Israël | Défense
Tel-Aviv formalise le programme militaire de l’année 2026
Le 5 janvier 2026, les Forces de défense israéliennes ont annoncé que la troisième réunion de la Commission militaire conjointe Israël-Maroc, tenue à Tel-Aviv, s’était achevée par la signature d’un plan de travail militaire conjoint pour l’année 2026. Les échanges ont été conduits côté israélien par la Direction de la planification et la division Tevel, chargée des relations militaires internationales. La délégation marocaine a participé à des réunions professionnelles, à un panel stratégique et à des visites d’unités, d’industries de défense et de directions militaires.
Le fait central est donc établi : les deux armées disposent d’un programme annuel formalisé pour 2026. La portée publique de ce document reste toutefois étroite. Aucun texte intégral du plan, calendrier détaillé d’exercices, liste de systèmes concernés, budget conjoint ou engagement de défense mutuelle n’a été publié dans les sources consultées.
Cette distinction est essentielle. Le titre du référentiel parle d’un « plan militaire conjoint » ; il s’agit, selon la terminologie officielle disponible, d’un plan de travail annuel organisant la coopération. Il ne doit pas être transformé en alliance militaire automatique ni en traité obligeant l’un des États à intervenir militairement pour l’autre.
Une coopération institutionnalisée depuis l’accord sécuritaire de 2021
Le plan 2026 s’inscrit dans une relation de défense bâtie depuis la reprise des relations diplomatiques de décembre 2020. En novembre 2021, les deux États ont signé un mémorandum de coopération sécuritaire ouvrant la voie à une coopération militaire, industrielle et de formation plus structurée.
En juillet 2022, le chef d’état-major israélien Aviv Kohavi a effectué une visite officielle au Maroc. L’armée israélienne indiquait alors que les deux parties avaient convenu d’un plan de travail pour 2023, confirmant que le document de 2026 appartient à un mécanisme annuel déjà installé. Les discussions avaient aussi porté sur coopération stratégique, renseignement et entraînement.
En février 2023, le commandant de l’armée de l’air israélienne s’est rendu au Maroc. Les discussions officielles avaient notamment porté sur la défense aérienne, les échanges entre équipages et les exercices aériens conjoints. La coopération a donc progressivement dépassé les visites politiques pour toucher la planification militaire et la préparation des forces.
Le plan signé en janvier 2026 marque cinq ans de normalisation, mais il doit être lu comme une étape cumulative plutôt que comme une rupture soudaine. L’institution centrale est désormais la Commission militaire conjointe, chargée de transformer la relation politique en programmes annuels.
Ce que le plan conjoint permet réellement d’établir
Les informations publiques sur la troisième Commission militaire conjointe sont précises sur le processus mais limitées sur les capacités. L’armée israélienne mentionne des sessions professionnelles et un panel sur le renforcement des forces et les objectifs communs. Elle qualifie le Maroc de partenaire important pour la stabilité régionale ; il s’agit du cadrage officiel israélien, non d’une conclusion indépendante.
Le plan 2026 intervient alors que la relation d’armement est déjà mesurable. SIPRI estime que, sur la période 2020-2024, Israël représentait 11 % des importations marocaines d’armes majeures, derrière les États-Unis et la France. L’institut indique également qu’au moins 51 % des missiles connus comme reçus par le Maroc durant cette période étaient des missiles sol-air provenant d’Israël.
Les données les plus récentes de SIPRI montrent une nouvelle évolution : sur 2021-2025, les importations marocaines d’armes majeures ont augmenté de 12 % par rapport à 2016-2020, faisant du Maroc le premier importateur d’armes d’Afrique sur cette période. Cet indicateur mesure le volume des transferts de matériels majeurs selon la méthodologie SIPRI ; il ne doit pas être confondu avec les dépenses militaires annuelles ni avec la valeur financière exacte des contrats.
La coopération industrielle constitue un autre élément. Israel Aerospace Industries et les autorités marocaines ont signé en 2022 un mémorandum aéronautique couvrant formation, production locale et développement de fournisseurs. IAI annonce aussi sa participation au Marrakech Airshow d’octobre 2026 ; au 3 septembre, cet événement reste futur.
Enfin, le Maroc a accueilli African Lion 2026 avec les États-Unis et plus de quarante pays partenaires, autour notamment du commandement, des drones et des capacités anti-drones. Les documents consultés ne relient pas explicitement ces activités au plan Israël-Maroc de janvier : ce lien ne doit donc pas être supposé.
De l’achat d’armes à la construction de capacités
Le principal changement depuis 2021 est l’institutionnalisation. Une relation fondée uniquement sur des contrats d’armement resterait dépendante de décisions ponctuelles. La Commission militaire conjointe et les plans de travail annuels ajoutent une dimension de programmation : objectifs, visites professionnelles, échanges de connaissances et réflexion sur la construction des forces peuvent être suivis dans le temps.
Cette évolution rapproche deux niveaux : un volet matériel — systèmes, défense aérienne, drones — et un volet organisationnel — formation, planification et interopérabilité. Le communiqué de janvier insiste davantage sur le second que sur une nouvelle vente précise.
La portée industrielle doit aussi être graduée. Les accords peuvent favoriser maintenance, formation ou production locale, mais le transfert de technologie ne se déduit pas d’une signature. Il faut examiner licences, propriété intellectuelle, niveau de fabrication locale et capacité marocaine à entretenir les systèmes.
