Près de trente appels pour passer du partenariat affiché au projet financé
La Commission européenne a inscrit l’Initiative Afrique IV dans le programme de travail 2026-2027 d’Horizon Europe. Le dispositif rassemble près de trente sujets d’appels pertinents pour la coopération avec l’Afrique et s’aligne sur l’Agenda conjoint Union africaine–Union européenne pour l’innovation 2023-2033. Des ateliers d’information et de renforcement des capacités ont été organisés dans plusieurs pays africains afin d’aider les chercheurs, universités, entreprises et administrations à identifier les appels, former des consortiums et maîtriser les règles de candidature.
Le mot « intégration » décrit ici une ouverture de financement et de réseaux, non une garantie d’égalité. Les équipes africaines doivent encore déposer des propositions compétitives, satisfaire des critères d’éligibilité, négocier leur rôle et attendre l’évaluation. L’Initiative est européenne par son budget et ses règles, même si elle répond à un agenda politique conjoint. La France peut y participer par ses établissements et entreprises, mais elle n’en est pas l’autorité propriétaire. Cette distinction évite de nationaliser un programme de l’Union européenne et recentre l’analyse sur la place réelle de la recherche africaine.
Trois générations d’appels ont créé un acquis, pas encore une symétrie
La première Initiative Afrique d’Horizon Europe, dans le programme 2021-2022, comptait environ quarante sujets et une contribution européenne proche de 350 millions d’euros. Elle a conduit à plus de soixante-dix projets impliquant environ 180 entités africaines. La deuxième, en 2023-2024, réunissait près de trente sujets pour approximativement 300 millions. Ces chiffres montrent une coopération substantielle et une progression de la participation institutionnelle, mais ils ne renseignent pas à eux seuls sur la part budgétaire reçue par les partenaires africains ni sur leur rôle de coordination.
L’Initiative IV intervient après ces cycles et met davantage l’accent sur les capacités, la mise en relation et la traduction de l’Agenda AU-UE en projets. Les domaines couvrent la transition verte, l’innovation et les technologies, les capacités scientifiques et des questions transversales. L’expérience accumulée révèle les obstacles : information tardive, coûts de montage, garanties financières, difficultés de connexion et avantage des réseaux européens déjà constitués. Les ateliers peuvent réduire ces écarts, à condition d’être suivis d’un accompagnement jusqu’à la contractualisation et la gestion des projets.
Le programme est adopté, les bénéficiaires de 2026-2027 ne le sont pas encore
Les programmes de travail d’Horizon Europe fixent les sujets, budgets indicatifs, types d’action, conditions d’éligibilité et échéances. Certains appels exigent une coopération internationale ou encouragent explicitement la participation d’entités de l’Union africaine. Ils peuvent financer recherche, innovation, coordination ou cofinancement. Par exemple, le programme climat prévoit une action de cofinancement Afrique–Europe dotée d’une contribution européenne indicative de 15 millions d’euros pour 2027. D’autres sujets sont répartis entre santé, alimentation, infrastructures, numérique, énergie et sciences sociales.
L’appartenance à l’Initiative Afrique IV ne signifie toutefois pas que l’intégralité du budget d’un appel reviendra à l’Afrique. Les consortiums peuvent comprendre de nombreux partenaires européens et les montants sont attribués après évaluation. Les budgets eux-mêmes restent soumis aux crédits annuels de l’Union. Au 17 août 2026, les appels ouverts, clos et futurs se trouvent à des stades différents ; leurs résultats ne peuvent pas être agrégés comme des fonds déjà versés aux institutions africaines. La bonne unité de preuve est le contrat de subvention signé et sa ventilation entre partenaires.
Le pouvoir scientifique se lit dans la coordination, les données et les brevets
Un consortium peut compter plusieurs universités africaines tout en confiant la coordination, la gestion financière et la propriété des plateformes à une institution européenne. Dans ce cas, la participation progresse sans modifier pleinement la hiérarchie scientifique. Les indicateurs utiles sont donc la proportion de projets coordonnés depuis l’Afrique, la part du budget reçue, les responsabilités dans les lots de travail, l’accès aux équipements, la gouvernance des données et les droits de propriété intellectuelle. La publication d’un simple nombre de partenaires ne suffit pas.
