Enquête — La troisième phase du partenariat entre l’État sud-africain et les entreprises élargit la coopération aux infrastructures, aux mines, au tourisme et à l’agro-industrie. Son ambition est mesurable, mais son succès dépend encore de plans d’exécution qui ne seront détaillés qu’au quatrième trimestre 2026.

La Phase 3 veut transformer la stabilisation en croissance

L’Afrique du Sud a officiellement lancé, le 20 août 2026 à Johannesburg, la troisième phase de son Government-Business Partnership for Growth and Jobs. Le dispositif réunit la présidence, des ministres, de hauts responsables publics, des dirigeants d’entreprises et des équipes d’exécution autour d’un objectif désormais explicite : convertir les réformes engagées depuis 2023 en croissance inclusive, en investissement et en emplois. Le cap affiché est exigeant : installer durablement la croissance du produit intérieur brut au-dessus de 3 % par an et contribuer à la création d’un million d’emplois supplémentaires d’ici 2030.

Cette ambition part d’une contrainte sociale mesurable. Statistics South Africa a recensé 8,5 millions de chômeurs au deuxième trimestre 2026, pour un taux de chômage officiel de 33,6 %. L’économie a certes enregistré une sixième hausse trimestrielle consécutive au premier trimestre 2026, avec +0,5 %, mais la croissance annuelle n’avait atteint que 1,1 % en 2025. La Phase 3 doit donc être lue comme une tentative de changement d’échelle : l’amélioration de certains indicateurs ne suffit pas encore à absorber le chômage de masse ni à produire le volume d’emplois recherché.

De la gestion de crise à une architecture de croissance

Le partenariat gouvernement-entreprises n’est pas né en 2026. Il a été structuré en 2023, dans un contexte marqué par les délestages électriques, l’affaiblissement du fret ferroviaire et portuaire, les difficultés de sécurité économique et la dégradation de la confiance. Les deux premières phases ont concentré l’action sur l’énergie, le transport et la logistique, la lutte contre la criminalité et la corruption, puis l’emploi des jeunes. La présidence présente la première phase comme une phase de stabilisation et la deuxième comme une phase de réforme.

La troisième phase a, en réalité, deux dates à retenir. Le 27 janvier 2026, Cyril Ramaphosa a réuni ministres et dirigeants économiques pour « formellement » engager la Phase 3 autour du triptyque croissance inclusive, emplois et confiance. Le 20 août, la présidence en a organisé le lancement public et en a précisé l’architecture sectorielle. Cette distinction évite de présenter août comme le début absolu d’un programme qui travaillait déjà depuis janvier sur la réforme du marché de l’électricité, l’extension du réseau, l’ouverture du fret ferroviaire à des opérateurs privés, l’emploi des jeunes et le renforcement de la lutte contre la criminalité économique.

Le partenariat s’imbrique par ailleurs dans des politiques publiques existantes, notamment Operation Vulindlela, le Plan for Growth and Inclusion et la stratégie industrielle révisée en 2026. Il ne remplace donc ni l’État ni ses instruments budgétaires : il cherche à accélérer l’exécution de priorités gouvernementales en mobilisant expertise, capacité d’implémentation et investissement privés.

Trois piliers pour franchir le seuil des 3 %

Les documents du 20 août établissent une organisation en trois piliers. Le premier regroupe les « facilitateurs de croissance » : énergie, transport et logistique. Ce sont les réseaux sans lesquels l’industrie, les mines, l’agriculture, le commerce et les services supportent des coûts élevés ou des ruptures d’approvisionnement. Le deuxième pilier ajoute quatre moteurs sectoriels : mines, tourisme, infrastructures, agriculture et agro-industrie. Le choix repose, selon la présidence et Business for South Africa, sur leur taille, leur capacité d’expansion, leur présence dans les espaces urbains et ruraux et leur potentiel d’absorption de travailleurs moins qualifiés, en particulier les jeunes.

Le troisième pilier vise les « multiplicateurs de confiance ». Il comprend la criminalité et la corruption, les faiblesses des administrations locales — avec une attention explicite portée à Johannesburg —, l’emploi des jeunes et la construction d’un récit national de croissance fondé sur des éléments vérifiables. L’emploi des jeunes doit en outre être traité comme un résultat transversal de l’ensemble des chantiers.

