Pakistan  |  Commerce / Coopération Sud-Sud

Le Pakistan et le Kenya se sont bien accordés, le 21 mai 2026 à Islamabad, sur un objectif de doublement de leur commerce bilatéral dans les cinq ans. La décision intervient à la deuxième session de leur Joint Trade Committee, coprésidée par le secrétaire pakistanais au Commerce Jawad Paul et la secrétaire principale kényane au Commerce Regina A. Ombam. Le programme couvre l’accès au marché, les douanes, l’investissement, les normes sanitaires, les produits pharmaceutiques, la banque, les technologies et le règlement des différends.

Le mot « accord » doit cependant être compris comme un engagement de politique commerciale, non comme la garantie mathématique d’un doublement. Aucun calendrier public par secteur, aucune trajectoire annuelle et aucun mécanisme automatique ne permettent encore d’assurer le résultat. La relation part d’échanges anciens, notamment autour du thé kényan et du riz ou des produits manufacturés pakistanais. Le test décisif sera l’équilibre de la valeur ajoutée : le Kenya ne doit pas seulement vendre une matière agricole et absorber davantage de biens transformés.

La Look Africa Policy cherche des marchés et des partenaires

Le Pakistan a formalisé sa Look Africa Policy à partir de 2017 pour accroître une présence commerciale jugée trop faible sur le continent. Le dispositif comprend une cellule Afrique au sein de la Trade Development Authority of Pakistan, des délégations, des foires et des mesures de soutien aux exportateurs. Le Kenya occupe une place centrale : il est un marché d’Afrique de l’Est, un nœud logistique et un important fournisseur de thé au Pakistan.

Les chiffres officiels pakistanais situent le commerce bilatéral à 781,28 millions de dollars pour l’exercice 2022-2023. Cette base donne un ordre de grandeur, mais le doublement annoncé en 2026 doit utiliser une année de référence explicite et des données harmonisées des deux administrations. Sans cette convention statistique, les gouvernements pourraient annoncer un succès sur des séries différentes. La première étape de redevabilité consiste donc à publier le point de départ.

Le contenu de la réunion du 21 mai

Le communiqué officiel pakistanais confirme l’objectif sur cinq ans et énumère les domaines de travail : accès au marché, promotion des exportations, procédures douanières, investissement, quarantaine, mesures sanitaires et phytosanitaires, normes, pharmacie, banque, technologies de l’information, tourisme, industrie et règlement des litiges. Cette liste reconnaît que le commerce ne se développe pas seulement par une baisse de droits ; il dépend de paiements, de conformité et de confiance.

Le texte ne constitue pas un accord de libre-échange. Il ne publie pas de concessions tarifaires, de liste de produits, de règles d’origine ou de calendrier contraignant. Il marque une intention politique et un programme de comité mixte. L’expression « sous l’égide » de la Look Africa Policy est cohérente du côté pakistanais, mais le Kenya poursuit sa propre politique commerciale et ses engagements dans la Communauté d’Afrique de l’Est et l’AfCFTA. La relation ne peut être évaluée uniquement depuis Islamabad.

Le thé, le riz et l’asymétrie de transformation

La structure historique révèle un échange potentiellement asymétrique. Le Pakistan importe une grande quantité de thé kényan, produit dont la valeur revient en partie aux cultivateurs mais dont le mélange, l’emballage, la marque et la distribution peuvent être captés ailleurs. Le Kenya achète notamment du riz et des biens manufacturés pakistanais. Si le doublement se contente d’amplifier cette structure, Nairobi exportera davantage de produit agricole tandis qu’Islamabad augmentera ses ventes à plus forte valeur ajoutée.

La coopération Sud–Sud devrait viser la transformation kényane : thés conditionnés et marqués localement, produits horticoles transformés, cuir, médicaments ou services numériques. Le Pakistan peut apporter des machines, des compétences textiles, pharmaceutiques ou agroalimentaires, mais les coentreprises doivent créer des emplois et des fournisseurs au Kenya. La mesure n’est pas seulement le total du commerce ; c’est la part de valeur, de fiscalité et de propriété conservée de chaque côté.

