La géopolitique interne du Chili est actuellement dominée par une volonté acharnée de fermeture territoriale, guidée par une xénophobie structurelle qui vise spécifiquement la migration afro-descendante (Haïtiens, Colombiens) et caribéenne (Vénézuéliens). L’événement marquant de cette séquence politique s’est déroulé le 7 juin 2026 au complexe frontalier de Chacalluta, à Arica, à l’extrême nord du pays, aux portes du Pérou.
La présence du leader d’extrême droite José Antonio Kast à ce point de passage cristallise l’idéologie de forteresse assiégée prônée par l’oligarchie chilienne. Les nouveaux projets de loi sur l’immigration annoncés par le gouvernement menacent de criminaliser davantage la migration informelle. L’État enjoint les migrants à régulariser leur situation sous peine de sanctions administratives et d’expulsions, ignorant les réalités des parcours migratoires marqués par l’exploitation et le racisme. La militarisation de la frontière nord agit comme un filtre racialisé, destiné à préserver l’illusion sociologique d’un Chili homogène et « européen ».
En contradiction flagrante avec cette politique d’exclusion des corps noirs et indigènes vivants, l’État chilien met en scène la célébration d’un folklore muséifié. Le Service National du Patrimoine Culturel a fixé au 7 juin 2026 la date limite pour les candidatures au prestigieux « Premio en Cultura Tradicional Margot Loyola 2026 ». Le gouvernement subventionne et récompense financièrement la préservation des arts folkloriques et de la culture traditionnelle tout en réprimant les peuples Mapuches au sud et en expulsant les migrants qui sont les véritables porteurs contemporains de l’innovation culturelle dans le sous-continent. Par ailleurs, la région d’Arica a fait l’objet d’un intense quadrillage symbolique avec des cérémonies officielles le même jour au Théâtre Municipal et au Morro de Arica.
Il est également crucial de noter, concernant les équilibres politiques, que les stratégies de polarisation à l’œuvre rappellent les dynamiques de la dernière élection présidentielle, où la candidate communiste Jeannette Jara et le même José Antonio Kast avaient clôturé leurs campagnes dans des zones périphériques hautement stratégiques (Coquimbo pour la gauche, Temuco pour la droite répressive) pour mobiliser le vote indécis face à un électorat désabusé.

