Une enquête de la rédaction de BeauSale.info
POINTE-À-PITRE – Un témoignage accablant, étayé par une analyse juridique rigoureuse. C’est ce qui ressort des déclarations de Mme Justine, responsable administrative et comptable au sein d’un Office de Tourisme Intercommunal (OTI) de Guadeloupe, qui a décidé de briser le silence. Ce qui a commencé en juin 2025 par une alerte formelle auprès du préfet, du procureur et de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP) s’est transformé en une affaire aux ramifications potentiellement criminelles, mêlant soupçons de détournements de fonds publics, harcèlement systémique, chantage et possibles falsifications de documents administratifs.
Le Chantage et le Harcèlement comme Outils de Gestion
Au cœur du scandale se trouve une pratique de management d’une rare violence. Selon Mme Justine, après avoir dénoncé des irrégularités, la direction, incarnée par une certaine Mme Azor, lui aurait fait une proposition sidérante : « Reconnaissez que vous avez falsifié [des documents], et si vous reconnaissez, on vous envoie à Sainte-Anne et on vous garantit votre salaire ». Cet acte, s’il est avéré, pourrait être qualifié pénalement de chantage au sens de l’article 312-10 du Code pénal, un délit passible de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. L’analyse juridique des faits est formelle : la menace de mettre à exécution une procédure de licenciement pour obtenir un aveu de culpabilité correspond à la définition de l’infraction.
Face à son refus catégorique, une procédure de licenciement jugée “hors cadre légal” a été enclenchée. Une situation d’autant plus grave que la loi protège fermement les lanceurs d’alerte contre de telles mesures de représailles, rendant tout licenciement dans ce contexte “nul de plein droit”. Le témoignage dépeint également une ambiance de travail délétère où “tous mes collègues se font harceler par cette dame», avec des accusations infondées de vol d’essence utilisées comme “prétextes pour virer les gens”. Ces agissements répétés correspondent à la définition du harcèlement moral (article 222-33-2 du Code pénal), puni de 2 ans de prison et 30 000 € d’amende.
Des Fonds Publics et des Documents au Cœur des Soupçons
Les dénonciations ne s’arrêtent pas là et touchent directement à l’utilisation de l’argent public. Mme Justine affirme que la directrice conduisait un véhicule de location sans être titulaire du permis de conduire, tout en percevant des indemnités kilométriques de 200 euros par mois. Ce fait, s’il est confirmé, pourrait relever du détournement de fonds publics (article 432-15 du Code pénal), une infraction lourdement sanctionnée : 10 ans d’emprisonnement et un million d’euros d’amende. La responsabilité de l’employeur (l’OTI) est également engagée pour manquement à son obligation de vérifier la validité du permis de conduire de ses salariés.
D’autres irrégularités sont pointées du doigt : du matériel acheté avec des fonds publics qui ne serait pas utilisé dans les locaux professionnels, et des signatures de mails par des employées usurpant le titre de “directrice de pôle” pour lequel elles n’ont pas la légitimité. Ces faits, s’ils sont prouvés, pourraient même être qualifiés de crime de faux en écriture publique par une personne chargée d’une mission de service public (article 441-4 du Code pénal). La sanction encourue est alors de 15 ans de réclusion criminelle et 225 000 € d’amende, impliquant la compétence de la Cour d’assises.
Une Chaîne de Responsabilités et une Gouvernance en Question
Le témoignage met en cause une potentielle défaillance en cascade. Mme Justine explique clairement le fonctionnement de la chaîne comptable : en tant que responsable, elle prépare les mandats, mais c’est la directrice, en sa qualité d’ordonnatrice, qui “signe et valide” avant envoi à la trésorerie de Sainte-Anne pour contrôle et paiement. Elle insiste sur le fait qu’elle ne décide, ni des paiements, ni des recrutements ou licenciements, qui relèvent d’un comité de direction.
Cette organisation place la responsabilité des actes au plus haut niveau. Le président de l’OTI de l’époque, M. Richard Albert, aurait légitimé la procédure de licenciement à son encontre, déclarant que Mme Azor était “légitime de poursuivre sa procédure”. Un tel soutien pourrait, selon l’analyse juridique, être interprété comme un acte de complicité, exposant son auteur aux mêmes peines que l’auteur principal.
Aujourd’hui, la situation reste critique. Des salariés attendent toujours leurs fiches de paie depuis des mois, en violation flagrante du droit du travail. L’affaire, désormais publique, pose une question fondamentale : comment une telle situation, potentiellement délictueuse, a-t-elle pu perdurer au sein d’une institution publique chargée de promouvoir l’image de la Guadeloupe ? La réponse des autorités, saisies dès juin 2025, est désormais attendue.

