La Jamaïque s’engage dans une reconfiguration de son architecture d’État pour aligner son savoir scientifique sur ses impératifs de développement socio-économique, tout en tentant de panser les plaies d’une société profondément fracturée par la violence.
Le Plan ST&I 2026-2035 : Sortir de la périphérie technologique
Le 2 juin 2026, le ministre chargé de la Science, de la Technologie et des Projets Spéciaux, le Dr. Andrew Wheatley, a détaillé devant la Chambre des Représentants le plan stratégique national “Science, Technologie et Innovation” (ST&I) 2026-2035, baptisé The House of Innovation. L’analyse du ministre fut cinglante : la recherche jamaïcaine a historiquement opéré en vase clos. L’expertise des universités n’atteint jamais les agriculteurs, et les découvertes des laboratoires ne pénètrent jamais les usines.
Pour rompre ce cycle de dépendance qui relègue la Jamaïque au statut de consommateur de technologies étrangères, le plan prévoit une architecture de financement mixte de 350 millions de dollars américains sur dix ans, appuyée par la Banque de Développement de la Jamaïque et la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Ce cadre sera dirigé par un Conseil ministériel de l’innovation présidé par le Premier ministre, avec pour piliers la sécurité alimentaire, la résilience climatique, la biotechnologie et l’intelligence artificielle (IA). L’intégration de l’IA est prise très au sérieux, comme l’a confirmé Trevor Forrest lors de la 11e Conférence biennale de la diaspora jamaïcaine (16-18 juin), annonçant que les employés du gouvernement recevront une formation obligatoire en intelligence artificielle pour moderniser la prestation de services publics.
Inclusion, handicap et la guerre contre la criminalité
Cette projection dans la modernité contraste fortement avec la dure réalité du tissu social. Le 12 juin 2026, à Morant Bay, la Commission de l’aide juridique a organisé la 11e Foire de la justice pour les personnes handicapées. Le ministre de la Justice, Delroy Chuck, y a livré un discours poignant, exhortant la communauté des personnes handicapées à s’émanciper économiquement via les programmes de formation gratuits du HEART/NSTA Trust (qui offrent des allocations hebdomadaires allant jusqu’à 16 500 dollars jamaïcains).
Toutefois, le discours a rapidement dévié vers l’urgence sécuritaire absolue. Le ministre a appelé les personnes handicapées à devenir des acteurs de la lutte contre la violence domestique et les homicides. Ses déclarations résonnent comme un avertissement sans concession adressé aux gangs : “Si vous ne rendez pas les armes, la police viendra vous chercher”. L’État jamaïcain tente ici une pédagogie de la dissuasion, invitant la population à utiliser les tribunaux de justice restaurative et les programmes de “déjudiciarisation” pour les mineurs (Child Diversion), afin de briser le pipeline menant de la pauvreté au système carcéral, véritable fléau des jeunesses noires caribéennes.