Le plan 2026 renforce donc un partenariat de défense déjà profond, mais son caractère stratégique tient surtout à sa continuité institutionnelle. Il organise une relation ; il ne fournit pas publiquement une doctrine militaire commune complète.
Pour l’Afrique du Nord, un nouvel élément dans un équilibre déjà militarisé
La dimension africaine apparaît d’abord dans l’équilibre sécuritaire nord-africain. SIPRI rappelle que le Maroc et l’Algérie sont les deux principaux pôles d’importation et de dépense militaire du Maghreb et relie cette dynamique à leurs tensions anciennes, notamment autour du Sahara occidental et d’autres différends bilatéraux. En 2025, SIPRI estime les dépenses militaires algériennes à environ 25,4 milliards de dollars et celles du Maroc à environ 6,3 milliards, toutes deux en hausse.
La relation Israël-Maroc ajoute donc un partenaire technologique à un environnement déjà militarisé. Il serait excessif d’attribuer au plan de janvier une course aux armements : budgets, achats auprès d’autres fournisseurs et rivalités régionales lui sont largement antérieurs.
Pour les autres États africains, l’enjeu est aussi industriel. Si la coopération débouche sur formation, maintenance et production au Maroc, elle peut renforcer l’autonomie technique du royaume ; si elle reste centrée sur l’importation de systèmes finis, la dépendance extérieure demeurera forte.
La transparence reste centrale. Une lecture afrocentrée doit mesurer ce que ces accords apportent à la capacité de décision africaine, à l’industrie et à la formation locale, tout en examinant leurs effets possibles sur les tensions régionales.
Le contenu opérationnel du plan reste largement non public
Le contenu du plan 2026 constitue la principale zone d’incertitude. La communication publique ne fournit ni annexe, ni calendrier, ni liste d’exercices, ni inventaire des systèmes concernés. Toute affirmation précise selon laquelle le plan prévoirait telle acquisition, telle opération ou tel partage de renseignement dépasserait donc les éléments disponibles.
Les noms et fonctions de l’ensemble de la délégation marocaine présente à Tel-Aviv ne sont pas détaillés dans les sources publiques utilisées. L’article ne leur attribue donc aucune décision individuelle.
La relation avec African Lion 2026 reste également non établie. L’exercice multinational marocain a testé de nombreuses technologies avancées et réuni plus de quarante nations, mais les documents officiels consultés ne relient pas explicitement ces activités au plan bilatéral de janvier. L’existence simultanée des deux événements ne suffit pas à établir un lien opérationnel.
Enfin, les données SIPRI documentent des transferts d’armes majeures et des tendances régionales, mais elles ne fournissent pas la valeur financière complète de toutes les acquisitions, ni les clauses contractuelles de maintenance, de production locale ou de transfert technologique. Ces dimensions restent à documenter contrat par contrat.
L’exécution de 2026 dira si le partenariat change encore d’échelle
Le premier test du plan 2026 sera sa traduction visible dans les échanges militaires. Des visites réciproques, formations, exercices ou groupes techniques officiellement annoncés permettraient de mesurer si la Commission militaire conjointe produit une coopération régulière au-delà de sa réunion annuelle.
Le deuxième test sera industriel. La présence d’entreprises israéliennes au Marrakech Airshow et les accords antérieurs pourraient déboucher sur de nouveaux projets de maintenance, d’assemblage ou de production. Il faudra distinguer annonces commerciales, contrats signés et capacités réellement installées au Maroc.
Le troisième test sera régional. Des gains marocains en défense aérienne, drones ou commandement pourraient modifier certains calculs de sécurité au Maghreb, mais leur effet dépendra des réponses des autres acteurs.
L’estimation centrale est donc celle d’une coopération militaire désormais institutionnalisée et structurée par des plans annuels. Le document 2026 confirme la continuité et l’approfondissement de la relation, mais son contenu opérationnel demeure trop peu public pour conclure à une alliance militaire intégrée. Pour l’Afrique, le point à suivre sera moins la rhétorique du partenariat que son effet réel sur l’autonomie industrielle, les équilibres régionaux et la transparence stratégique.
Le socle documentaire de l’enquête
- Forces de défense israéliennes — annonce du 5 janvier 2026 relative à la troisième Commission militaire conjointe Israël-Maroc et à la signature du plan de travail conjoint 2026 ; communications officielles reprises par plusieurs sources concordantes.
- Forces de défense israéliennes — visite du chef d’état-major Aviv Kohavi au Maroc, juillet 2022 ; accord sur le plan de travail 2023 et coopération stratégique, de renseignement et d’entraînement.
- Forces de défense israéliennes — visite du commandant de l’armée de l’air israélienne au Maroc, février 2023 ; coopération sur la défense aérienne, les échanges entre équipages et les exercices conjoints.
- SIPRI — Trends in International Arms Transfers 2025, publié en mars 2026 ; données sur les importations marocaines en 2021-2025 et classement du Maroc comme premier importateur d’armes majeures en Afrique.
- SIPRI — Recent trends in international arms transfers in the Middle East and North Africa ; données 2020-2024 sur les fournisseurs du Maroc et la part israélienne dans les missiles sol-air.
- SIPRI — Trends in World Military Expenditure 2025, avril 2026 ; dépenses militaires du Maroc et de l’Algérie et contexte nord-africain.
- Israel Aerospace Industries — mémorandum aéronautique avec le Maroc de mars 2022 ; annonce de participation au Marrakech Airshow 2026.
- U.S. Africa Command, U.S. Army et sources institutionnelles marocaines — African Lion 2026, déroulement de l’exercice et technologies testées.

