La République-Unie de Tanzanie a présenté pour 2026/2027 un budget souverain massif, traduisant une dynamique d’hyper-croissance ininterrompue et une volonté assumée d’hégémonie économique et institutionnelle au sein de la sphère est-africaine.

L’expansion budgétaire et le verrouillage de la prédation fiscale

Le Ministère des Finances tanzanien a dévoilé une loi de finances 2026/2027 titanesque, s’élevant à 62,334 billions de shillings tanzaniens (TZS). Le rapport *Budget Insight FY 2025-26* expose la trajectoire fulgurante de l’accumulation du capital étatique : le budget national a explosé de 70 % en l’espace de six ans, bondissant de 34,9 billions de TZS en 2020/2021 à 56,49 billions en 2025/2026, pour finalement franchir la barre des 62 billions lors de cet exercice.

La souveraineté fiscale tanzanienne se matérialise par une mobilisation agressive des ressources intérieures. Le ratio des recettes fiscales par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB) s’est hissé de 13,7 % (2020/2021) à 15,8 % (2024/2025), avec une cible de 16,8 % pour 2025/2026. Cette hausse, loin d’être accidentelle, découle de réformes administratives profondes. L’analyse des dépenses révèle une part prépondérante accordée au développement du capital humain et au service de la dette (remboursement du principal de la dette s’élevant à 8,03 billions de TZS), tout en augmentant la masse salariale publique à 6,98 billions de TZS. Le budget de développement d’origine externe a crû de 49 % (atteignant 5,38 billions de TZS), soulignant la capacité de Dodoma à capter les financements internationaux pour ses mégaprojets d’infrastructures.

La rationalisation des prélèvements est gravée dans le marbre de la loi. Le *Finance Bill 2025/2026* propose un amendement révolutionnaire au Budget Act (Chapitre 439) via l’introduction de l’article 60A. Cette disposition d’airain interdit à toute agence gouvernementale d’imposer, de créer ou de modifier des taxes, redevances ou prélèvements sans l’approbation explicite et formelle du Ministre des Finances. L’objectif est double : éradiquer les impositions arbitraires qui étouffent l’entrepreneuriat local et aligner chaque prélèvement sur la politique fiscale macroéconomique globale.

Sur le plan du développement humain, le budget du Ministère de l’Eau a connu une augmentation spectaculaire de 25 % par rapport à l’année précédente, s’établissant à 1,12 billion de TZS (soit 2 % du budget de l’État), garantissant l’accès à cette ressource vitale.

Financement endogène de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC)

La Présidente Samia Suluhu Hassan s’affirme comme l’architecte de la viabilité institutionnelle panafricaine. Le discours sur le budget révèle que la Tanzanie a pesé de tout son poids lors du récent sommet de l’EAC pour imposer une rationalisation drastique des coûts structurels régionaux. Sous son impulsion directe, il a été décidé que, pour alléger le fardeau cumulatif pesant sur le budget central de l’EAC, les membres de l’Assemblée Législative de l’Afrique de l’Est (EALA) seront désormais rémunérés directement par les assemblées nationales de leurs pays respectifs à compter de décembre 2027, date de fin du mandat de l’assemblée actuelle. Cette mesure marque la fin d’une centralisation coûteuse et responsabilise chaque État membre vis-à-vis de ses représentants régionaux.

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