De la Névrose d’Assimilation à la Thérapie Violente de la Souveraineté : Une analyse des convulsions géopolitiques de 2025-2026 dans l’espace AES et le monde noir.

Le tableau clinique d’un continent en sevrage

À l’aube de 2026, l’histoire africaine ne bégaie plus, elle hurle. L’observation des cycles longs de la résistance et de la domination qui, depuis les razzias négrières jusqu’aux ajustements structurels, ont façonné la matérialité de nos États et les lésions invisibles, les cicatrices de l’âme collective, ce que Frantz Fanon nommait les « troubles mentaux de la guerre coloniale ». L’analyse de la situation actuelle, cristallisée autour de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et des récents événements au Burkina Faso, au Gabon et dans les Antilles, impose un diagnostic sans complaisance.

Nous ne sommes pas simplement face à une crise politique ou sécuritaire. Nous sommes au cœur d’un épisode psychotique majeur de l’impérialisme occidental, confronté à la thérapie de choc administrée par une jeunesse africaine décidée à guérir de la névrose coloniale. Le discours prophétique du Capitaine Ibrahim Traoré annonçant un « Hiver Noir » agit comme le révélateur de cette confrontation.

L’année 2025 s’est achevée sur des tensions paroxystiques. La tentative de coup d’État déjouée le 3 janvier 2026 au Burkina Faso, les émeutes contre la vie chère en Martinique et en Guadeloupe, et la suspension spectaculaire de l’équipe nationale de football au Gabon ne sont pas des faits isolés. Ils sont les symptômes interconnectés d’un même corps – le corps noir global – luttant pour expulser le parasite néocolonial ou, tragiquement, pour y rester attaché.

Cette analyse se veut une cartographie des pièges mentaux et des tranchées historiques qui définissent notre époque. L’afrocentricité, telle que théorisée par Molefi Kete Asante et Cheikh Anta Diop, nous enseigne que tant que l’Africain n’est pas le sujet agissant de sa propre histoire, il reste un objet, un patient psychiatrique dans l’asile à ciel ouvert de la géopolitique mondiale. L’AES tente aujourd’hui de briser les murs de cet asile. Le prix à payer est cet « Hiver Noir » : une saison de froid diplomatique, de gel économique et de tempêtes sécuritaires, nécessaire pour tuer les virus de la soumission.

Dans cet article, nous disséquerons les mécanismes de cette rupture. Nous analyserons la pathologie du « valet local », incarnée par les comploteurs de Ouagadougou ; nous examinerons la « névrose d’assimilation » qui pousse nos frères des Antilles à réclamer l’égalité de consommation plutôt que la liberté de production ; et nous opposerons la « thérapie par le vide » du Gabon à la « thérapie par le feu » du Sahel.

Phénoménologie de l’Hiver Noir : Anamnèse d’une guerre totale

Déconstruction de la métaphore : Le climat comme arme psychologique

L’expression « Hiver Noir », martelée par le Capitaine Ibrahim Traoré lors du 2ème sommet des chefs d’État de l’AES à Bamako en décembre 2025, n’est pas une simple formule rhétorique. Dans la cosmogonie politique sahélienne, où le soleil est roi et la chaleur une constante, l’invocation de l’hiver renvoie à une altérité radicale, à une menace exogène.

Traoré utilise une technique d’anticipation traumatique. En annonçant à son peuple que la période à venir sera « très froide, sanglante et meurtrière », il désamorce l’effet de surprise, principal vecteur du choc post-traumatique. Il prépare la psyché collective à l’épreuve. C’est une démarche de résilience proactive. Là où le politicien classique promet des lendemains qui chantent pour endormir la vigilance, le révolutionnaire promet du sang et des larmes pour éveiller la conscience guerrière.

Cette métaphore climatique structure le champ de bataille mental. Le Froid symbolise l’isolement diplomatique, les sanctions économiques, le gel des avoirs, et l’indifférence cruelle de la « communauté internationale ». C’est l’arme de l’impérialisme qui cherche à « refroidir » les ardeurs souverainistes. En réponse, Traoré parle d’allumer un « Feu » avec des « troncs d’arbres » – les ressources endogènes – pour réchauffer les cœurs et les mentalités. Ce feu est celui de la conscience nationale chère à Fanon, la seule source de chaleur capable de survivre à l’hiver néocolonial. La référence à la « chasse au loup » pour se faire des manteaux est une inversion symbolique puissante. L’impérialisme, prédateur historique (le loup), est chosifié, réduit à une ressource (la peau) que l’Africain doit s’approprier pour survivre. C’est un acte de réappropriation de la violence : la violence subie doit devenir une violence agissante, transformatrice.

