À Saba Saba 2026, Oman a clairement positionné la Tanzanie comme base de distribution vers l’Afrique de l’Est et centrale. Le potentiel logistique est établi ; les contrats, réseaux de distributeurs et investissements nouveaux restent à mesurer.

Saba Saba 2026 devient la vitrine d’une stratégie régionale omanaise

Du 28 juin au début de juillet 2026, Oman a utilisé la 50e édition de la Dar es Salaam International Trade Fair, dite Saba Saba, pour renforcer sa présence commerciale en Afrique de l’Est. Le pavillon omanais réunissait 24 entreprises et institutions des secteurs industriel, commercial et des services, dans le cadre d’une action coordonnée par l’Oman Products Promotion Team avec les autorités économiques et diplomatiques du Sultanat.

Le 3 juillet, le Forum d’affaires Oman-Tanzanie a approfondi cette démarche. Le ministère omanais des Affaires étrangères indique que les discussions ont porté sur les partenariats commerciaux, les possibilités d’investissement et la compréhension des procédures d’exportation et d’importation entre les deux pays.

La dimension régionale est explicite : les organisateurs omanais ont déclaré vouloir faciliter l’accès des produits du Sultanat au marché tanzanien en identifiant des agents et des distributeurs non seulement en Tanzanie, mais aussi dans les pays voisins. La Tanzanie est donc envisagée comme un point d’ancrage commercial permettant de rayonner vers plusieurs marchés d’Afrique orientale et centrale.

Cette stratégie reste toutefois au stade de la prospection et de la structuration commerciale. Aucune annonce institutionnelle consultée ne chiffre encore les contrats conclus à la suite du forum ni le nombre d’agents ou distributeurs effectivement recrutés.

Dar es Salaam offre à Oman un accès logistique à sept marchés enclavés

Le choix de la Tanzanie répond à une logique géographique. L’Autorité portuaire de Tanzanie indique que le port de Dar es Salaam traite environ 95 % du commerce international du pays et dessert les économies enclavées de Zambie, République démocratique du Congo, Burundi, Rwanda, Malawi, Ouganda et Zimbabwe.

Cette fonction de transit donne au territoire tanzanien une profondeur de marché supérieure à sa seule demande intérieure. Pour un exportateur omanais, s’implanter à Dar es Salaam peut ouvrir un accès commercial à des corridors terrestres qui rejoignent l’Afrique centrale et australe, à condition que les coûts de transport, les procédures douanières et les délais restent compétitifs.

La Tanzanie appartient en outre à deux ensembles régionaux majeurs. Elle est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est, qui compte huit États partenaires, et de la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui en regroupe seize. Cette double appartenance renforce son rôle de jonction entre espaces est-africain et austral, même si elle ne supprime pas les règles d’origine et formalités propres à chaque organisation.

La « porte d’accès » recherchée par Oman est donc avant tout logistique, commerciale et institutionnelle. Elle ne signifie pas qu’un produit entrant en Tanzanie bénéficie automatiquement d’un libre accès à tous les pays voisins.

Une relation économique déjà structurée depuis plus d’une décennie

La stratégie de 2026 s’appuie sur une relation ancienne. L’ambassade d’Oman à Dar es Salaam indique qu’une commission mixte bilatérale existe depuis 2009 et que les deux pays ont signé un accord de promotion et de protection réciproque des investissements en 2013. L’Oman Investment Authority dispose par ailleurs d’un bureau à Dar es Salaam depuis 2015 pour suivre les investissements omanais en Tanzanie.

La visite de la présidente Samia Suluhu Hassan à Oman en juin 2022 avait élargi le cadre : mémorandums dans l’énergie, le tourisme, les ressources naturelles, l’enseignement supérieur, l’industrie, le commerce, l’investissement alimentaire et la gestion aéroportuaire, ainsi qu’un accord entre l’Oman Investment Authority et l’agence de promotion des investissements de Zanzibar.

Les deux gouvernements avaient également annoncé la création d’un fonds d’investissement conjoint destiné à des projets jugés viables dans l’agriculture, la pêche et les mines. Les sources officielles consultées ne fournissent toutefois pas, en 2026, de bilan consolidé de ce fonds ni de portefeuille détaillé de projets déjà exécutés.

L’architecture existe donc : diplomatie économique, investissement public, coopération privée, logistique et promotion commerciale. Saba Saba 2026 cherche à convertir cette infrastructure institutionnelle en débouchés plus concrets pour les entreprises.

Derrière les produits omanais, une bataille de distribution et de logistique

L’objectif affiché à Dar es Salaam n’est pas seulement d’exposer des marchandises. Oman cherche à sécuriser des relais commerciaux capables de stocker, distribuer et représenter ses produits dans plusieurs marchés. C’est une étape essentielle dans des économies où l’accès au dernier kilomètre, le crédit commercial, les réseaux de grossistes et la connaissance des procédures locales peuvent compter autant que le prix de production.

Le recours à des agents et distributeurs tanzaniens peut réduire les coûts d’entrée, mais il place aussi la logistique au centre de la stratégie. La qualité du port de Dar es Salaam, des routes, du rail, des entrepôts et des procédures de transit déterminera la capacité des produits omanais à atteindre efficacement les marchés de l’intérieur.

Le rapprochement avait déjà intégré cette dimension. En 2022, Oman Post et Asyad Express avaient conclu avec Tanzania Post une coopération sur les solutions de commerce électronique et de logistique destinée à aider les entrepreneurs et à renforcer la présence dans le marché africain. Le dispositif illustre une approche où l’exportation de biens s’accompagne de services de distribution et de livraison.

