Londres ouvre un nouveau chantier de coopération scientifique

Le Royaume-Uni a ouvert en août 2026 une nouvelle séquence de coopération scientifique avec l’Afrique australe en publiant l’appel à manifestations d’intérêt du programme Science and Technology Accelerator – Systems (STA-S) Southern Africa. Piloté par le Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO), le dispositif doit mobiliser jusqu’à 2,5 millions de livres sterling sur trois ans, avec une échéance fixée à mars 2030 et jusqu’à 400 000 livres prévues pour l’exercice se terminant en mars 2027. Son ambition affichée est moins de financer des technologies isolées que d’agir sur les systèmes qui conditionnent leur émergence, leur diffusion et leur transformation en activité économique.

Le fait central est établi, mais sa portée doit être graduée. Le Royaume-Uni a lancé le cadre programmatique et la procédure de sélection d’un opérateur ; il n’est pas encore établi qu’un consortium définitif ait été désigné ni que les activités de terrain aient réellement commencé. La date limite des manifestations d’intérêt était le 26 août 2026 et le FCDO indique que les candidats non contactés au 14 septembre doivent considérer leur candidature comme non retenue. Au 1er septembre, l’attribution demeure donc un élément à suivre.

L’Afrique du Sud constitue le point d’ancrage principal, tandis que le Zimbabwe et la Zambie figurent dans le premier périmètre d’intervention. Le FCDO prévoit en outre une extension possible à d’autres pays. Cette géographie place le programme au croisement de la science, de la diplomatie, de l’industrialisation et de la capacité des États africains à convertir la recherche en valeur économique et sociale.

Une architecture pensée pour les systèmes, pas pour les vitrines technologiques

STA-S est construit autour de deux composantes complémentaires. La première vise les politiques publiques, les cadres réglementaires, les institutions et les partenariats nécessaires au fonctionnement des écosystèmes de science, technologie et innovation. La seconde porte sur la commercialisation de la recherche, l’entrepreneuriat technologique, l’adoption des innovations et leur diffusion dans l’économie. Le FCDO demande aux futurs opérateurs d’articuler ces deux dimensions plutôt que d’accumuler des projets séparés.

Les domaines couverts sont larges : intelligence artificielle et technologies émergentes, accès et inclusion numériques, climat et énergie, santé, espace, recherche et conditions institutionnelles favorables à l’innovation. Le programme impose aussi une logique guidée par la demande des partenaires et exige que l’expertise britannique et celle d’Afrique australe soient mobilisées dans des partenariats qualifiés d’équitables et mutuellement bénéfiques.

L’intérêt de cette architecture tient à un problème récurrent : l’absence d’idées n’est pas toujours le principal frein. La difficulté se situe souvent entre la recherche et l’adoption, puis entre l’adoption, la production, la commercialisation et la croissance d’entreprises capables de conserver localement une part significative de la valeur. STA-S affirme vouloir travailler sur ces frictions : réglementation, capacités institutionnelles, entrepreneuriat, mise à l’échelle et appropriation durable.

Une coopération qui s’inscrit dans un rapport scientifique déjà dense

Le programme ne part pas de zéro. Le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud disposent déjà d’un cadre bilatéral de coopération scientifique, technologique, de recherche et d’innovation, organisé notamment autour d’un comité conjoint. Les domaines de coopération comprennent le Square Kilometre Array, l’énergie, la santé, l’économie océanique, l’agritech, la formation des chercheurs, le climat et la coordination dans les enceintes scientifiques internationales.

En décembre 2025, cette relation a encore été renforcée par trois initiatives annoncées à Pretoria : une formation aux politiques publiques de l’intelligence artificielle, un outil de développement de l’écosystème spatial et le renouvellement du partenariat entre le Département sud-africain de la science, de la technologie et de l’innovation et le Global Innovation Fund. STA-S apparaît ainsi comme une nouvelle couche d’une relation déjà ancienne, avec l’objectif de transformer des coopérations sectorielles en capacité systémique.

