Les données officielles émanant du Mozambique dépeignent un État naviguant dans des eaux troubles : assurer le maintien de l’hégémonie du parti historique, gérer les retombées d’une crise migratoire externe et concéder des pans de sa souveraineté sécuritaire.

L’Acquiescement du Conseil Constitutionnel

L’architecture judiciaire suprême a joué un rôle de bouclier pour le pouvoir politique. Une requête déposée par 14 citoyens demandait au Conseil Constitutionnel de déclarer inconstitutionnelle l’accumulation des fonctions par Daniel Chapo, agissant simultanément en tant que Président de la République et Président du parti Frelimo. Dirigé par Lúcia Ribeiro, le Conseil Constitutionnel a rendu un arrêt refusant catégoriquement de se prononcer en faveur de l’incompatibilité de ces fonctions.

Les juges ont justifié cette position en affirmant que la loi doit être interprétée selon « l’harmonie de la systématique de l’option politique du législateur constituant », validant de fait la concentration du pouvoir au sommet de l’État et du Parti. Cette jurisprudence consacre la fusion entre l’État et le parti historique, fermant la porte à une séparation stricte des pouvoirs réclamée par la société civile.

Asymétrie Souveraine et Capital Européen

Sur le plan sécuritaire, le Mozambique externalise toujours le maintien de sa souveraineté territoriale face à l’insurrection dans le nord. Au début du mois de juin, les dynamiques à Cabo Delgado ont évolué de manière significative : le Rwanda, dont les troupes sécurisent les zones gazières, a décidé de traiter « directement et exclusivement » avec le gouvernement mozambicain pour le financement de son déploiement, court-circuitant les mécanismes multilatéraux antérieurs. Parallèlement, le Ministre de la Défense Cristóvão Artur Chume a signé des accords bilatéraux de défense et de renseignement avec la Tanzanie, confirmant une politique de sécurité fragmentée et dépendante d’acteurs régionaux.

En quête de capitaux pour soutenir cette économie de guerre et relancer son développement, le gouvernement a co-organisé le « Mozambique-EU Global Gateway Business Forum » à Maputo les 9 et 10 juin 2026. Ce forum, visant l’industrialisation verte, l’agro-industrie et les infrastructures de connectivité, illustre la tentative de monétiser les minéraux critiques du pays en attirant des capitaux européens en échange de la sécurisation des corridors logistiques.

La Douleur du Rapatriement Face à la Xénophobie

Le pendant dramatique de cette intégration économique macro-régionale est la gestion des citoyens mozambicains prolétarisés. Suite à la résurgence des violences xénophobes en Afrique du Sud, les missions diplomatiques mozambicaines ont organisé en urgence le rapatriement de 714 citoyens au début du mois de juin (dont 169 exfiltrés de camps temporaires à Mossel Bay et Hermanus). La Secrétaire d’État Maria de Fátima Manso s’est rendue à Pretoria pour exiger une « humanisation » des expulsions. Cependant, le gouvernement sud-africain ayant fermement refusé l’établissement de camps de réfugiés sur son sol, Maputo subit de plein fouet le contrecoup de la fragilité de la main-d’œuvre migrante est-africaine.

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