Protéger l’espace industriel kényan

L’ouverture de marché peut réduire les coûts pour les consommateurs et diversifier les approvisionnements. Elle peut aussi mettre sous pression les fabricants kényans si les produits pakistanais bénéficient d’échelles, de financements ou de soutiens que les entreprises locales n’ont pas. Nairobi doit conduire des évaluations sectorielles, appliquer les normes de manière non discriminatoire et utiliser les instruments de défense commerciale autorisés lorsque des dommages sont démontrés.

La cohérence avec l’AfCFTA et la Communauté d’Afrique de l’Est est essentielle. Un avantage accordé au Pakistan ne doit pas contourner les politiques régionales ni permettre un transbordement déguisé. Les règles d’origine, les contrôles de valeur et l’échange de données douanières doivent être robustes. En retour, le Pakistan peut offrir un accès réel aux produits kényans transformés et réduire les obstacles non tarifaires qui empêchent leur diversification.

De l’objectif politique au tableau de bord

Plusieurs informations restent absentes : année de base, cible chiffrée, trajectoire annuelle, ventilation par produit, investissements attendus et responsables de chaque mesure. Il faut aussi connaître l’état des accords bancaires, des mécanismes de paiement en monnaies convertibles, des reconnaissances de normes et des protocoles sanitaires. Sans ces briques, les entreprises continueront de rencontrer les mêmes délais même si les gouvernements multiplient les forums.

Le tableau de bord devrait séparer commerce brut et bénéfices de développement : exportations des PME, produits transformés, emplois, participation des femmes, délais de dédouanement, coûts logistiques et résolution des différends. Il devrait être publié par les deux parties et permettre de comparer leurs statistiques. Cette transparence éviterait que le doublement d’une catégorie volatile soit présenté comme transformation de la relation entière.

Une feuille de route pour un doublement équilibré

À court terme, le comité mixte peut sélectionner un nombre limité de chaînes de valeur : thé transformé, produits agricoles, pharmacie, cuir, textiles techniques et services numériques. Pour chacune, il doit identifier obstacles, investissements, normes et engagements d’achat. Des centres de conformité et des partenariats entre entreprises pourraient réduire les coûts des petites structures. Les financements publics devraient être liés à des résultats de contenu local.

À moyen terme, une relation plus équilibrée exigerait des lignes maritimes fiables, des règlements bancaires accessibles et des coentreprises installées au Kenya autant qu’au Pakistan. Le doublement peut alors devenir un résultat du développement productif, non une fin comptable. Au 20 août 2026, le fait établi est l’adoption d’une cible sur cinq ans ; son exécution, son équilibre et sa compatibilité régionale restent à démontrer.

Un examen à mi-parcours en 2028 devrait pouvoir corriger la trajectoire si la hausse repose sur trop peu de produits ou creuse le déficit de l’un des partenaires. Cette clause de révision donnerait au comité mixte un rôle de gouvernance et non de célébration. Elle protégerait aussi les acteurs les moins puissants, notamment les petits producteurs de thé et les PME exposées aux coûts de conformité.

Les bases documentaires de la cible

  • Press Information Department du Pakistan — Communiqué de la deuxième session du Joint Trade Committee Pakistan–Kenya — 21 mai 2026.
  • Ministère pakistanais du Commerce — Look Africa Policy Initiative et rôle de la cellule Afrique de la TDAP.
  • Ministère pakistanais des Affaires étrangères — Note sur les relations bilatérales et le volume des échanges avec le Kenya — exercice 2022-2023.
  • Ministère kényan de l’Investissement, du Commerce et de l’Industrie — Mandats de coopération commerciale et engagements régionaux.
  • Communauté d’Afrique de l’Est et Secrétariat de l’AfCFTA — Cadres applicables aux accords commerciaux et aux règles d’origine.

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