L’enjeu régional est lui aussi documenté. La Communauté de développement de l’Afrique australe considère la science et la technologie comme un levier transversal de développement, de sécurité alimentaire, d’énergie, d’eau, d’infrastructures et d’emploi. Son protocole de 2008 prévoit la coopération sur les mécanismes institutionnels, l’harmonisation des politiques et la promotion de l’investissement en recherche et développement. Le programme britannique arrive donc dans un espace où l’intégration scientifique est déjà un objectif africain formalisé.

Le vrai test sera la conversion de la recherche en souveraineté économique

L’analyse conduit à déplacer le regard du montant annoncé vers la structure de la valeur créée. Une enveloppe pouvant atteindre 2,5 millions de livres est significative pour de la coordination, du renforcement institutionnel et des démonstrations, mais reste modeste face aux besoins d’infrastructures scientifiques, de financement de la recherche et d’industrialisation régionale. Le succès ne pourra donc pas être mesuré à la seule dépense engagée.

Le point décisif sera la capacité à renforcer des institutions africaines capables de définir les priorités, d’héberger les compétences, de protéger les données, de négocier la propriété intellectuelle et de conduire la commercialisation. Les indicateurs sud-africains illustrent la tension. En 2026, le ministre de la Science, de la Technologie et de l’Innovation a rappelé que la dépense intérieure brute de R&D représentait 0,61 % du PIB en 2022/2023, loin de l’objectif national de 1,5 % à l’horizon 2030. Il a aussi signalé qu’en 2023 l’Afrique du Sud avait payé environ 1,6 milliard de dollars au titre de la propriété intellectuelle tout en n’en recevant qu’environ 167 millions.

Ces données ne démontrent pas une dépendance attribuable à un partenaire particulier. Elles documentent néanmoins un problème structurel : produire de la connaissance sans disposer d’outils suffisants pour la convertir en droits, licences, entreprises, production et exportations limite la capture locale de valeur. C’est sur ce terrain que la promesse de partenariat équitable devra être évaluée.

Pour l’Afrique australe, l’enjeu dépasse l’aide au développement

Du point de vue africain, STA-S peut être utile s’il renforce des priorités déjà définies par les États et les institutions continentales. L’Union africaine a adopté la Science, Technology and Innovation Strategy for Africa 2034 pour inscrire la science, les technologies et l’innovation dans la transformation économique prévue par l’Agenda 2063. À l’échelle régionale, la SADC poursuit elle aussi la consolidation des systèmes nationaux d’innovation et des chaînes de valeur.

La Zambie fournit un exemple concret de cette demande souveraine. Sa politique STI 2025 prévoit notamment d’accroître la dépense de R&D de 0,28 % à 0,50 % du PIB d’ici 2029, de former davantage de diplômés de troisième cycle en STEM, de soutenir la commercialisation et d’établir des cadres dédiés aux savoirs autochtones. Un programme extérieur devient alors pertinent lorsqu’il augmente la capacité nationale à mettre en œuvre ce type de feuille de route, et non lorsqu’il substitue ses priorités à celles des gouvernements et des écosystèmes locaux.

La même logique vaut pour l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. Les gains les plus importants pourraient venir de normes mieux adaptées, d’universités mieux connectées aux entreprises, de mécanismes de financement plus lisibles, d’un meilleur accès des chercheurs aux marchés et de réseaux régionaux capables de faire circuler les compétences. La souveraineté technologique ne signifie pas l’autarcie : elle suppose de coopérer tout en conservant une capacité de décision, de négociation et de valorisation.

Ce que les documents ne permettent pas encore d’affirmer

Plusieurs éléments essentiels restent ouverts. Aucun document public consulté ne permet, au 1er septembre 2026, d’identifier avec certitude le consortium qui assurera la mise en œuvre de STA-S Southern Africa. Il n’est pas non plus possible d’établir la ventilation finale des 2,5 millions de livres entre l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Zambie et d’éventuels pays supplémentaires. Les instruments précis — assistance technique, formations, appui réglementaire, pilotes ou mécanismes de commercialisation — dépendront en partie de la proposition retenue.

