La Doctrine de “l’Économie de Guerre”

La doctrine économique actuelle du Burkina Faso est une stratégie de résilience, entièrement subordonnée à l’impératif de sécurité et de souveraineté nationale. Face à une crise existentielle, le gouvernement de la Transition a opéré un changement de paradigme fondamental, considérant que la viabilité économique n’est pas une fin en soi, mais un instrument au service de la reconquête du territoire et de la refondation de l’État. Cette approche pragmatique repose sur trois piliers indissociables : financer l’effort de guerre par des ressources endogènes, assurer la résilience des populations affectées par le conflit, et préparer le développement post-conflit en jetant les bases d’une économie plus souveraine et autocentrée.


Le Financement de la Souveraineté : Le Succès du Fonds de Soutien Patriotique

Au cœur de cette nouvelle doctrine se trouve un outil financier innovant : le Fonds de Soutien Patriotique (FSP). Conçu pour mobiliser des ressources nationales afin de financer l’effort de sécurité et les actions humanitaires, le FSP s’est révélé être un succès remarquable, tant sur le plan financier que politique.

Les performances quantitatives du fonds témoignent d’une mobilisation exceptionnelle. En 2024, il a collecté 175,68 milliards de FCFA (environ 304 millions de dollars), marquant une augmentation de 77,4 % par rapport à 2023. Cette dynamique s’est poursuivie, avec plus de 101 milliards de FCFA mobilisés au cours du seul premier semestre 2025.

La force du FSP réside dans la diversification de ses sources, qui illustre la nouvelle doctrine de souveraineté. Il est alimenté par une contribution obligatoire de 1 % du chiffre d’affaires mensuel des compagnies minières, liant ainsi directement la principale industrie d’exportation du pays à l’effort de sécurité nationale. À cela s’ajoutent les contributions volontaires des entreprises, des citoyens et de la diaspora. Ce faisant, le FSP est bien plus qu’un simple outil budgétaire ; il forge un nouveau contrat social fiscal, où l’ensemble de la nation – des multinationales étrangères aux citoyens ordinaires – participe directement au financement de sa propre sécurité.


Le Dividende de la Sécurité : La Renaissance Économique des Zones Reconquises

La stratégie économique burkinabè part du postulat que la sécurité n’est pas une dépense, mais un investissement. Chaque village libéré, chaque axe routier sécurisé et chaque administration réinstallée produit un “dividende de sécurité” direct et tangible pour les populations. Ce dividende se manifeste par une renaissance progressive de la vie économique dans les zones reconquises.

Bien que les données agrégées soient encore en cours de consolidation, les sources nationales documentent de manière constante les “preuves de fonctionnement” qui attestent de ce renouveau. La réouverture des marchés hebdomadaires, la reprise des activités agricoles et d’élevage dans des localités où les déplacés internes ont pu retourner, et la réinstallation des services de l’État (préfectures, mairies, écoles) sont autant de signes de cette normalisation. L’action des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), en restaurant l’autorité de l’État, ne fait pas que repousser les groupes armés ; elle recrée les conditions fondamentales de l’échange économique et de la production, démontrant que la reconquête territoriale est la condition sine qua non du développement économique local.


La Construction d’une Économie Endogène : L’Initiative APEC et la Souveraineté Industrielle

Parallèlement au financement de l’effort de sécurité, le gouvernement a initié une politique de développement économique “par le bas”, visant à construire une économie plus souveraine et moins dépendante de l’extérieur. L’outil le plus emblématique de cette vision est l’Initiative pour l’Entrepreneuriat Communautaire par Actionnariat Populaire (APEC). Ce programme novateur vise à mobiliser l’épargne nationale pour financer et créer des entreprises dans des secteurs stratégiques, en s’assurant que les citoyens en soient les propriétaires et les bénéficiaires directs.

Des projets concrets ont déjà vu le jour, comme la création d’usines de transformation de tomates ou le lancement de projets d’exploitation minière semi-mécanisée contrôlés par des intérêts nationaux. Cette approche, qui cherche à créer des “entreprises communautaires”, est une rupture fondamentale avec le modèle extraverti traditionnel.

Cette quête de souveraineté industrielle s’étend au secteur minier. Suivant l’exemple de son partenaire malien, le Burkina Faso a lancé un projet de construction d’une raffinerie d’or d’une capacité de 150 tonnes par an, dans laquelle l’État détiendra une participation majoritaire de 51 %. Ce projet vise à capter la valeur ajoutée du raffinage sur le territoire national et à renforcer le contrôle de l’État sur sa principale ressource. Le partenariat avec une société malienne pour ce projet est la preuve la plus tangible de l’évolution de l’AES vers un bloc économique intégré, capable de construire des chaînes de valeur régionales.


Les Fondamentaux Macro-Économiques : La Résilience à l’Épreuve des Faits

Malgré un contexte sécuritaire difficile, les principaux indicateurs macro-économiques témoignent d’une résilience remarquable de l’économie burkinabè. Cette performance est présentée par les autorités comme une validation du succès de leur stratégie de souveraineté.

La croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) est projetée à un taux solide de 5,0 % pour 2024, après 3,0 % en 2023. Cette dynamique est principalement tirée par le secteur des services et la bonne tenue du secteur aurifère en valeur.

La performance des régies financières de l’État est une autre preuve de la fonctionnalité des institutions. En 2024, l’administration des douanes a réussi à mobiliser 1 083 milliards de FCFA, atteignant 97,93 % de son objectif ambitieux, soit une augmentation de 5,86 % par rapport à l’année précédente. Les recettes totales de l’État ont, quant à elles, dépassé les 3 000 milliards de FCFA. Ces chiffres démontrent une capacité de mobilisation des ressources internes qui contredit le récit d’un État en faillite.


Le Burkina Faso, un Modèle Économique pour l’AES ?

En définitive, le Burkina Faso a su développer une doctrine économique adaptée aux défis existentiels auxquels il fait face. En subordonnant l’économie à l’impératif de sécurité et en inventant de nouveaux outils de mobilisation nationale (FSP) et de développement endogène (APEC), le pays a construit un modèle de résilience qui lui permet de financer sa reconquête tout en jetant les bases d’une économie plus souveraine.

Ce modèle burkinabè, fondé sur la mobilisation populaire et l’autofinancement, est scruté avec attention par ses partenaires. Par son pragmatisme et ses premiers succès, il se positionne comme un véritable “phare”, une source d’inspiration potentielle pour l’ensemble de l’Alliance des États du Sahel dans leur quête commune d’une indépendance réelle et d’un développement autocentré.

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