L’unité caribéenne face à la crise cubaine n’est cependant pas monolithique. L’architecture de défense de la Jamaïque, analysée à travers ses décisions maritimes et diplomatiques, révèle une approche pragmatique, voire complaisante, à l’égard de la projection de force nord-américaine, fracturant la solidarité régionale.

L’Énigme du USS Nimitz à Kingston

La démonstration de force la plus ostentatoire de l’encerclement militaire de Cuba a impliqué directement la Jamaïque. Du 1er au 5 juin 2026, le porte-avions à propulsion nucléaire USS Nimitz (CVN-68) et son groupe aéronaval ont accosté au port de Kingston.

La ministre jamaïcaine des Affaires étrangères, Kamina Johnson-Smith, a vigoureusement rejeté les inquiétudes régionales, qualifiant cette présence militaire massive de simple “visita programada” (visite de routine) s’inscrivant dans le cadre de l’opération Southern Seas 2026 du SOUTHCOM. Elle a minimisé le potentiel offensif de la visite, arguant que les États-Unis n’ont de toute façon pas besoin de cacher leur puissance. Durant cette escale, les autorités locales ont multiplié les rencontres avec le commandement de l’US Navy, offrant un blanc-seing diplomatique à cette manœuvre.

Toutefois, d’un point de vue souverainiste et critique, la complaisance de Kingston pose un risque majeur de sécurité régionale. Comme l’ont souligné Byron Blake, ex-chef du commerce de la CARICOM, et Neville Bissember, professeur de droit guyanien, cette visite coïncide tragiquement avec l’inculpation historique de Raúl Castro et l’échéance des sanctions de l’EO 14404. La Jamaïque a, de facto, offert une base logistique avancée à l’arsenal américain, légitimant la militarisation des Caraïbes à quelques encablures des côtes cubaines.

Le Démantèlement des Missions Médicales Cubaines

L’alignement tacite de Kingston sur la politique d’isolement de Washington s’est également manifesté par une rupture de la coopération civile Sud-Sud. Le gouvernement jamaïcain a annoncé la fin définitive des missions médicales cubaines sur son territoire (qui incluaient le programme ophtalmologique majeur Operación Milagro). La justification officielle portait sur des litiges financiers et des accusations de “rétention de passeports”. Cette rhétorique fait directement écho aux campagnes de désinformation du Département d’État américain, qui s’efforce depuis des années de qualifier l’internationalisme médical cubain de “travail forcé” pour assécher cette source vitale de devises pour La Havane. Dans le même élan répressif, la coopération migratoire bilatérale s’est durcie, la Jamaïque condamnant et expulsant systématiquement les migrants cubains interceptés sur ses côtes.

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