Un portefeuille de financement de 15 milliards de livres soudanaises a été lancé à Dongola pour l’énergie solaire et les intrants agricoles. Il vise environ 10 000 bénéficiaires. Son effet sur la production dépendra des conditions du crédit, des équipements disponibles et de la capacité des exploitations à les entretenir.
Une enveloppe annoncée pour le solaire et les intrants
La Banque centrale du Soudan annonce le lancement, le 15 octobre 2026 à Dongola, d’un portefeuille d’environ 15 milliards de livres soudanaises destiné à l’énergie solaire et aux intrants agricoles dans l’État du Nord. Cinq banques y participent sous la conduite de Bank of Khartoum, aux côtés de l’initiative portée par la banque centrale. La cible annoncée est d’environ 10 000 bénéficiaires. [1]
Les autres établissements nommés sont Tadamon Islamic Bank, Agricultural Bank of Sudan, Farmers Commercial Bank et Al Nile Bank. L’agence de garantie du microfinancement Tayseer est également associée au dispositif. [1] La présence de plusieurs institutions renseigne le montage annoncé ; elle ne précise pas encore le montant effectivement engagé ou décaissé par chacune.
Le titre de relance productive doit donc être confronté à une chaîne d’opérations : un financement accessible, un matériel adapté, une installation fonctionnelle, des récoltes commercialisables et une capacité de remboursement. L’enveloppe ouvre une possibilité. Elle ne démontre pas que dix mille exploitations disposent déjà d’une pompe solaire.
Le pompage solaire possède un précédent dans l’État du Nord
L’usage agricole du solaire à Dongola ne commence pas en 2026. En novembre 2018, le PNUD présentait un programme mené avec les autorités soudanaises et financé par le Fonds pour l’environnement mondial. Il décrivait une phase pilote dans les sept localités de l’État du Nord et un projet d’extension. Ces objectifs historiques ne peuvent être transformés en bilan actuel de l’ensemble des installations. [2]
Une communication du PNUD de 2019 mentionnait ensuite 29 fermes de démonstration dans cet État et un mécanisme national de financement photovoltaïque. [3] Ce précédent montre que les obstacles techniques et financiers avaient déjà donné lieu à des expérimentations. Il ne prouve ni que les équipements ont tous continué à fonctionner ni que les mêmes conditions financières s’appliquent au portefeuille de 2026.
Le contexte a changé avec la guerre. Une étude présentée par le PNUD le 18 mai 2026 décrit des difficultés d’accès au financement, d’importation des composants, de qualité des équipements et de maintenance dans le secteur solaire soudanais. [4] Ces contraintes éclairent l’initiative nouvelle, sans constituer un audit spécifique des exploitations qui seront sélectionnées dans l’État du Nord.
Dix mille bénéficiaires visés ne signifient pas dix mille prêts accordés
Le portefeuille couvre à la fois l’énergie solaire et les intrants. Il ne faut donc pas attribuer toute l’enveloppe à l’achat de panneaux ou de pompes. [1] La ventilation entre équipements, semences, engrais et autres besoins déterminerait la contribution de chaque composante au cycle de production, mais elle n’est pas publiée dans les annonces examinées.
Le nombre annoncé constitue une cible. Pour établir la réalisation, il faudrait disposer des demandes reçues, des dossiers acceptés, des décaissements et des installations réceptionnées. Diviser simplement le montant global par dix mille ne donnerait pas le montant auquel chaque agriculteur aurait droit : les projets, les besoins et les modalités de financement peuvent différer.
L’Organisation arabe pour le développement agricole indique participer au dispositif par des services non financiers : études, soutien technique, organisation, formation et mise en relation. Elle présente ce rôle comme complémentaire à celui de Bank of Khartoum et à la garantie de Tayseer. [5] Il s’agit d’une répartition annoncée des fonctions, dont les prestations effectives devront être suivies.
Les objectifs agricoles de l’ensemble de l’État ne sont pas davantage la superficie couverte par ce seul portefeuille. Un programme financier peut contribuer à une campagne plus large sans la financer intégralement. Évaluer sa contribution demande d’isoler les exploitations soutenues et les résultats qui peuvent raisonnablement être reliés à ce soutien.
Le coût de l’énergie baisse seulement si le système fonctionne
Le solaire peut réduire les dépenses récurrentes de carburant pour le pompage, mais il exige un investissement initial et un système dimensionné pour l’usage. La FAO rappelle que la viabilité dépend notamment de la configuration, de la profondeur du prélèvement, du stockage de l’eau, des cultures et des débouchés. [6] Aucun délai universel de remboursement ne peut être appliqué à toutes les exploitations.
Pour l’agriculteur, le coût pertinent comprend le matériel, l’installation, l’entretien, les pièces, le financement et les pertes éventuelles liées aux interruptions. Une offre moins chère à l’achat peut devenir plus coûteuse si une panne survient au moment critique de l’irrigation. À l’inverse, un équipement bien suivi peut apporter une autonomie utile même sans augmenter immédiatement les surfaces cultivées.
L’étude du PNUD de 2026 insiste sur les difficultés des importateurs et sur la disponibilité des techniciens, à partir notamment d’entretiens conduits en 2025. [4] La question n’est donc pas seulement celle de l’argent versé au producteur : elle concerne aussi la chaîne capable de livrer, installer et réparer le matériel.
Le crédit doit également être rapproché du calendrier des revenus. Une échéance avant la vente de la récolte peut créer une tension de trésorerie, même si l’investissement paraît rentable sur plusieurs années. La garantie d’un financement peut réduire certains risques pour les prêteurs ; elle ne signifie pas que la dette du producteur est effacée ni que tous les aléas sont couverts. Les contrats sont nécessaires pour connaître ce partage.