La tentative de coup d’État du 3 janvier 2026 : La matérialisation du symptôme

La prophétie de l’Hiver Noir s’est rapidement vérifiée. La tentative de déstabilisation survenue dans la nuit du 3 au 4 janvier 2026 au Burkina Faso constitue la première grande tempête de cet hiver. L’analyse des faits révèle l’anatomie classique de la récurrence néocoloniale. Le complot, attribué à l’ex-lieutenant-colonel Paul-Henri Sandagog Damiba depuis son exil togolais, illustre la persistance du « réseau fantôme » de la Françafrique. Damiba, qui avait échoué à rompre avec l’ancien maître, revient comme le refoulé freudien, cherchant à restaurer l’ordre père (le pacte colonial).

Le modus operandi – assassinats ciblés, sabotage de la base de drones, intervention de forces extérieures – confirme qu’il ne s’agit pas d’une simple lutte de pouvoir interne, mais d’une opération de chirurgie impérialiste visant à lobotomiser la révolution en éliminant son cerveau (Traoré) et ses yeux (les drones). Cependant, la réaction populaire marque une rupture psychologique majeure. La mobilisation immédiate des « Wayiyans » (Veille Citoyenne) aux ronds-points stratégiques de Ouagadougou démontre que le peuple a cessé d’être spectateur de son destin. Dans la théorie fanonienne, c’est le moment où le colonisé « se muscle ». Il ne délègue plus sa sécurité à l’armée seule ; il devient lui-même le rempart. Cette vigilance citoyenne est l’anticorps développé par le corps social contre le virus du putschisme téléguidé.

Pathologie du « valet local » et du « nègre de maison »

L’un des aspects les plus virulents du discours de l’Hiver Noir est la dénonciation des ennemis de l’intérieur. Traoré, avec une crudité clinique, s’attaque aux « valets locaux », à ces « pseudo-intellectuels décérébrés » et à ces « chefs d’État lâches » qui prient pour l’échec de leur propre race. Ici, l’analyse psychiatrique rejoint l’analyse historique de Malcolm X sur le « House Negro » (Nègre de maison). Le Syndrome du Nègre de Maison décrit un sujet qui s’identifie totalement au Maître. Il vit la souveraineté africaine comme une menace existentielle car elle détruit la maison du Maître, qui est son seul univers de référence. Traoré diagnostique chez ces individus une aliénation profonde : ils préfèrent la sécurité de l’esclavage à l’incertitude de la liberté. L’intellectuel Décérébré, quant à lui, utilise son intelligence académique pour justifier la soumission. Ce sont les « experts » qui expliquent doctement sur les plateaux télévisés (souvent occidentaux) pourquoi le Burkina Faso ne peut pas survivre sans l’aide de la France, ou pourquoi la démocratie formelle vaut mieux que la souveraineté réelle. Ils sont les descendants spirituels des tirailleurs qui tiraient sur leurs frères pour des médailles en chocolat.

Le diagnostic de Traoré est clair : ces individus ne sont pas des opposants politiques, ce sont des cas pathologiques. Leur esprit a été « liquéfié » par la colonisation. Le traitement préconisé par le régime (et réclamé par une partie de la base, comme Nathalie Yamb) oscille entre la rééducation et l’élimination (rétablissement de la peine de mort), posant la question éthique de la violence révolutionnaire comme outil de santé publique nationale.

L’AES comme espace thérapeutique : Institutionnaliser la désaliénation

La souveraineté comme hygiène mentale

L’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) ne doit pas être lue uniquement comme une alliance militaire. C’est une structure thérapeutique. Depuis les indépendances formelles de 1960, les États africains francophones ont vécu dans un état de minorité perpétuelle, infantilisés par la tutelle monétaire (CFA), militaire (accords de défense) et politique (Élysée). L’acte de rupture posé par l’AES est un acte de maturation psychique. En chassant les armées étrangères et en quittant la CEDEAO (perçue comme la mère abusive ou la marâtre), ces États affirment : « Nous sommes adultes ». Comme le souligne le Capitaine Traoré, « il n’y a pas d’État sans armée forte… Pour eux, nous sommes comme des enfants ». Refuser cette protection, c’est refuser le statut d’enfant.

Cette souveraineté retrouvée agit comme un puissant antidépresseur collectif. Elle restaure la fierté, ce sentiment banni par des siècles d’humiliation. Voir ses propres soldats combattre (et mourir) pour sa propre terre, sans tuteur blanc, restaure la virilité nationale symboliquement castrée par la colonisation.

