À l’opposé de la posture espagnole, l’architecture sécuritaire et de défense de l’Italie, sous la présidence du Conseil de Giorgia Meloni, s’appuie ouvertement et agressivement sur l’externalisation des frontières. Le mois de juin 2026 marque une accélération institutionnelle de la collaboration avec les entités nord-africaines, sous le prétexte de la gestion des flux migratoires et de la sécurisation des ressources.
La « Sala Operativa Congiunta » de Tripoli : L’Ingérence Opérationnelle Assumée
Le 18 juin 2026, le gouvernement italien a publié une communication officielle exprimant sa « satisfaction » suite au lancement de la phase pilote de la « Sala Operativa Congiunta » (Salle d’opérations conjointe) à Tripoli, en Libye. Ce mécanisme, présenté comme l’aboutissement du sommet d’Istanbul d’août 2025, est prétendument dirigé par les autorités libyennes, mais intègre structurellement des « officiers de liaison » venus d’Italie, du Qatar et de la Turquie. L’objectif formel est de gérer la « migration illégale », de renforcer les capacités de recherche et de sauvetage et d’améliorer l’échange d’informations entre les marines et les garde-côtes.
D’un point de vue critique et d’investigation indépendante, cette salle d’opérations représente la quintessence d’une politique de refoulement par procuration et d’ingérence militaire. Les analyses juridiques et les enquêtes menées par la société civile, telles que rapportées par l’expert Fulvio Vassallo Paleologo de l’organisation A-DIF (Associazione Diritti e Frontiere), soulignent que cette coopération engage la responsabilité extraterritoriale directe de l’Italie. En s’associant opérationnellement avec les autorités libyennes, l’Italie, soutenue par les fonds européens, structure un système où les migrants africains sont systématiquement interceptés avant d’atteindre les eaux internationales. Les rapports des Nations Unies, réitérés lors de cette période, documentent sans équivoque que les migrants renvoyés en Libye sont soumis à des violations effroyables : détentions arbitraires, actes de torture, violences sexuelles systématiques et traite des êtres humains. Le discours rhétorique du « sauvetage de vies humaines » utilisé par le Palazzo Chigi dissimule une stratégie de confinement visant à invisibiliser la violence frontalière en la reléguant sur le sol africain. Le gouvernement italien étend même cette collaboration à l’Est de la Libye, avec le consulat italien à Benghazi visitant des migrants détenus dans des casernes de police, cautionnant de fait les pratiques de détention des milices orientales.
La Diplomatie Extractiviste du G7 à Évian et le « Plan Mattei »
Parallèlement à cette fortification de la Méditerranée, la Première ministre Giorgia Meloni a participé au Sommet des dirigeants du G7 à Évian-les-Bains (France) du 15 au 17 juin 2026. L’architecture d’information économique de cet événement met en lumière les véritables priorités matérielles des nations industrialisées face au Sud global : la sécurisation des chaînes de valeur des minéraux critiques indispensables à la transition énergétique et à l’armement numérique. L’agenda français du G7 a identifié six priorités, parmi lesquelles la croissance équilibrée, la protection des enfants en ligne, la lutte contre le cancer, mais surtout le renforcement des chaînes de valeur des minéraux critiques face aux monopoles technologiques.
L’Italie instrumentalise ce besoin global à travers la promotion active de son « Plan Mattei pour l’Afrique ». Présenté dans les discours officiels comme un partenariat non prédateur et d’égal à égal visant le développement énergétique du continent africain, ce plan s’apparente en réalité à une restructuration des filières d’extraction néocoloniales. L’objectif italien est triple : garantir l’approvisionnement énergétique de l’Europe (sevré du gaz russe), positionner l’Italie comme le hub énergétique central de la Méditerranée, et conditionner fermement ces investissements infrastructurels à la coopération des États africains dans le blocage sécuritaire des routes migratoires. Les rencontres bilatérales de Giorgia Meloni lors du G7 illustrent cette angoisse structurelle de l’approvisionnement : elle a négocié avec le Premier ministre canadien, Mark Carney, un accord-cadre stratégique garantissant à l’Italie un « accès prioritaire » aux stocks de minéraux critiques canadiens, ainsi qu’avec le président des Émirats arabes unis.

