Le traitement de l’information gouvernementale égyptienne de la première quinzaine de juin 2026 dévoile un exercice d’équilibrisme macroéconomique de haute voltige. Le Cabinet, sous la présidence du Premier ministre Mostafa Madbouly, est pris en étau entre les exigences de consolidation budgétaire du Fonds Monétaire International (FMI) et l’impératif absolu de maintenir la paix sociale et la sécurité alimentaire.

La loi la plus controversée de la période est sans conteste le projet gouvernemental annulant l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur le gaz naturel. Ce texte impose désormais une « table tax » (taxe spécifique) de 20 EGP par tranche de 1 000 pieds cubes. Nigel Clarke, directeur général adjoint du FMI, avait publiquement exigé l’élargissement de l’assiette fiscale et la réduction des exemptions pour débloquer les revues du prêt de 8 milliards de dollars. Toutefois, l’investigation révèle l’astuce de l’Autorité Fiscale Égyptienne (ETA) : Rasha Abdel Aal, sa directrice, a conçu l’amendement de sorte que la charge pèse exclusivement sur les entités commerciales d’achat et de vente de gaz. Le texte est juridiquement verrouillé pour interdire toute répercussion de cette taxe sur le prix du gaz à usage domestique, protégeant ainsi les ménages d’une inflation énergétique qui pourrait être politiquement fatale.

Parallèlement, dans un acte de protectionnisme souverain, le Conseil des ministres a approuvé le 4 juin 2026 un projet de décision prolongeant d’un an supplémentaire la suspension de la loi n° 113/1939 relative à l’impôt foncier agricole. Suspendre l’impôt sur la terre des fellahs (paysans) n’est pas une simple faveur fiscale. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement frumentaire sont devenues des armes de guerre, l’Égypte abaisse les coûts de production locaux pour stimuler la culture des produits agricoles stratégiques, garantissant ainsi l’approvisionnement des silos nationaux sans dépendre des devises étrangères.

Émancipation Féminine par le Droit du Travail et Rénovation du Service Public

L’architecture juridique égyptienne s’est drastiquement modernisée pour encadrer le travail des femmes, répondant aux réalités du « care » (travail du soin). L’implémentation de la nouvelle loi du travail (loi n° 14 de 2025) a vu son plein effet en juin 2026. Cette législation est d’avant-garde : le congé de maternité est prolongé de trois à quatre mois, intégralement payés, et l’exigence d’une ancienneté de dix mois pour en bénéficier a été supprimée, protégeant de facto les jeunes travailleuses précaires. Le droit prévoit également une réduction du temps de travail en fin de grossesse et deux ans de pauses d’allaitement. Plus radical encore, un décret ministériel oblige désormais toute entreprise comptant plus de 100 employées sur un même site à mettre en place une crèche, ou à mutualiser les coûts avec des entreprises voisines pour offrir des services de garde d’enfants agréés. Cette doctrine force le capital privé à assumer les coûts de la reproduction sociale, un levier puissant d’autonomisation économique des femmes.

Sur le front de l’administration et de l’aménagement du territoire, le 4 juin 2026, le Cabinet a validé un vaste plan de promotion des fonctionnaires régis par la loi sur la fonction publique (loi n° 81/2016), garantissant des augmentations salariales via une indemnité de promotion de 5 % dès juillet. Le 10 juin 2026, l’État planificateur a approuvé sept résolutions du Fonds de soutien au logement social, fixant les prix de vente pour contenir la spéculation immobilière (notamment à Port-Saïd), tout en émettant un décret présidentiel allouant 16,47 feddans de terres domaniales à Nag Hammadi (Gouvernorat de Qena) pour la construction d’une usine de traitement des eaux usées, une infrastructure vitale pour la résilience hydrique de la Haute-Égypte.

Tableau 4 : Décisions Stratégiques du Cabinet Égyptien (Juin 2026)

Domaine d’ActionDécision / LoiImplication Socio-Économique
Fiscalité ÉnergétiqueFin de l’exonération TVA sur le gaz naturel.Taxe de 20 EGP/1000 cf ciblant les entreprises, ménages protégés.
Sécurité AlimentaireSuspension de l’impôt foncier agricole (Loi 113/1939).Baisse des coûts de production du fellah, stimulation des cultures stratégiques.
Droits des FemmesApplication de la Loi 14/2025 sur le travail.Congé maternité de 4 mois, obligation de crèches pour les entreprises > 100 femmes.
Service PublicPromotions massives (Loi 81/2016).Valorisation des carrières publiques, prime de 5 % au 1er juillet.
Aménagement UrbainAllocation de 16,47 feddans à Qena.Construction d’infrastructures souveraines de traitement des eaux usées.

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