Le sevrage monétaire et économique : La douleur de la guérison

L’annonce de la création d’une banque d’investissement confédérale (BCID) et les projets de monnaie commune marquent l’étape suivante de la thérapie : l’autonomie matérielle. Le Franc CFA est plus qu’une monnaie ; c’est un lien ombilical pathologique. Il garantit une certaine stabilité (comme la méthadone pour le toxicomane) mais empêche toute autonomie réelle. Couper ce lien provoquera inévitablement des turbulences économiques – l’Hiver Noir économique.

Traoré prépare son peuple à cette souffrance. Il leur dit, en substance : « Nous allons avoir faim, nous allons manquer de produits importés, mais c’est le prix à payer pour ne plus être nourris par la main qui nous frappe ». C’est une pédagogie du stoïcisme révolutionnaire. Il s’agit de remplacer la « mentalité de consommateur » (aliénée) par une « mentalité de producteur » (souveraine). L’appel à l’autosuffisance alimentaire et à l’industrialisation locale est une tentative de reconstruire l’estime de soi par le travail, en écho aux enseignements de Thomas Sankara.

Maât contre la démocratie libérale : Le conflit des Sur-Mois

L’un des points les plus fascinants de la rhétorique de l’AES est le rejet de la « démocratie » comme valeur suprême. Pour Traoré et ses homologues, la démocratie occidentale est un fétiche imposé, un « Sur-Moi » colonial qui punit l’Africain s’il ne respecte pas des rituels électoraux souvent vides de sens. En opposant à cette démocratie formelle les « valeurs ancestrales » et la justice endogène, Traoré tente de réactiver le concept de Maât (Vérité, Justice, Ordre, Harmonie) cher à l’Égypte antique et à l’afrocentricité. La légitimité ne vient plus de l’une (souvent truquée ou achetée), mais de la rectitude de l’action et de la protection du peuple. C’est un retour à une conception africaine du pouvoir : le chef est celui qui protège et nourrit, pas celui qui gagne un concours de popularité organisé par des bailleurs de fonds étrangers. C’est une tentative de restaurer une cohérence cognitive : ne plus vivre selon les règles de l’autre, mais selon les siennes propres.

Miroirs déformants : Le Gabon et les Antilles dans la tourmente

Pour comprendre la singularité de la trajectoire sahélienne, il faut la comparer aux autres pôles du monde africain francophone en 2025-2026 : le Gabon et les Antilles.

Le Gabon : Le placebo de la « transition douce »

Si le Burkina Faso est en chirurgie ouverte sans anesthésie, le Gabon sous le Général Brice Clotaire Oligui Nguema est sous soins palliatifs confortables. La transition gabonaise se caractérise par une « continuité » rassurante pour l’Occident. Pas de rupture avec la France, pas de discours sur l’Hiver Noir, pas de sortie des organisations régionales. La crise du football gabonais en janvier 2026, suite à l’élimination des Panthères à la CAN, illustre parfaitement la différence de nature des régimes. Le symptôme : l’équipe nationale est humiliée. La réponse : le gouvernement dissout le staff, suspend l’équipe nationale et bannit les stars comme Aubameyang. D’un point de vue psychopolitique, c’est une activité de déplacement. Incapable ou peu désireux de s’attaquer aux structures profondes de la dépendance (les bases militaires françaises, les contrats pétroliers opaques), le régime gabonais exerce son autorité sur des symboles « mous » : le football. C’est une démonstration de force virile (« décisions fortes ») qui masque une impuissance structurelle. Là où Traoré demande au peuple de se préparer à la guerre contre l’impérialisme, Oligui demande au peuple de s’indigner contre des footballeurs. C’est l’opium du peuple utilisé pour calmer les douleurs d’un corps social qui n’a pas encore entamé sa véritable désintoxication.

Antilles (Martinique, Guadeloupe) : Les cris de la cale

La situation dans les Départements d’Outre-Mer (DOM) est tragique. Les émeutes contre la « Vie Chère » qui secouent la Martinique et la Guadeloupe sont les symptômes aigus de ce que l’on peut nommer le Syndrome de Stockholm Colonial. Le Paradoxe est que les manifestants réclament « l’égalité des prix » avec la métropole. Ils demandent à la « Mère Patrie » d’être une bonne mère et de les nourrir au même tarif que ses enfants de l’Hexagone. C’est une revendication d’assimilation parfaite. Ils souffrent de ne pas être totalement français dans leur pouvoir d’achat. La Réalité Fanonienne, elle, avait été diagnostiquée par Fanon, fils de la Martinique : l’Antillais veut être Blanc (économiquement), mais le système (l’Octroi de mer, les monopoles békés) le renvoie sans cesse à sa condition de sujet périphérique. La « Vie Chère » n’est pas une anomalie du système ; elle est le système colonial. L’économie de comptoir est faite pour extraire du profit, pas pour nourrir à bas prix.

