique, mais aucun registre public exhaustif ne recense des accords ville-à-ville conclus pendant les deux journées, leurs budgets, leurs échéances ou leurs mécanismes de gouvernance.
La volonté chinoise de développer des relations de villes sœurs avec le Maharashtra est documentée, mais aucun mémorandum précis entre Mumbai et Shanghai ou Beijing n’a été identifié dans les sources institutionnelles consultées. De même, la participation de représentants africains ne permet pas d’affirmer que Johannesburg, Le Caire, Addis-Abeba ou d’autres villes aient signé de nouveaux accords à Mumbai.
Le BRICS Urban Research and Knowledge Network peut fournir une continuité, mais son format volontaire et léger ne constitue pas un fonds de financement ni une autorité d’exécution. Aucune enveloppe commune pour infrastructures urbaines, aucun mécanisme automatique de prêt aux municipalités et aucun calendrier de projets pilotes africains n’ont été publiés dans le cadre de cette séquence. Le mot « pousse » du référentiel décrit donc une orientation politique réelle, pas un résultat matériel déjà acquis.
Trois scénarios mesureront si la diplomatie urbaine produit des infrastructures
Premier scénario : la coopération devient opérationnelle. Des villes BRICS signent des accords techniques, lancent des pilotes, échangent des équipes, créent des référentiels ouverts et mobilisent des financements pour la mobilité, le logement, la résilience climatique ou la gouvernance numérique. Le réseau de recherche devient alors une infrastructure de suivi et de comparaison des résultats.
Deuxième scénario : les conclaves restent surtout des espaces d’apprentissage. Les villes échangent méthodes, études de cas et experts, mais les investissements continuent de dépendre des gouvernements nationaux, des banques de développement et des budgets municipaux. Ce scénario n’est pas inutile : il peut améliorer la qualité des politiques sans produire immédiatement de grands projets.
Troisième scénario : le city-to-city devient un canal de promotion commerciale davantage qu’un outil de souveraineté urbaine. Des solutions technologiques propriétaires, des contrats opaques ou des données hébergées hors contrôle local pourraient créer de nouvelles dépendances. Les indicateurs à suivre sont donc les accords publiés, les budgets, la part de contenu local, l’accès au code et aux données, la maintenance, les mécanismes d’évaluation et la capacité des municipalités africaines à choisir ou changer de prestataire.
Les sources confirment l’impulsion politique, pas encore les résultats
Le socle factuel principal provient du Lok Bhavan du Maharashtra, qui documente l’ouverture du conclave le 11 août, la présence de Jishnu Dev Varma et d’Eknath Shinde, ainsi que l’appel explicite à renforcer la coopération entre villes dans les transports, le climat, le numérique, le logement et la planification. Le site officiel du conclave décrit son organisation avec les gouvernements du Maharashtra et de l’Inde ainsi que ses priorités urbaines.
Le Press Information Bureau documente séparément le BRICS Urbanisation Forum de juin, sa déclaration ministérielle et la proposition du BRICS Urban Research and Knowledge Network. Le ministère chinois des Affaires étrangères confirme la participation de délégations de Shanghai et Beijing et la volonté affichée de développer des liens de villes sœurs avec le Maharashtra.
Pour la perspective africaine, l’Union africaine et la Déclaration de Nairobi du deuxième Africa Urban Forum fixent les priorités continentales en matière de logement, fiscalité locale, résilience et financement urbain. La Banque africaine de développement et ONU-Habitat documentent enfin l’effort pour renforcer gouvernance, logement, finances municipales et infrastructures. Ces sources établissent une convergence de priorités ; elles ne démontrent pas encore l’exécution de projets issus du conclave de Mumbai.
- Lok Bhavan Maharashtra — ouverture du BRICS Friendship Cities Conclave 2026 et appel à la coopération directe entre villes, 11 août 2026.
- BRICS Friendship Cities Conclave 2026 / Mumbai First — présentation du conclave, thèmes urbains et agenda des 11-12 août 2026.
- Press Information Bureau / ministère indien du Logement et des Affaires urbaines — 13e BRICS Urbanisation Forum, 11-12 juin 2026.
- Press Information Bureau — déclaration ministérielle du BRICS Urbanisation Forum et BRICS Urban Research and Knowledge Network, 12 juin 2026.
- Ministère des Affaires étrangères de Chine — participation de Shanghai et Beijing au Friendship Cities Conclave et volonté de coopération de villes sœurs avec le Maharashtra, août 2026.
- Union africaine — deuxième Africa Urban Forum, Nairobi, 8-10 avril 2026.
- Union africaine — Déclaration de Nairobi de l’AUF2 : gouvernements locaux, capacité fiscale, logement, infrastructures résilientes et accès au financement, 10 avril 2026.
- Banque africaine de développement / ONU-Habitat — coopération sur gouvernance urbaine, logement, finances municipales et infrastructures, juillet 2025.
- Agenda 2063 de l’Union africaine — habitats modernes, services de base, résilience climatique et infrastructures continentales.
- ICLEI South Asia — contribution au conclave de Mumbai sur la gouvernance urbaine appuyée par l’intelligence artificielle, août 2026.

