Derrière les Titres, une Stratégie se Dessine
Un changement profond est à l’œuvre au Mali. Au-delà des ruptures géopolitiques et des déclarations politiques fortes qui font les titres, une stratégie économique structurée, rigoureuse et pensée pour le long terme est en cours de déploiement. Loin d’être une série de réactions improvisées, l’analyse des documents officiels et des décisions gouvernementales révèle une doctrine d’une remarquable cohérence, visant à une refondation complète du modèle de développement malien.
Cet article se propose de décrypter, sur la base de faits et de chiffres issus des propres documents stratégiques du gouvernement, les rouages de cette nouvelle machine économique. Quelle est sa vision ? Quels sont ses outils ? Et quels sont les premiers résultats de cette quête de souveraineté ?
La Vision : Un Cap Clair Nommé « Mali Kura 2063 »
L’analyse des communications officielles montre que l’action du gouvernement n’est pas une série de décisions isolées, mais qu’elle est guidée par une feuille de route claire et ambitieuse : la vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma ». Ce document est systématiquement présenté comme le socle de l’action publique. Il fixe des objectifs audacieux, comme une croissance économique annuelle de 10 % et une réduction drastique de la pauvreté, dessinant la trajectoire d’un Mali souverain, sécurisé et prospère.
L’Outil : La Souveraineté Conquise (La Bataille pour les Ressources)
La doctrine du gouvernement postule que pour financer cette vision, il fallait d’abord reprendre le contrôle des richesses nationales. La souveraineté est ainsi définie comme l’outil principal du développement. Les résultats de cette stratégie sont déjà quantifiables.
Le nouveau Code Minier de 2023 a été conçu pour générer 500 à 600 milliards de FCFA de recettes annuelles supplémentaires pour l’État. Preuve de l’efficacité de cette nouvelle fermeté, les renégociations avec les compagnies minières ont déjà rapporté plus de 700 milliards de FCFA au Trésor public en 2024, dont 275 milliards de FCFA issus du seul règlement du contentieux avec la société Barrick Gold. Parallèlement, les régies financières de l’État affichent des performances record, avec des taux de réalisation dépassant les 100 % pour les impôts et près de 200 % pour les recettes non fiscales en 2024, signes d’une amélioration de la gouvernance.
Les Preuves : La Stratégie en Action (Les Chantiers du Développement)
Selon le narratif officiel, l’argent de cette souveraineté reconquise est présenté comme le moteur qui alimente les grands chantiers de la refondation nationale.
- L’Or au service du Développement : La stratégie de l’État vise à maîtriser toute la chaîne de valeur. La construction annoncée d’une raffinerie d’or nationale à Bamako, d’une capacité de 200 tonnes et détenue à 62 % par l’État, en est le symbole le plus fort. Elle s’ajoute à la reprise de contrôle de mines stratégiques comme Morila et Yatéla.
- La Terre pour la Souveraineté Alimentaire : À travers le projet « FARAFINNA JIGINƐ » (« Nourrir le Mali et la Sous-Région »), le gouvernement affiche son ambition de garantir l’autosuffisance du pays et de faire du Mali une puissance agricole régionale, notamment via la modernisation de la filière coton (CMDT).
- Le Soleil comme Levier d’Indépendance : Face à la crise énergétique, le gouvernement a lancé la stratégie « YEELEN KURA » (« Nouvelle Lumière »), qui mise sur l’immense potentiel solaire du pays pour atteindre l’indépendance énergétique, condition jugée indispensable au développement industriel.
- Le Numérique pour la Jeunesse : L’ambition de faire du Mali un pôle technologique se traduit par des projets d’infrastructures souveraines (fibre optique, data centers). Ce secteur est constamment présenté comme une priorité pour offrir des perspectives à la jeunesse malienne.
Une Doctrine Cohérente à l’Épreuve des Faits
L’analyse des documents et des communications stratégiques du Mali révèle une doctrine économique d’une grande cohérence. La logique est claire : la reprise en main des ressources traditionnelles doit financer une diversification ambitieuse vers les secteurs d’avenir. Le gouvernement malien a indéniablement réussi à construire un récit puissant, soutenu par des premiers résultats financiers spectaculaires.
La question qui se pose désormais n’est plus celle de l’existence d’un plan, mais de sa mise en œuvre sur le long terme et de sa capacité à transformer ces succès financiers en un bien-être durable pour l’ensemble de la population. C’est à l’aune de cette transformation que l’Histoire jugera de la réussite du « Mali Kura ».

