Maharashtra | Technologies / Culture / Économie
La déclaration WAVES a bien été adoptée le 2 mai 2025 à Mumbai, lors du Global Media Dialogue. Une publication gouvernementale de 2026 indique qu’elle a reçu l’adhésion de 77 délégations participantes. Quelques semaines après le sommet, le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, affirme que l’Inde s’est engagée à travailler avec les pays africains dans les médias, le divertissement et l’économie créative. Cette orientation diplomatique donne une base réelle à l’idée d’une coopération afro-indienne.
Elle ne vaut pas encore programme de coproduction. Une économie créative commune suppose des fonds, des traités, des règles de propriété intellectuelle, des visas, des plateformes de distribution et un partage mesurable des revenus. Rien dans les pièces examinées ne confirme un mécanisme africain doté d’un budget ni une liste de productions engagées. L’enjeu est pourtant majeur : Bollywood et les industries numériques indiennes disposent d’une puissance de diffusion considérable, tandis que les cinémas, musiques, jeux et récits africains connaissent une expansion mondiale. La coopération peut ouvrir des marchés ; elle peut aussi reproduire une hiérarchie où l’Afrique fournit décors et talents sans contrôler les droits.
Mumbai veut devenir une place mondiale des contenus
Le World Audio Visual and Entertainment Summit réunit à Mumbai les acteurs du cinéma, de la télévision, de l’animation, du jeu, de la musique, de la publicité et des technologies créatives. L’Inde cherche à convertir la taille de son marché, ses compétences de production et ses plateformes en influence mondiale. La déclaration adoptée au dialogue des médias met en avant la coopération, l’accès, l’innovation, la réduction de la fracture numérique et la contribution des médias à la compréhension entre sociétés.
Le Maharashtra constitue un centre naturel de cette stratégie avec Mumbai, ses studios, ses diffuseurs et son industrie financière. Pour l’Afrique, le sommet offre une visibilité et des contacts, mais un événement ne crée pas une filière. La valeur d’une déclaration se mesure aux instruments qui suivent : appels à projets, accords entre organismes publics, fonds de garantie, résidences, formation, accès aux archives et droits de distribution.
Ce que la déclaration permet d’établir
L’adoption du texte et son soutien international sont établis. L’allocution de Jaishankar lors de l’Africa Day, le 28 mai 2025, relie explicitement WAVES à un partenariat avec les pays africains. On peut donc parler d’engagement politique et d’agenda de coopération. Les thèmes de l’économie créative, des médias et du divertissement sont au cœur du dispositif. La déclaration crée un langage commun et un point de référence diplomatique.
En revanche, les termes « coproduction d’une économie créative afro-indienne » décrivent une ambition plus précise que les preuves disponibles. Aucun fonds conjoint, nombre de films, série de contrats ou organisme de gouvernance afro-indien n’est identifié. Il faut distinguer adoption d’une déclaration, endossement diplomatique, négociation d’instruments et production effective. Au 20 août 2026, les deux premiers niveaux sont attestés ; les deux suivants demeurent fragmentaires ou à confirmer.
La coproduction est un contrat de pouvoir
Une coproduction ne consiste pas seulement à tourner dans deux pays. Elle répartit le financement, les risques, les droits, les crédits, la propriété des masters, la décision éditoriale et les recettes par territoire. Le partenaire qui contrôle la distribution et les données d’audience dispose souvent du pouvoir réel. Dans une relation asymétrique, des créateurs africains peuvent être visibles sans être propriétaires. La déclaration WAVES ne résout pas ces questions.
L’Inde possède une expérience de production à coûts compétitifs, une industrie musicale, une animation dynamique et un vaste marché diasporique. Les industries africaines disposent de langues, de formes narratives, de scènes musicales et de publics divers. La complémentarité est forte, mais elle exige des clauses de copaternité, de rémunération résiduelle, de conservation des archives et de formation. Les accords doivent aussi protéger les savoirs traditionnels et éviter l’extraction de styles ou d’images par des systèmes d’intelligence artificielle sans consentement.