Le seuil de 3 % mérite une lecture rigoureuse. La présidence le présente comme le niveau à dépasser pour commencer à créer des emplois nets à grande échelle. Mais le budget national de février 2026 projetait encore une croissance réelle de 1,6 % en 2026, une moyenne de 1,8 % à moyen terme et 2 % en 2028. Les 3 % ne constituent donc pas une prévision acquise : ils correspondent à un objectif politique dont la réalisation dépendra de l’investissement, de la productivité, de l’exécution des réformes et de la conjoncture.

L’infrastructure devient le test décisif de la capacité d’exécution

L’ajout d’un chantier « Infrastructure » donne à la Phase 3 une portée particulière. Le Trésor national prévoit plus de 1 000 milliards de rands de dépenses publiques d’infrastructure à moyen terme : 577,4 milliards par les entreprises publiques et autres entités, 217,8 milliards par les provinces et 205,7 milliards par les municipalités. Le transport et la logistique représentent la part sectorielle la plus importante. Le budget met aussi en avant la résilience routière, la modernisation du rail voyageurs, l’investissement dans la transmission électrique, les infrastructures hydrauliques et un recours accru aux partenariats public-privé.

Ces montants ne doivent toutefois pas être artificiellement attribués à la Phase 3. Ils constituent le socle public et réglementaire dans lequel son nouveau groupe de travail sur les infrastructures devra s’insérer. Au moment du lancement, la présidence n’a pas encore publié la liste détaillée des projets qui seront pilotés, accélérés ou suivis au titre du partenariat. Le Trésor indiquait parallèlement que 63 projets de partenariat public-privé se trouvaient à différents stades de développement. Il faudra donc attendre les plans sectoriels de la Phase 3 pour distinguer ce qui relève du budget ordinaire, des agences publiques, d’Operation Vulindlela ou de la nouvelle mécanique de coopération avec les entreprises.

Le véritable enjeu n’est pas seulement de mobiliser du capital. Il est de raccourcir les délais de préparation, de sécuriser les autorisations, de rendre les projets bancables, d’améliorer la maintenance et de préserver la responsabilité publique sur les actifs stratégiques. Dans un pays où les défaillances municipales et les goulets logistiques ont freiné l’activité, la qualité de l’exécution comptera autant que le volume annoncé des investissements.

Pour l’Afrique, un enjeu de corridors, d’industrie et de souveraineté économique

La portée de cette stratégie dépasse le marché sud-africain. L’Afrique du Sud reste l’un des principaux pôles industriels, financiers, miniers et logistiques du continent austral. Une amélioration durable de ses ports, de ses chemins de fer, de son système énergétique et de ses infrastructures frontalières pourrait réduire certains coûts de circulation pour des chaînes de valeur qui relient plusieurs pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Le budget 2026 cite d’ailleurs six postes-frontières en partenariat public-privé parmi les projets avancés, avec l’objectif déclaré de fluidifier le commerce régional.

L’effet continental n’est cependant pas automatique. Une coopération État-entreprises orientée vers la croissance peut renforcer l’industrialisation africaine si elle augmente la capacité productive locale, développe les fournisseurs, améliore les corridors régionaux et favorise la transformation sur place des ressources minières et agricoles. Elle serait beaucoup moins structurante si l’amélioration des infrastructures servait principalement l’extraction et l’exportation de matières premières sans montée en gamme industrielle ni diffusion des gains vers les travailleurs et les PME.

La question de souveraineté se situe donc dans la gouvernance des priorités : l’expertise et le capital privés peuvent accélérer des projets, mais les objectifs de développement, les règles de concurrence, l’accès aux infrastructures, la tarification des services essentiels et la protection de l’intérêt public restent des responsabilités politiques. Pour le continent, la valeur du modèle sud-africain se mesurera à sa capacité à combiner efficacité d’exécution, contrôle public, transformation productive et intégration régionale.

Les plans de livraison du quatrième trimestre restent l’angle mort

Au 30 août 2026, plusieurs éléments essentiels restent à confirmer. Le premier concerne les plans de livraison et les métriques par domaine : la présidence a annoncé leur publication au quatrième trimestre 2026. Tant que ces documents ne sont pas disponibles, il n’est pas possible d’établir quels projets d’infrastructure seront directement rattachés à la Phase 3, quels montants privés seront mobilisés, quelles échéances seront retenues ni quels indicateurs déclencheront une correction en cas de retard.