Les sujets de santé, d’agriculture ou de climat soulèvent des enjeux éthiques particuliers. Les échantillons biologiques, données génomiques, savoirs locaux et observations environnementales ont une valeur scientifique et commerciale. Les accords doivent prévoir consentement, stockage sécurisé, accès local, partage des avantages et possibilité de réutilisation par les chercheurs africains. Le renforcement des capacités ne devrait pas former uniquement des collecteurs de données ; il doit soutenir des responsables scientifiques, ingénieurs, gestionnaires de projet, juristes et infrastructures capables de concevoir et diriger la recherche.
L’enjeu africain est de financer des agendas conçus sur le continent
L’Agenda AU-UE pour l’innovation offre un cadre commun, mais les priorités doivent s’enraciner dans les stratégies africaines : santé publique, agriculture résiliente, énergie, villes, industrie, langues et infrastructures numériques. Des consortiums réactifs aux appels européens risquent de suivre les catégories du bailleur plutôt que les questions formulées par les sociétés africaines. Les agences nationales et régionales peuvent préparer des feuilles de route, des viviers de projets et des mécanismes de cofinancement afin d’arriver à l’appel avec une stratégie plutôt qu’avec une simple recherche de partenaire.
La Zone de libre-échange continentale et les communautés régionales peuvent aussi soutenir des réseaux transfrontaliers. Une plateforme africaine de mise en relation, des bureaux de montage et des fonds d’amorçage réduiraient la dépendance aux coordinateurs européens. Les institutions françaises ont un rôle utile si elles partagent la gouvernance, ouvrent leurs équipements et acceptent une propriété intellectuelle équilibrée. Le partenariat devient réciproque lorsque les résultats sont publiés, enseignés et transformés en produits ou politiques accessibles en Afrique, et non lorsqu’ils augmentent uniquement la production scientifique du consortium.
Le budget agrégé et le leadership africain ne sont pas encore mesurables
La Commission présente l’Initiative comme un portefeuille de sujets répartis dans plusieurs parties du programme. Il n’existe pas, dans la documentation synthétique examinée, un montant unique réservé à l’Initiative IV comparable aux estimations publiées pour les cycles antérieurs. Le nombre exact d’appels peut évoluer avec les programmes, ouvertures et mises à jour. La répartition par pays, institution, sexe, statut de coordinateur et part budgétaire ne sera connue qu’après les décisions de financement.
Le résultat des activités capacitaires reste aussi à évaluer. Il faudrait savoir combien d’organisations formées déposent une proposition, franchissent l’éligibilité, sont financées et deviennent coordinatrices. Les coûts de préparation non remboursés, les taux de succès et les obstacles administratifs devraient être publiés. Enfin, la participation française doit être distinguée du cadre européen : aucune source ne permet d’attribuer à la France l’ensemble de l’intégration annoncée. Le territoire du référentiel peut servir de focale éditoriale, pas de raccourci institutionnel.
Les contrats de 2027 montreront si la capacité devient souveraineté
Les prochains jalons sont l’ouverture des appels restants, la constitution des consortiums, la publication des évaluations et la signature des subventions. Un tableau de bord AU-UE devrait indiquer pour chaque projet le coordinateur, les partenaires africains, la part de budget reçue, les infrastructures créées, les données produites et les règles de propriété intellectuelle. Les résultats scientifiques devraient être accessibles et les équipements maintenus au-delà de la durée du projet.
L’Initiative Afrique IV peut renforcer durablement la recherche si elle corrige les asymétries de réseau et de financement. Les ateliers sont une étape utile, mais la souveraineté scientifique suppose des budgets de base, des carrières, des infrastructures et une capacité à définir l’agenda. L’Europe ne peut pas fournir seule cette architecture ; les États africains doivent aussi accroître leurs investissements nationaux et régionaux. Le succès se mesurera lorsque des équipes africaines dirigeront les consortiums et que les innovations répondront à des priorités décidées sur le continent.
Les sources qui cadrent l’Initiative
Sources institutionnelles consultées : Commission européenne, programme de travail Horizon Europe 2026-2027, présentation de l’Initiative Afrique IV et portail des appels ; Commission de l’Union africaine, Agenda conjoint AU-UE pour l’innovation 2023-2033 ; Agence exécutive européenne pour la recherche et réseau Euraxess, ateliers d’information et de renforcement des capacités ; documentation de la Commission sur les Initiatives Afrique précédentes. Situation documentaire arrêtée au 17 août 2026.