La souveraineté culturelle africaine comme condition
L’Afrique ne forme pas un marché culturel homogène. Les politiques du Nigeria, de l’Afrique du Sud, du Kenya, du Sénégal ou de l’Égypte diffèrent ; les langues et régimes de droits aussi. Un mécanisme continental devrait soutenir cette pluralité et donner aux institutions africaines un rôle de sélection. Les quotas de talents, les dépenses locales minimales et le contrôle des données peuvent empêcher que la coopération ne se limite à délocaliser des tournages.
L’accès aux écrans est tout aussi important. Les œuvres africaines doivent obtenir des circuits en Inde, des sous-titres, du doublage, de la promotion et des conditions de partage des revenus comparables. Réciproquement, l’arrivée de contenus indiens ne doit pas étouffer la production locale. La puissance d’une économie créative afro-indienne se vérifiera lorsque les publics circuleront dans les deux sens et que les créateurs africains pourront financer la prochaine œuvre grâce aux revenus de la précédente.
Ce qui manque pour passer de Mumbai aux studios
Il reste à connaître les pays africains ayant formellement adhéré aux actions de suivi, les ministères responsables, les budgets et les calendriers. Les traités de coproduction bilatéraux existants, lorsqu’ils existent, doivent être recensés et rendus utilisables par les producteurs indépendants. Les visas de tournage, l’assurance, la fiscalité, la certification de nationalité des œuvres et le rapatriement des revenus sont des obstacles concrets qu’une déclaration générale ne traite pas.
Il faut aussi obtenir des données sur la représentation : nombre de délégations africaines à WAVES, réunions professionnelles, accords signés, projets financés, répartition par genre et accès des petites structures. Sans tableau de bord, le succès risque d’être mesuré par le volume d’annonces ou la célébrité des participants. Or une filière se construit par des contrats répétés, des compétences et des droits opposables.
Un fonds commun pour rendre l’engagement crédible
La perspective la plus concrète serait un fonds afro-indien de coproduction cogouverné, avec jurys paritaires, transparence des bénéficiaires et obligations de propriété partagée. Il pourrait financer cinéma, série, animation, jeu et musique, tout en réservant une part à la traduction et à la distribution. Des laboratoires de scénario et des programmes techniques devraient être hébergés alternativement en Afrique et en Inde.
Un second pilier devrait porter sur les infrastructures numériques : archives, métadonnées, paiement des droits et accès aux plateformes. Les institutions africaines doivent conserver leurs copies maîtres et les données d’audience concernant leurs œuvres. Si ces mécanismes apparaissent, la déclaration WAVES pourra devenir le point de départ d’une économie réellement coproduite. Sans eux, elle restera un texte diplomatique prometteur dont l’Afrique doit encore négocier la substance.
Le suivi devrait être annuel et public : projets déposés, œuvres achevées, propriétaires des droits, pays de diffusion, recettes et rémunération des équipes. Des organisations professionnelles africaines indépendantes doivent participer au contrôle. C’est à ce niveau, bien plus qu’au nombre de délégations présentes à Mumbai, que se vérifiera l’existence d’un marché créatif commun et équitable.
Les références qui fondent et limitent l’annonce
- Press Information Bureau — Document sur la WAVES Declaration adoptée au Global Media Dialogue le 2 mai 2025 — publié en mars 2026.
- Ministère indien des Affaires extérieures — Allocution de l’External Affairs Minister lors de l’Africa Day — 28 mai 2025.
- Ministère indien de l’Information et de la Radiodiffusion — Documents officiels du World Audio Visual and Entertainment Summit 2025.
- WAVES — Déclaration du sommet et priorités relatives à l’accès, à l’innovation et à la coopération dans les médias.
- UNESCO — Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