Le deuxième point concerne l’additionnalité. Il faudra mesurer ce que le partenariat produit en plus de ce qui aurait été réalisé par les ministères, les entreprises publiques, le Trésor, les municipalités et Operation Vulindlela. Une amélioration observée dans l’électricité ou la logistique ne peut pas, à elle seule, être imputée entièrement au partenariat. Le gouvernement et Business for South Africa revendiquent une contribution à la stabilisation de ces secteurs, mais l’attribution causale exige une analyse plus fine des décisions, financements, responsabilités et calendriers.

Enfin, la cible d’un million d’emplois supplémentaires d’ici 2030 devra être documentée par une méthode publique : emploi net ou brut, secteurs concernés, part des jeunes, qualité des emplois, durée et formalité. Sans cette méthode, le chiffre reste un objectif de programme, non un résultat mesuré.

D’ici 2030, la crédibilité se jouera sur l’investissement et l’emploi réel

Plusieurs scénarios peuvent être envisagés. Si les réformes de l’électricité, du rail, des ports, de l’eau et des administrations locales améliorent effectivement les coûts, les délais et la fiabilité, le secteur privé pourrait accroître l’investissement productif. L’infrastructure jouerait alors un rôle de levier pour les mines, l’agro-industrie, le tourisme, les services et l’industrie manufacturière. La combinaison d’une meilleure capacité publique et d’un capital privé plus actif pourrait rapprocher le pays du seuil de croissance recherché.

Un scénario moins favorable reste possible si les plans tardent, si les collectivités locales ne disposent pas des capacités d’exécution nécessaires, si les projets ne franchissent pas les étapes de financement ou si les gains sectoriels ne se traduisent pas par une hausse de l’emploi. La faiblesse de l’investissement fixe observée en 2025 rappelle que la confiance proclamée ne se transforme pas automatiquement en nouvelles capacités productives.

La Phase 3 sera donc jugée moins sur la qualité de son architecture que sur des résultats vérifiables : mégawatts et kilomètres de réseau disponibles, volumes ferroviaires et portuaires, projets effectivement financés et achevés, investissement privé additionnel, PME intégrées aux chaînes de valeur, emplois nets créés et progression de la productivité. C’est à ce niveau que la coopération entre l’État et les grandes entreprises pourra être évaluée comme instrument de développement, plutôt que comme simple forum de concertation.

Les documents publics qui permettent de vérifier la Phase 3

La vérification repose d’abord sur la déclaration conjointe de la Présidence sud-africaine et de Business for South Africa du 20 août 2026, qui fixe les objectifs, les trois piliers et le calendrier de publication des métriques. Elle est complétée par la déclaration présidentielle du 27 janvier 2026, qui documente le commencement formel de la Phase 3 et ses premières priorités de réforme.

Les données macroéconomiques et sociales proviennent de Statistics South Africa : comptes nationaux 2025, PIB du premier trimestre 2026 et Quarterly Labour Force Survey du deuxième trimestre 2026. Les données d’infrastructure et les projections de croissance proviennent du discours budgétaire 2026 du National Treasury. Les éléments relatifs aux réformes structurelles sont recoupés avec les communications de la Présidence sur Operation Vulindlela.

Ces sources convergent sur le diagnostic — croissance insuffisante, chômage massif, contraintes de réseau — et sur l’existence du partenariat. Elles ne permettent pas encore de vérifier l’exécution détaillée de la Phase 3, puisque ses plans de livraison sectoriels doivent être rendus publics ultérieurement.

Sources institutionnelles retenues :

  • Présidence de la République d’Afrique du Sud — Joint Government-Business Partnership Statement, 20 août 2026.
  • Présidence de la République d’Afrique du Sud — Government-Business Partnership commits to ‘Inclusive Growth, Jobs and Confidence’ as central framework for Phase Three, 27 janvier 2026.
  • Présidence de la République d’Afrique du Sud — Discours de Cyril Ramaphosa au lancement de la Phase 3, 20 août 2026.
  • Statistics South Africa — Quarterly Labour Force Survey, 2e trimestre 2026, 11 août 2026.
  • Statistics South Africa — Gross Domestic Product, 1er trimestre 2026, 9 juin 2026.
  • Statistics South Africa — Estimations annuelles du PIB 2025, mars 2026.
  • National Treasury — 2026 Budget Speech, 25 février 2026.
  • Présidence de la République d’Afrique du Sud — communications et rapports relatifs à Operation Vulindlela.

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