La gouvernance de la propriété intellectuelle, des données et des résultats de recherche demeure une autre zone d’incertitude. Le FCDO exige des partenariats équitables et localement ancrés, mais les modalités contractuelles déterminant la titularité des actifs, les licences, les droits d’exploitation ou la localisation des données ne sont pas exposées dans la page publique du financement. Rien ne permet donc de conclure, à ce stade, que la valeur issue des innovations sera majoritairement captée dans la région.

Enfin, le nombre exact de pays couverts à terme n’est pas arrêté. Le FCDO indique une priorité sud-africaine et un premier travail avec le Zimbabwe et la Zambie, tout en laissant ouverte l’inclusion d’autres pays. La dimension réellement régionale du programme devra être jugée sur sa mise en œuvre plutôt que sur son intitulé.

De l’appel à projets au test de l’appropriation africaine

Plusieurs scénarios peuvent être envisagés. Dans le plus favorable, le consortium retenu associe réellement des institutions africaines en position de codécision, finance des capacités durables, améliore les conditions de commercialisation et crée des passerelles entre politiques publiques, universités, start-up, entreprises et investisseurs. Dans ce cas, une enveloppe limitée peut avoir un effet de levier supérieur à son montant en modifiant des règles, des réseaux et des pratiques.

Un scénario intermédiaire verrait le programme produire des formations, études et projets pilotes utiles sans transformation profonde des mécanismes de financement, de propriété intellectuelle ou de passage à l’échelle. L’impact resterait réel mais circonscrit. Un scénario défavorable serait celui d’une coopération principalement guidée par les besoins diplomatiques du bailleur, avec une faible appropriation locale et peu de continuité après 2030. Les documents disponibles ne permettent pas de privilégier aujourd’hui l’un de ces scénarios.

L’indicateur stratégique sera donc concret : après quelques années, les institutions d’Afrique australe disposeront-elles de davantage de pouvoir pour choisir leurs priorités scientifiques, financer leurs chercheurs, transformer leurs résultats en activités productives et négocier leurs partenariats internationaux ? C’est à cette condition que l’accélération annoncée pourra devenir un instrument de développement économique et de souveraineté technologique.

Les documents qui établissent le cadre du programme

Les éléments factuels reposent prioritairement sur des sources institutionnelles. La documentation permet d’établir l’existence, le budget maximal, la durée, les objectifs, les premiers territoires visés et les principes de partenariat du programme. Elle ne permet pas encore d’établir l’identité de l’opérateur final, la répartition détaillée des financements, les contrats de propriété intellectuelle ni les résultats de terrain. Ces limites conditionnent le niveau de certitude des conclusions.

  • Foreign, Commonwealth & Development Office — « Science and Technology Accelerator – Systems (STA-S) Southern Africa programme », publié le 11 août 2026, mis à jour le 13 août 2026.
  • FCDO Development Tracker — « Science & Technology Accelerator – Systems », identifiant IATI GB-GOV-1-400199.
  • British High Commission Pretoria — « UK-SA Partnership Boosts Health, Inclusion, and Space Science », 3 décembre 2025.
  • Gouvernement d’Afrique du Sud / Department of Science, Technology and Innovation — lancement du rapport 2025 sur les indicateurs de science, technologie et innovation, 2026.
  • Commission de l’Union africaine — adoption de la Science, Technology and Innovation Strategy for Africa 2034 par le STC-EST 5, 8 décembre 2024.
  • Southern African Development Community — cadre Science & Technology et Protocol on Science, Technology and Innovation, signé le 17 août 2008.
  • Ministry of Technology and Science of Zambia — lancement de la politique Science, Technology and Innovation 2025, 13 juin 2025.

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