Les producteurs doivent conserver la maîtrise de l’équipement et de l’eau
Le bénéfice recherché pour les agriculteurs est une capacité plus stable à produire, pas seulement la possession d’un nouvel actif. Elle suppose de comprendre le fonctionnement de l’installation, d’obtenir une intervention en cas de panne et de pouvoir remplacer un composant sans dépendre d’un fournisseur introuvable. La formation locale et les pièces disponibles font partie de cette autonomie.
Les petits producteurs peuvent rencontrer des obstacles différents de ceux des grandes exploitations : garanties demandées, documents disponibles, accès aux guichets, capacité à apporter une contribution initiale. Aucune distribution des bénéficiaires par taille d’exploitation, sexe ou situation foncière n’a été obtenue. L’objectif d’inclusion doit donc rester un objectif à vérifier dans la sélection et les conditions réellement proposées.
La maîtrise de l’énergie ne résout pas automatiquement la gestion de l’eau. La FAO souligne qu’un pompage moins coûteux peut encourager des prélèvements supplémentaires et recommande de l’inscrire dans une gestion adaptée des ressources. [6] Ce risque général ne prouve pas une surexploitation causée par le portefeuille de Dongola. Il justifie de mesurer les prélèvements et les besoins, selon qu’ils concernent des eaux de surface ou souterraines.
Les compétences conservées au Soudan comptent aussi : installation, réparation, diagnostic et organisation des achats. Importer certains composants n’exclut pas de développer ces activités locales. Le partage de la valeur dépendra des contrats, du service après-vente et de la place effectivement accordée aux entreprises et techniciens soudanais.
Les contrats de financement restent la pièce centrale manquante
Les annonces examinées ne donnent pas de grille complète des marges ou frais, de durée de remboursement, d’apport exigé, de sûretés ni de critères détaillés d’éligibilité. Elles ne précisent pas non plus la quotité garantie par Tayseer ou les conditions de mobilisation de cette garantie. Ces éléments sont nécessaires pour juger si l’offre est accessible aux producteurs visés.
Le contrat devrait également permettre d’identifier qui porte le risque d’une livraison tardive, d’un défaut de matériel ou d’un changement de coût. Une garantie annoncée et une couverture applicable à chaque situation ne sont pas équivalentes. Aucune promesse de crédit gratuit, de subvention générale ou de durée uniforme n’est formulée ici.
Un avis du Programme alimentaire mondial d’octobre 2026 recherche, dans un autre programme, des fournisseurs de systèmes d’irrigation solaire pour les États du Nord et du Nil. Il inclut installation, formation, pièces, garantie et maintenance. [7] Ce document illustre l’étendue d’une prestation complète ; il ne prouve pas que ce marché fournit les bénéficiaires du portefeuille bancaire ni que les financements se confondent.
Enfin, aucune série de décaissements, de pompes opérationnelles ou de rendements attribuables au dispositif d’octobre n’a été examinée. Les discours de lancement présentent un redressement du secteur bancaire ; ce sont des appréciations institutionnelles. Les résultats productifs et distributifs doivent être mesurés séparément.
La relance se vérifiera au-delà de la première installation
Dans une trajectoire favorable, le financement arrive à temps, les systèmes correspondent aux besoins, les utilisateurs sont formés et les revenus permettent de supporter les échéances. L’évaluation devrait suivre la disponibilité des équipements, les dépenses d’irrigation, les récoltes vendues et les remboursements, en tenant compte des différences entre exploitations.
Une deuxième trajectoire serait un programme financièrement engagé mais ralenti par les livraisons, les pannes ou l’absence de pièces. Le nombre de prêts signés surestimerait alors le service productif disponible. Les dates de mise en marche et les interruptions apporteraient une mesure plus précise que le seul nombre d’équipements achetés.
Une troisième trajectoire verrait le crédit bénéficier surtout aux exploitants déjà capables de fournir les garanties et les documents attendus. La production pourrait progresser sans que l’objectif d’accès des plus petits soit atteint. Pour l’État du Nord, le test est donc double : augmenter la capacité de produire et permettre aux agriculteurs ciblés de conserver une part durable de la valeur créée.
Les annonces bancaires confrontées aux contraintes techniques
[1] Banque centrale du Soudan, communiqué en arabe du 15 octobre 2026 sur le lancement du portefeuille solaire et intrants agricoles dans l’État du Nord ; annonce recoupée avec SUNA du même jour.
[2] PNUD Soudan, Scaling up Solar Energy for Agriculture in Sudan, 26 novembre 2018 : présentation du programme dans l’État du Nord et de ses objectifs d’extension.
[3] PNUD Soudan, UNDP and KOICA partner to promote renewable energy for sustainable agriculture in Sudan, 2019 : rappel des fermes de démonstration et du fonds photovoltaïque.
[4] PNUD Soudan, présentation de l’étude Solar Energy Value Chains in Sudan, 18 mai 2026, avec indication des enquêtes et entretiens mobilisés.
[5] Organisation arabe pour le développement agricole, communiqué du 15 octobre 2026 sur sa participation au lancement de Dongola et les services techniques associés, texte arabe indexé consulté le 7 novembre.
[6] FAO, Positive prospects for solar-powered irrigation systems, 12 avril 2018, présentation du rapport The Benefits and Risks of Solar-Powered Irrigation: A Global Overview, FAO/GIZ.
[7] Programme alimentaire mondial, avis de manifestation d’intérêt SDN26EOI008 pour la fourniture et l’installation de systèmes d’irrigation solaire au Soudan, UNGM n° 314308, octobre 2026. Programme distinct du portefeuille bancaire étudié.