Pour Oman, cette stratégie répond à Vision 2040 et à l’objectif de diversifier les exportations non pétrolières. Pour la Tanzanie, elle peut attirer trafic, services et activité de distribution, mais seulement si une part suffisante de ces fonctions est localisée dans l’économie nationale.

Pour la Tanzanie, être une porte doit produire davantage que du transit

L’intérêt africain ne réside pas dans le simple passage de produits omanais par Dar es Salaam. Une stratégie de hub devient réellement favorable au développement lorsque le transit génère entreposage, transformation, distribution, financement, assurance, services numériques, emplois et recettes fiscales sur le territoire.

La Tanzanie a donc intérêt à négocier des partenariats où les distributeurs locaux ne sont pas de simples intermédiaires à faible marge. Des coentreprises dans l’agroalimentaire, la pêche, les matériaux, la logistique ou l’industrie légère peuvent créer davantage de valeur qu’une relation fondée uniquement sur l’importation de produits finis.

Le même principe vaut dans l’autre sens. La relation peut servir aux exportateurs tanzaniens qui cherchent à accéder à Oman, aux marchés du Conseil de coopération du Golfe et, au-delà, à des réseaux asiatiques. Les analyses officielles tanzaniennes ont déjà identifié un potentiel pour la viande, le poisson, les graines oléagineuses, les fruits, les épices, le café et d’autres produits à valeur ajoutée.

Une coopération Sud-Sud équilibrée suppose donc des flux bidirectionnels : produits omanais vers l’Afrique, mais aussi produits transformés tanzaniens vers Oman, investissements croisés, transfert de savoir-faire et renforcement des entreprises africaines.

Agents, contrats et investissements : les résultats du forum restent encore à publier

Plusieurs informations décisives ne sont pas encore disponibles. Premièrement, les communiqués de juillet ne publient pas le montant des contrats signés pendant Saba Saba 2026 ni la valeur des nouvelles commandes obtenues par les 24 participants omanais.

Deuxièmement, aucune liste d’agents ou distributeurs recrutés en Tanzanie et dans les pays voisins n’a été rendue publique. L’objectif de construire un réseau régional est établi ; son degré de réalisation ne l’est pas encore.

Troisièmement, le niveau actuel des investissements omanais en Tanzanie n’est pas consolidé dans les sources institutionnelles consultées. L’existence du bureau de l’Oman Investment Authority, des mémorandums de 2022 et du fonds annoncé est documentée, mais leurs actifs et performances doivent être évalués séparément.

Enfin, la réussite de la stratégie dépendra des coûts de transit, des régimes douaniers, de la disponibilité des devises, des normes de produits et de la concurrence déjà forte sur les marchés est-africains. La position géographique de la Tanzanie est un avantage ; elle ne garantit pas automatiquement la compétitivité des produits omanais.

Trois trajectoires pour l’expansion omanaise depuis la Tanzanie

Premier scénario : Oman parvient à constituer un véritable réseau régional de distribution. Des partenaires tanzaniens prennent en charge stockage, vente et réexportation, tandis que Dar es Salaam sert de point d’entrée vers la RDC, la Zambie, le Rwanda, le Burundi, le Malawi, l’Ouganda et le Zimbabwe. La stratégie produit alors une hausse mesurable des exportations omanaises et de l’activité logistique tanzanienne.

Deuxième scénario : la Tanzanie reste surtout un marché bilatéral. Les entreprises omanaises augmentent leurs ventes et investissements locaux, mais l’expansion vers les pays voisins reste limitée par les coûts de transport, les frontières et la concurrence. Le projet de hub fonctionne partiellement.

Troisième scénario : les relations institutionnelles restent plus avancées que les résultats commerciaux. Les forums et mémorandums se multiplient sans réseau de distribution suffisamment rentable ni investissements nouveaux significatifs. L’impact régional demeure alors modeste.

Les indicateurs à suivre seront le nombre d’agents et distributeurs actifs, la valeur des exportations omanaises via la Tanzanie, les volumes de transit vers les pays voisins, les nouveaux investissements, les coentreprises et la part de valeur ajoutée créée localement.

Une stratégie bien documentée, mais des performances commerciales encore à mesurer

Le fait central est confirmé par plusieurs institutions omanaises. Le ministère des Affaires étrangères documente le Forum d’affaires du 3 juillet 2026 et l’objectif explicite de rechercher agents et distributeurs en Tanzanie et dans les pays voisins. Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement confirme la présence de 24 entreprises et institutions omanaises à Saba Saba.

L’Autorité portuaire de Tanzanie établit la fonction régionale de Dar es Salaam : le port dessert sept économies enclavées et constitue un lien de fret majeur pour l’Afrique de l’Est et centrale. L’EAC et la SADC confirment également la double insertion régionale de la Tanzanie.

Les sources diplomatiques omanaises documentent enfin le socle de coopération : commission mixte, accord de protection des investissements, bureau de l’Oman Investment Authority et mémorandums conclus en 2022. La principale incertitude concerne donc non pas la stratégie, mais son rendement commercial réel en 2026.

Sources institutionnelles utilisées

  • Ministère des Affaires étrangères d’Oman — Forum d’affaires Oman-Tanzanie, 3 juillet 2026.
  • Ministère omanais du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement — participation à Saba Saba 2026.
  • Ambassade d’Oman à Dar es Salaam — accords bilatéraux et présence de l’Oman Investment Authority.
  • Autorité portuaire de Tanzanie — fonction régionale du port de Dar es Salaam.
  • Communauté d’Afrique de l’Est et SADC — appartenance régionale de la Tanzanie.
  • Oman News Agency — mémorandums, fonds d’investissement conjoint et coopération logistique annoncés en 2022.

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