L’année scolaire 2026–2027 a été officiellement lancée le 18 octobre dans l’État de Khartoum, après un report d’une semaine. Au même moment, le Comité des enseignants soudanais réaffirmait ses demandes salariales. La reprise du calendrier ouvre une étape ; sa solidité dépendra des conditions de travail, des équipements et de la présence durable des élèves. [1][2][3]
Le 18 octobre marque une rentrée, pas un rétablissement intégral
L’agence officielle SUNA rapporte le lancement de l’année scolaire le 18 octobre 2026, avec des cérémonies dans une école primaire de filles et un établissement secondaire de garçons à Omdourman. Le gouverneur Ahmed Othman Hamza et les responsables de l’éducation y ont présenté la rentrée comme une étape de stabilisation. [1]
Ces événements établissent qu’une reprise officielle a eu lieu. Ils ne constituent pas un inventaire de toutes les écoles ouvertes, de tous les enseignants présents ni de tous les enfants revenus en classe. La situation de deux établissements ne peut être étendue sans données à l’ensemble de l’État.
Le territoire compte aussi : Khartoum désigne ici l’État, qui comprend notamment Omdourman, et pas seulement la ville de Khartoum. L’article porte sur ce calendrier scolaire précis. Il ne décrit ni une rentrée simultanée dans tout le Soudan ni la première réouverture de chaque école depuis le début de la guerre.
Une semaine de délai pour régler les passages de classe et les préparatifs
Le 10 octobre, le responsable par intérim de l’éducation de l’État, Abdel Latif Shakir Abdel Latif, avait annoncé le report du 11 au 18 octobre. Le ministère invoquait la répartition des élèves de sixième année vers les établissements intermédiaires, la correction et le traitement des examens, la formation des enseignants et la préparation des écoles. [2]
Le motif officiellement avancé était donc administratif et pédagogique. Les revendications salariales formaient le contexte de la rentrée, mais les sources ne permettent pas d’affirmer qu’elles étaient la cause reconnue du report. Attribuer à une décision une raison que son auteur n’a pas donnée demanderait des éléments supplémentaires.
Les transitions entre cycles sont un enjeu concret : une date commune ne suffit pas si les familles ignorent l’affectation de leur enfant ou si les résultats nécessaires ne sont pas disponibles. Le délai supplémentaire pouvait servir à résoudre ces problèmes ; seule une vérification des dossiers traités permettrait de mesurer ce qu’il a effectivement changé.
Le lancement du 18 octobre ne doit pas non plus être interprété comme la preuve que chaque préparation annoncée a été achevée. L’ouverture d’une année scolaire et la résolution de tous les manques sont deux constats qui demandent des preuves distinctes.
Des demandes de salaire, d’arriérés et de financement
Dans son article du 18 octobre, Sudan Tribune rapporte que le Comité des enseignants appelle à rejoindre des comités de grève et à se préparer à de nouvelles actions. L’organisation réclame notamment un salaire minimum de 500 000 livres soudanaises, le paiement des sommes dues et des versements réguliers au plus tard le cinquième jour du mois. Ces montants et ce calendrier sont des revendications, pas une nouvelle grille salariale entrée en vigueur. [3]
Le même compte rendu attribue au comité une demande de centralisation des salaires de l’enseignement public et d’affectation de 20 % du budget général à l’enseignement général. Il rapporte sa critique d’une application incomplète des décisions sur les rémunérations. Ces affirmations restent celles de l’organisation, relayées par le journal ; elles ne constituent pas un audit de la paie dans chaque État. [3]
Dabanga avait déjà rapporté, le 11 octobre, le refus de considérer le versement d’une partie des arriérés comme le règlement de l’ensemble du conflit. [4] Cette position explique pourquoi une annonce de paiement partiel et la poursuite des revendications peuvent coexister.
Le conflit a ensuite débouché sur une mobilisation effective rapportée par la presse : le 21 octobre, Sudan Tribune relaie l’annonce du comité d’une grève à Khartoum. Le 5 novembre, Darfur24 rapporte que le mouvement entrait dans sa troisième semaine. [7][8] Ces indications ne prouvent ni une interruption continue depuis le 21 octobre ni une participation de toutes les écoles. Les taux locaux avancés par le comité ne sont pas agrégés ici en un taux général.
La continuité des cours dépend aussi de celle des revenus
Un enseignant doit pouvoir rejoindre son établissement, préparer ses cours et organiser les dépenses de son ménage. Lorsque le revenu est imprévisible, ces tâches peuvent devenir plus difficiles, même si la volonté de reprendre est présente. Ce mécanisme aide à comprendre pourquoi le salaire relève du fonctionnement du service public autant que de la situation individuelle des agents.
Le rapport semestriel de l’UNICEF, couvrant janvier à juin 2026, signalait que les impayés prolongés de salaires touchaient plus de la moitié du personnel enseignant à l’échelle nationale et freinaient les reprises. [5] Ce constat donne un contexte au conflit social ; il ne fournit pas le taux d’impayés de Khartoum en octobre.
La centralisation demandée par le comité pose, de son côté, une question de répartition des responsabilités. Un financement plus commun pourrait réduire certains écarts de ressources entre territoires, à condition que les transferts et la gestion soient effectifs. Il ne garantirait pas automatiquement la ponctualité des versements ni l’adéquation des montants.
Pour apprécier un éventuel accord, il faudrait distinguer la décision de revalorisation, le crédit budgétaire, l’ordre de paiement et la somme reçue. Une promesse peut ouvrir une négociation ; un règlement vérifiable suppose un calendrier et des responsabilités identifiables.