Cependant, une mutation s’opère. Le mouvement RPPRAC (Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéens) commence à adopter une rhétorique qui résonne avec celle du Sahel. En parlant de « peuple afro-caribéen » et en refusant les « miettes », des leaders comme Rodrigue Petitot amorcent une prise de conscience : le problème n’est pas le prix du yaourt, mais la souveraineté alimentaire. Ils commencent à regarder vers l’Afrique non plus comme une terre d’origine lointaine, mais comme un modèle de résistance actuelle. La jonction psychologique entre le « Wayiyan » de Ouagadougou et le « militant » de Fort-de-France est en train de se faire, créant une pan-africanité de la tranchée.

Manuel de survie dans l’Hiver Noir

Aux disciples de la renaissance africaine, aux jeunes qui regardent Ibrahim Traoré comme une icône et qui écoutent Kemi Seba comme un prophète, voici les conséquences pratiques et psychologiques de cette analyse.

De l’admiration à l’incarnation : Tuer le père pour devenir le fils

Il existe un risque psychiatrique majeur dans le mouvement actuel : le Complexe du Messie. Vous ne devez pas attendre qu’Ibrahim Traoré vous sauve. S’il tombe demain (et l’Hiver Noir rend cela possible), la révolution ne doit pas mourir avec lui. Le disciple doit cesser d’être un « fan » pour devenir un cadre. Vous devez incarner la souveraineté dans vos propres vies. Attendre que l’État vous donne un emploi, c’est rester dans la mentalité de l’assisté. Créer, produire, transformer la matière locale, c’est faire acte de résistance.

L’hygiène de l’information : La guerre cognitive

La guerre de l’Hiver Noir se joue sur vos écrans. Les « décérébrés » dont parle Traoré utiliseront la désinformation, la peur et la division ethnique pour briser le front uni. La consigne est de développer une immunité cognitive. Vérifiez chaque image, questionnez chaque rumeur. Lorsque RFI ou d’autres médias annoncent le chaos, demandez-vous : « À qui profite ce récit ? ». L’action requise est d’être les agents de la contre-propagande. Ne laissez pas le monopole du récit aux agences occidentales. Documentez vos réalités, diffusez les succès de l’agriculture locale, montrez la résilience.

La solidarité organique : Reconstruire le tissu social

L’impérialisme joue sur l’atomisation des sociétés (individualisme). La réponse afrocentrique est le collectivisme conscient (Ubuntu/Maât). La consigne est de réactiver les solidarités traditionnelles. Dans l’Hiver Noir, l’État ne pourra pas tout faire. Les comités de veille ne doivent pas seulement être sécuritaires, ils doivent être sociaux. Si un voisin a faim, le quartier doit le nourrir. C’est cela, la véritable sécurité nationale.

Regarder vers le Centre (l’Afrique), pas vers la Périphérie (l’Europe)

Pour les souverainistes des Antilles et de la Diaspora : cessez de pleurer pour être acceptés à la table du Maître. Le Maître est fauché et sa maison brûle. La consigne est de tourner vos regards et vos ressources vers l’AES. Au lieu de manifester pour que le prix du Nutella baisse à Fort-de-France, organisez des circuits d’importation de produits du Sahel. Créez une interdépendance économique pan-africaine. Votre salut ne viendra pas de Paris, mais de votre capacité à vous reconnecter à votre matrice.

Au-delà de l’hiver, l’aube de Maât

L’analyse du contexte global de 2026 révèle que nous vivons un moment de Vérité (Maât). Le voile des illusions est déchiré. Le Capitaine Ibrahim Traoré ne fait que verbaliser ce que l’inconscient collectif africain sait depuis longtemps : la liberté n’est pas une concession, c’est une conquête. L’« Hiver Noir » est inévitable car c’est la réaction immunitaire d’un système parasitaire (le néocolonialisme) qui refuse de mourir.

C’est à la fois, la fin du cycle des « indépendances du drapeau » (1960) et le début du cycle des « indépendances du peuple » (2025) et le passage douloureux de l’adolescence turbulente à l’âge adulte responsable. L’Afrique cesse d’être l’enfant du monde pour devenir le parent de son propre destin.

Souverainiste, ne craignez pas le froid. Le froid conserve, il tue les microbes, il durcit l’acier. L’Hiver Noir est le creuset dans lequel se forge l’homme nouveau. Si nous tenons bon, si nous restons unis autour du feu de notre souveraineté, ce qui émergera au printemps ne sera pas une autre colonie déguisée, mais une Civilisation.

La Patrie ou la Mort, nous vaincrons.

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