Réparer une école et reconstruire les apprentissages sont deux tâches liées
L’UNICEF estimait, dans son bilan du premier semestre, que plus de huit millions d’enfants d’âge scolaire restaient hors de l’école au Soudan. Les situations variaient fortement selon les régions. [5] Ce chiffre national et daté ne doit pas devenir un décompte des absents à la rentrée de Khartoum.
Pour un enfant qui reprend après une interruption, la place dans la classe n’est qu’un début. Il faut pouvoir repérer les acquis, adapter la progression et éviter de traiter tous les élèves comme s’ils avaient suivi le même parcours. Les écarts d’âge, les déplacements et les difficultés matérielles peuvent rendre cette reprise très différente d’une rentrée ordinaire.
L’UNESCO indiquait le 8 octobre travailler avec les autorités éducatives sur la formation en situation d’urgence, les apprentissages accélérés et l’inclusion des élèves en situation de handicap. Elle signalait aussi un travail conduit en février avec trente spécialistes soudanais de la formation des enseignants. [6] Ces activités montrent des pistes d’appui ; elles ne démontrent pas leur déploiement dans chaque classe.
La qualité de la reprise dépendra donc d’un ensemble cohérent : enseignants disponibles, supports adaptés, espaces utilisables et suivi des enfants qui ne reviennent pas. Un bâtiment remis en service ne compense pas à lui seul une longue interruption d’apprentissage.
Les enseignants et les familles doivent pouvoir décrire ce qui manque
Les déclarations officielles reconnaissent le rôle des enseignants et annoncent un effort pour améliorer leurs conditions de travail. [1] La reconnaissance publique peut soutenir la mobilisation collective, mais elle doit être rapprochée des décisions concrètes : rémunération, équipements et organisation des établissements.
Les enseignants ne sont pas seulement les exécutants d’un calendrier. Leur connaissance des classes permet d’identifier les difficultés de niveau, les absences répétées et les besoins de formation. Les associer à la reprise peut aider à éviter des choix administrativement simples mais pédagogiquement peu adaptés.
Les familles disposent elles aussi d’informations essentielles : coût du trajet, documents perdus, impossibilité d’acheter du matériel ou difficulté à retrouver une affectation. Leur participation devrait permettre de signaler ces obstacles sans transformer le manque de ressources en faute attribuée à l’enfant.
Les sources consultées ne donnent pas un bilan consolidé des présences, de l’état des écoles ou des salaires effectivement réglés dans l’ensemble de Khartoum après le 18 octobre. Elles ne permettent pas non plus d’annoncer un accord définitif mettant fin au différend. La portée de la reprise doit donc rester ouverte à un suivi documenté.
Trois éléments permettront de juger la stabilisation annoncée
Si les cours se maintiennent et si un règlement salarial vérifiable intervient, la rentrée pourra devenir le début d’une continuité plus solide. Il faudra alors suivre la fréquentation réelle, les postes pourvus et les paiements, plutôt que de mesurer la réussite au seul nombre de cérémonies d’ouverture.
Si les difficultés financières persistent, la poursuite des mobilisations pourrait peser davantage sur la stabilité du service. Ce scénario n’est pas une prédiction de fermeture générale : les réponses peuvent varier selon les écoles et les territoires. Il appelle une information précise sur les engagements pris et les obstacles à leur exécution.
Si les équipements progressent mais que certains enfants restent éloignés de l’école, le bilan devra expliquer qui manque encore et pourquoi. Le retour des élèves déjà proches d’un établissement ne permettrait pas de conclure à un accès égal pour les familles déplacées, les filles confrontées à des contraintes particulières ou les enfants en situation de handicap.
La reprise à Khartoum sera durable si le calendrier, le travail enseignant et les besoins des élèves avancent ensemble. Le 18 octobre offre une date de départ vérifiable. Les semaines suivantes devront montrer si cette date se transforme en journées d’apprentissage effectivement assurées.
Sources et niveau de vérification
[1] SUNA, « Le gouverneur de Khartoum sonne le début de la nouvelle année scolaire », 18 octobre 2026, dépêche en arabe ; lancement à Omdourman et déclarations des autorités de l’État.
[2] SUNA, « Report d’une semaine du début de l’année scolaire à Khartoum », 10 octobre 2026 ; décision du ministère de l’État et motifs annoncés.
[3] Sudan Tribune, article en arabe du 18 octobre 2026 sur l’appel du Comité des enseignants à rejoindre les comités de grève ; demandes salariales et budgétaires attribuées au comité.
[4] Radio Dabanga, article en arabe du 11 octobre 2026 sur les revendications du Comité des enseignants et son refus d’un règlement limité à une partie des arriérés.
[5] UNICEF Soudan, Humanitarian Situation Report no 44, période du 1er janvier au 30 juin 2026, publication d’août 2026, partie consacrée à l’éducation. Les données nationales ne sont pas utilisées comme bilan local d’octobre.
[6] UNESCO, « UNESCO and partners mark World Teachers’ Day in Sudan, putting teachers at the heart of education recovery », 8 octobre 2026. Vérification arrêtée au 7 novembre ; le relevé exhaustif des présences et des paiements n’a pas été établi.
[7] Sudan Tribune, « Les enseignants de Khartoum font grève contre la faiblesse des salaires », 21 octobre 2026, article en arabe ; annonce et appréciations de participation attribuées au comité.
[8] Darfur24, article du 5 novembre 2026 sur la poursuite de la grève à Khartoum ; indication de la troisième semaine de mobilisation, attribuée au Comité des enseignants.

